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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


MUSIQUES NOIRES ET UNITÉS AFRICAINES
Bob Marley et Fela Kuti

Pendant qu’aux Etats-Unis se forgent le jazz, le rock et la soul, d’autres étincelles s’allument ailleurs, sur d’autres continents. Du Nord au Sud, de nouveaux rythmes voient le jour et des noms commencent à faire parler d’eux : Bob Marley en Jamaïque et Fela Kuti au Niger.


BOB MARLEY, PREMIÈRE STAR DU TIERS-MONDE

La musique jamaïcaine rime avec Bob Marley, pour peu que l’on possède un minimum de connaissances concernant sa culture reine : le reggae. Ce que l’on imagine souvent quand on évoque l’histoire de cette musique et des musiques noires en général, c’est de croire qu’elles proviennent uniquement du jazz, du blues ou de la samba. En vérité la réalité est toute autre, car les origines naviguent surtout dans la spiritualité.


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En Jamaïque, Bob Marley ne sera pas le seul à écouter des musiques baignées de rythmes rituels dont les origines proviennent du sol africain. Pour Marley, la connexion se faisait avec les esprits et le reste du monde. Les rites du vaudou haïtien n’étaient pas loin. Toute sa culture, son bagage spirituel et musical, ont pour essence ces origines-là.

BOB MARLEY

Si la force des textes de ses chansons s’explique par quelques appétits spirituels, sa musique était parfaitement en phase avec son époque. Nous sommes en 1963, et la Jamaïque goûte aux joies de l’indépendance. A Kingston on danse encore sur des musiques de rhythm and blues que les marins américains apportent dans leurs bagages. Les enregistrements de cette époque reflètent cette gaieté... Mais l’insouciance n’est pas ce qui caractérise l’œuvre de Bob Marley…

Au-delà de la musique, le chanteur conduit son public vers une prise de conscience de leur origine, de leur véritable culture. Quand Bob Marley débarque avec une dimension spirituelle, ses chansons dévoilent aussi des messages politiques. Le chanteur souhaite que les Noirs retournent à la Terre promise, ce que les Rastafari nomme le 'Zion', sphère spirituelle pour vivre en liberté et en paix. L’Afrique est idéalisée. Elle est sans frontières et sans identification réelle, comme un phantasme qui porte à rêver.

Bob Marley chante l’unité africaine. Pour lui, comme pour le penseur Marcus Garvey, qui sera considéré par les adeptes du mouvement rastafari comme un prophète pour son combat à défendre les noirs du monde entier, les peuples d’Afrique et de la diaspora afro-américaine partagent plus qu’une histoire : une destinée. Une idée converge. Elle cherche à réunir ce que la déportation a séparé. Cette idée porte un nom : le panafricanisme. Emmanuel Parent, (anthropologue) : « Bob Marley est arrivé à une période où le panafricanisme surfait sur tous les combats pour l’indépendance à partir de la fin des années 50. Il existera un véritable écho entre ces luttes d’indépendance coloniale en Afrique et le Mouvement des Droits Civiques aux Etats-Unis durant les années 60, duquel Bob Marley deviendra l’héritier le plus médiatique. » Si Bob Marley est la première superstar issue du tiers-monde, un autre musicien va faire parler de lui sur la terre des ancêtres…


FELA KUTI, LA PUISSANCE DE L’AFROBEAT

Indépendant depuis 1960, le Nigeria est meurtri au cours des décennies suivantes par une série de coups d’état. Un musicien alors inconnu se dresse face aux militaires, un Nigérien qui enrichit sa pensée en voyageant : Fela Anikulapo Kuti. Son itinéraire est celui d’un rebelle. Militant comme Bob Marley, le chanteur nigérien fait passer ses messages sur une musique festive. Ses chansons vont se répandre dans les années 70 en Afrique subsaharienne et Occidentale. Sa propre prise de conscience, hautement politique, servira de relais pour ouvrir d’autres Africains à vivre la leur.

FELA KUTI

C’est durant un voyage aux Etats-Unis, lors de rencontres avec des membres du mouvement révolutionnaire des Black Panthers qu’il découvrira la puissance de son africanité. Il découvrira également, sur le plan musical, la transe rythmique de James Brown qu’il adaptera au contexte de son pays : quelques accords joués en boucle par des guitares et claviers, sur lesquels se font entendre des riffs de cuivres puissants et mélodiques.

De retour au Nigeria, Fela Kuti va trouver les mots libérateurs. Il les traduira en 'pidgin English', c’est-à-dire en utilisant le langage de la rue. François Bensignor (journaliste) : « Fela va chanter les problèmes du peuple et, à partir de ce moment-là, ça ne plait pas du tout au pouvoir dictatorial qui est à la tête de l’état nigérien. Fela ne pouvait pas supporter un quelconque régime militaire. Il les a tous combattus par des chansons. »

Le chanteur va devenir l’ennemi public numéro 1 de tous les régimes qui se succéderont. Il sera régulièrement envoyé en prison. Maltraité, frappé, blessé, rien ne lui sera épargné. Même sa mère, Funmilayo Kuti, subira les exactions des militaires en étant défénestré, tel un objet. Ses chansons, d'une grande force évocatrice, sont intimement liées au contexte politique et urbain. Le chanteur nigérien n’hésite pas à dénoncer la mainmise des politiciens corrompus et le népotisme de ses dirigeants.

Lorsque Fela crée l’afrobeat, il prend conscience que ses recherches musicales conduisent ses pas en direction de ses racines africaines. L’afrobeat deviendra la grande contribution de Fela aux musiques du monde, un genre qui, depuis, a été adopté de partout, de Tokyo à Toronto.

Le rythme est fascinant et se répand comme une traînée de poudre. Cet afrobeat, une ‘world music’ qui mélange aussi bien la musique traditionnelle nigérienne que le jazz, la soul et le funk, et dont le chant est scandé de courtes phrases reprises en chœur, est dû à Fela mais aussi à son mythique batteur Tony Allen : « Je voulais être le meilleur batteur du monde. Cela a toujours été mon ambition. Pour cela, j’avais besoin de quelqu’un qui me tire vers le haut. C’est là que je voulais aller, et Fela était la bonne personne. Je savais que je m’engageais dans une aventure folle mais Fela m’a permis d’aller sur la bonne voie. »

Qui sait où peuvent conduire les choix d’un artiste ? En 1964, Tony Allen a fait celui de mettre ses talents de batteur au service de Fela, sans être sûr que le succès serait au rendez-vous. Dans un autre registre, en 1963, la chanteuse Miriam Makeba fera elle aussi un choix : dénoncer devant l’assemblée de l’ONU le régime d’Apartheid en place dans son pays, l’Afrique du Sud : « Je vous le demande à vous et à tous les chefs d’état, agiriez-vous différemment, garderiez-vous le silence, sans rien faire, si vous étiez à notre place, ne vous révolteriez-vous pas, si vous n’aviez aucun droit dans votre propre pays pour une question de couleur de peau et si on vous punissait quand vous parlez d’égalité ? Je lance un appel à vous et à tous les pays du monde. » (discours à l’ONU en 1963). Cette politique dite de « développement séparé » qui naît en 1948 autour de critères raciaux et ethniques sera aboli en 1991, grâce à l’arrivée au pouvoir en 1989 du président Frederik de Klerk et de la libération de Nelson Mandela l’année suivante.

Par Patrick Martial (Cadence Info - 03/2015)
(Source : Les légendes des musiques noires - David Brun-Lambert)

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