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BLUES, SOUL, REGGAE, RAP, WORLD MUSIC...


OXMO PUCCINO ET IBRAHIM MAALOUF
AU PAYS D'ALICE

Oxmo Puccino, rappeur-poète et narrateur des temps modernes, et Ibrahim Maalouf, trompettiste de jazz, se sont réunis pour imaginer une relecture du grand classique de la littérature enfantine : Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Le projet, qui a démarré en 2011, à l’initiative du Festival d’Ile de France, avait déjà été expérimenté lors d’un concert unique à l’Académie Fratellini. Trois ans plus tard, les deux artistes se retrouvent et décident d’immortaliser Alice à travers un disque ambitieux produit sur le label d’Ibrahim (Mi’ster) et rebaptisé pour la circonstance Au Pays d’Alice. Outre les musiciens du groupe d’Ibrahim, les deux artistes sont entourés d'un orchestre classique comprenant une trentaine de musiciens et de la chorale d'enfants de la Maîtrise de Radio France. Au Pays d’Alice est un disque teinté de jazz, de funk et de rap polissé, négociant la malice à l’humour ; il est à l’image d'un opéra moderne et multiculturel où les émotions se succèdent, libérées de toutes frontières.


INTERVIEW OXMO PUCCINO ET IBRAHIM MAALOUF


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Ibrahim, vous êtes né le 5 novembre 1980 à Beyrouth dans une famille d’artistes et d’intellectuels. Dans votre famille il y avait un grand-père poète, musicologue, un oncle écrivain, Amin Maalouf, aujourd’hui membre de l’Académie Française, un père trompettiste, une mère pianiste… En gros, vous pouviez difficilement devenir notaire ou menuisier…

Ibrahim Maalouf : Figurez-vous que j’ai été vraiment à deux doigts d’aller vers l’architecture… puis finalement j’ai laissé mon cœur avoir plus de place que mon cerveau, et c’est le cœur qui a gagné.

Il y avait beaucoup de musique à la maison ?

Ibrahim Maalouf : Oui, beaucoup, beaucoup de musique. Je dis souvent que c’est ma langue maternelle. Cela faisait partie des nécessités, comme boire, manger, respirer. Faire de la musique, il n’y avait aucune alternative à ça.

Quel est votre premier souvenir musical ?

Ibrahim Maalouf : Écouter ma mère jouer du piano. Elle jouait Chopin, Schumann, Schubert… Mon père travaillait la trompette et jouait des impros arabes. Il se passait tellement de choses ! Om Kalsoum, que mon père me passait tous les soirs avant de m’endormir.

Et votre premier coup de cœur musical ?

Ibrahim Maalouf: Quand j’ai découvert l’album Bad de Michael Jackson, il y a eu un vrai choc. D’un seul coup, j’ai eu tout mon corps qui s’est mis à danser dans la chambre.

Alors vous, Oxmo Puccino, vous êtes né en 74, à Ségou, au Mali, et un an plus tard vous venez habiter à Paris dans le 19e arrondissement. Vous, vos premiers souvenirs musicaux, quels sont-ils ?

Oxmo Puccino : Ce sont les cassettes de musique traditionnelle qu’écoutait ma mère. C’était une voix, quelqu’un qui n’avait rien à voir avec la chanson, mais qui avait une voix très marquante sur des instruments traditionnels comme Boni avec des percussions, et ça racontait toujours des histoires.

Et votre premier grand choc musical ?

Oxmo Puccino : Mon premier grand choc musical qui a décidé de tout le reste de ma carrière c’est Public Enemy. Avec ce groupe, on revient aux bases du rap moderne, de ce que cela représentait musicalement, politiquement.

Ibrahim, très jeune vous avez dû quitter le Liban en guerre tout en y retournant régulièrement…

Ibrahim Maalouf : Pendant toute la guerre civile on y allait ; par avion, quand les aéroports étaient ouverts, et quand les aéroports étaient bombardés, on arrivait en bateau… Dans les dix-sept années de guerre civile, c’est le pire montant que j’ai connu.

À votre retour en France, vous apprenez sérieusement la trompette, et dès l’âge de sept ans, vous vous retrouvez à accompagner votre père sur scène…

Ibrahim Maalouf: J’avais des cours tous les jours en fait. En sept jours, j’avais l’équivalent de sept semaines de cours quand tu vas dans un conservatoire.


LA PORTE BONHEUR (live)


Vous Oxmo Puccino, vous avez baigné dans le rap dès votre adolescence. À quand remonte votre tout premier concert ?

Oxmo Puccino : À 20 ans, en 94, à la MJC de Vitry-sur-Seine.

Seul ? Comment êtes vous monté sur scène ?

