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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


PAUL DUKAS BIOGRAPHIE - PORTRAIT D'UN COMPOSITEUR INTRANSIGEANT

Paul Dukas portrait



À la charnière de deux grands courants techniques et esthétiques apparus fin 19e, une abondante floraison de compositeurs français plus ou moins indépendants ont surgi de toutes parts. Leur nombre, la variété de leurs oeuvres et l’inégalité de leurs talents ne permettent pas de les classer avec méthode ou selon leur mérite. De cette foule tumultueuse s’échappe Paul Dukas (1865-1935), musicien d'élite, qui, dans notre époque friande de querelles esthétiques, de polémiques et de controverses, aura joui du privilège unique de n'être discuté par presque personne.


PAUL DUKAS, UN COMPOSITEUR SOLITAIRE ET INTRANSIGEANT

En pleine mêlée, les combattants de tous les partis ont déposé les armes pour saluer sa maîtrise souveraine. Paul Dukas est l'élève de Théodore Dubois et de Guiraud, mais par l'esprit et le caractère, il se rattache à la lignée franckiste des grands moralisateurs de la musique. Il y a en lui des attitudes qui évoquent le souvenir de César Franck et de Vincent d'Indy, même si sa musique échappe à toute influence directe des maîtres qui furent ses meilleurs amis.


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Paul Dukas travaille dans un volontaire isolément, jaloux de sa liberté. Plus sauvage encore que Claude Debussy, il cisèle dans la solitude et le silence des chefs-d'œuvre un souci de la forme impeccable, le choix d'une matière sonore somptueuse et le sang-froid d'une volonté réfléchie. La richesse verbale, sa couleur éclatante, le purisme et sa hautaine impassibilité se retrouvent dans ses partitions, dans des œuvres qui réussissent à provoquer l’émotion dans le domaine de l'intelligence et de la perfection réalisée.

Sa vie sera à l'image de sa personne, simple et discrète. À partir de 1909, professeur au Conservatoire de Paris, sa culture et l'intérêt de ses cours attirent les élèves du monde entier  ; Dukas est et restera toujours un conseiller intelligent et un ami sûr. Sa curiosité universelle le porte aux lectures les plus variées, avec une prédilection pour la poésie et la philosophie  : Goethe, Nietzsche qui « avait l'âme musicale sans être musicien de nature » et Valéry sont ses auteurs les plus familiers. Son importante œuvre critique, destinée à plusieurs revues - Revue hebdomadaire, Gazette des Beaux-Arts, Courrier musical, etc. - gardera longtemps toute son actualité.

Ses partitions sont peu nombreuses parce qu'elles sont toutes les fruits d'une méditation prolongée. Une auto-censure impitoyable en a encore réduit le nombre. Son tempérament exigeant l'a porté à détruire la plupart de ses œuvres qu'il jugeait inaccomplies. C’est ainsi qu’il ne laisse publier ni son Ouverture du Roi Lear ni celle de Gœtz von Berlichigen. Ce tourment de la perfection ne laisse que neuf opus, la plupart rarement joués. Toute sa gloire s'établie sur ces piliers de marbre que sont sa Sonate en mi bémol mineur pour piano, ses Variations, interlude et finale sur un thème de Rameau, sa Symphonie en ut majeur - marquée par l'influence de César Franck -, son ouverture pour la tragédie de Corneille, Polyeucte, sans oublier son célèbre Apprenti Sorcier, son éblouissante Péri et son unique drame lyrique  : Ariane et Barbe-Bleue.

La solidité, la logique et la virtuosité supérieure qui caractérisent chacun de ces ouvrages semblent bien devoir en faire des monuments impérissables de la littérature musicale française dans ce qu'elle a de plus lucidement cartésien.


LES ŒUVRES MARQUANTES DE PAUL DUKAS

Dukas - L'apprenti sorcier

Dukas écrit l'Apprenti sorcier, un scherzo symphonique d'après une ballade de Goethe, créé à la Société nationale en 1897. Cette œuvre rencontre une faveur unanime et durable aussi bien de la part du grand public qu'auprès des musiciens (elle sera hautement popularisée par l’adaptation qu’en fera Walt Disney dans Fantasia - 1940). On en connaît sans doute l'argument  : en l'absence du maître sorcier, l'apprenti veut essayer son pouvoir sur les choses, mais est rapidement débordé par les événements qu'il a suscités. La séduction de l'Apprenti sorcier tient à son invention mélodique, à sa qualité formelle et à son orchestration éblouissante.

La Péri, poème dansé écrit en 1911 pour Diaghilev, cède à la mode d'exotisme qui sévit au début de notre siècle. L'argument en est fourni par une légende orientale : la recherche de la fleur d'Immortalité par le roi Iskander qui parcourt l'Iran. Encore une fois, l'instrumentation brillante soutient une architecture parfaitement équilibrée, dans laquelle s'interpénètrent divers éléments thématiques.

L'œuvre pour piano - Sonate en mi bémol mineur et Variations sur un thème de Rameau (1901) – est peu jouée, sans doute à cause des qualités techniques transcendantes qu'elle nécessite pour être jouée correctement.

Le chef-d'œuvre de Paul Dukas reste son opéra Ariane et Barbe-bleue, sur un livret de Maurice Maeterlinck écrit expressément pour être mis en musique, représenté en 1907. Préoccupé depuis longtemps par le problème de l'art lyrique, admirateur de Wagner, Dukas donne ici toute sa mesure, non seulement dans une orchestration toujours admirable, mais aussi en résolvant d'une autre façon que Debussy, le problème de l'équilibre entre paroles et musique.

Dukas s'applique également à y traduire une certaine éthique  : Ariane tente de délivrer ses compagnes qui préfèrent, à cette liberté inconnue, leur bourreau familier. Dans ses recommandations aux interprètes, Dukas insiste sur l'ambiguïté d'un poème satirique mais aussi tragique  : « ... ce refus de la liberté prend un caractère tout à fait pathétique, comme il arrive lorsqu'un être supérieur qui se croit indispensable éprouve que l'on n'a nul besoin de lui pour un dévouement héroïque, et qu'il suffit aux médiocres d'une solution médiocre. » On peut découvrir, dans la merveilleuse orchestration d’Ariane et Barbe-Bleue, l'origine de l'orchestre scintillant d'un élève de Dukas, Olivier Messiaen.

Par PATRICK MARTIAL (Cadence Info - 01/2017)
(source : Ed. Fayard : Les indispensables de la musique)


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