Oxmo Puccino : Je suis monté sur scène avec le célèbre Bauza. C’était comme une fête de quartier. Il y avait également Rohff qui débutait aussi en même temps que moi, et c’est là que tout a commencé. Je portais un bob et la tenue militaire qui allait avec.

Ibrahim, vous êtes premier prix de conservatoire, vous remportez de nombreux prix dans le monde entier, puis, petit à petit, vous vous orientez vers le jazz…

Ibrahim Maalouf : En fait, j’ai toujours été intéressé depuis tout petit par la musique improvisée. Jusqu’à 2002/2003, je ne me permettais pas de présenter ces choses-là, uniquement parce que je voulais vraiment que les gens respectent le travail que je faisais dans la musique classique, et qu’ils ne se disent pas : « C’est un rigolo qui vient butiner sur notre territoire. »

Et vous Oxmo, est-ce que vous avait fait des concours de rap ?

Oxmo Puccino : Oui, des concours « sauvages » Il n’y avait pas d’arbitre. Il n’y avait même pas de scène, ni de musique (rires)

Je crois que vous avez vingt ans quand vous intégrer le collectif Time Bomb aux côtés de Pit Baccardi et de Booba…

Oxmo Puccino : Avant Time Bomb j’ai traîné avec tous les membres de la Mafia, Kery James… Je baignais déjà dans le milieu rap. Après j’ai rencontré les gars de la Kika. C’est avec eux que j’ai appris à rapper, j’ai appris les mesures… Ce qui fait que quand j’ai intégré Time Bomb, j’avais déjà des notions sur beaucoup de choses.

Et votre maman, qu’est-ce qu’elle pensait de ce rap dans lequel vous commenciez à baigner ?

Oxmo Puccino : Elle et mon père se demandaient si j’étais fou. Je passais mes journées à écrire, à parler en l’air, avec énergie et sans musique. Ils se demandaient vraiment ce qui se passait.

C’est le titre Mama Lova sur une compilation qui imprime déjà votre style…

Oxmo Puccino : Mon style était sur la voix.


AU PAYS D'ALICE

Quel est donc ce Pays d’Alice ? Comment le définir ?

Oxmo Puccino : On ne peut pas le définir, c’est ce qui est beau. Parce que si l’on pouvait le définir, on aurait fini d’en parler. Alice passe par des arbres, elle tombe par une cheminée. Elle ne parle pas beaucoup. Elle se laisse porter par le voyage.

Ibrahim Maalouf : Elle ne parle pas beaucoup, mais elle raconte plein de choses.

Il y a du merveilleux aussi dans le Pays d’Alice… Cela attire forcément.

Ibrahim Maalouf : C’est un monde qui nous a inspirés tous les deux. En tout cas, un monde qui nous a donnés l’envie d’imaginer des choses pour aller plus loin que Lewis Carroll.

À l’écoute du titre La porte du bonheur qui « groove » furieusement, votre premier point de rencontre n’est-il pas le rythme ?

Ibrahim Maalouf : En fait, ce que j’apprécie dans la poésie d’Oxmo, c’est que c’est lui qui creuse le plus cette chimie qui a entre les mots et le rythme.

Vous avez ressenti cela aussi Oxmo ?

Oxmo Puccino : Avec la musique d’Ibrahim ce n’est pas quelque chose de difficile en soi, cela offre tellement de possibilité d’envergure, et puis il y a ce sentiment d’immensité, de grandeur qui fait que, où que vous soyez dans la musique, vous serez bien. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas réfléchi une seconde avant d’accepter.

Et il est né comment ce projet Au Pays d’Alice ? C’est une commande au départ ?

Ibrahim Maalouf : Exactement. C’est une commande du Festival d’Ile de France. Ils m’ont proposé de faire un projet autour du thème des merveilles, et en parlant avec eux, on est tombé d’accord sur le thème d’Alice au pays des merveilles. Et, en sortant du rendez-vous, j’ai appelé directement Oxmo et je lui ai dit : « Ok, est-ce que tu veux bosser pendant dix, onze mois comme un malade pour un concert ? » On a travaillé dessus pendant presque un an et l’on s’est pris dans nos bras à la fin du concert en nous disant que cela ne pouvait pas s’arrêter-là… Trois ans plus tard, le disque est là.

Avec ce disque on glisse dans une douce transe musicale…

Oxmo Puccino : C’est une proposition de voyage, en toute sensualité.

Ibrahim Maalouf : Cela traduit une forme de tendresse car on parle aussi des mamans. On parle de cette nécessité tactile qui rapproche les gens.

propos recceuillis par L. Thessier

(Cadence Info - 03-2015)

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