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BLUES, SOUL, REGGAE, RAP, WORLD MUSIC...


BOB MARLEY AND THE WAILERS - 2

COLUMBIA

Bob part en Suède vers mai 1971. Il est salarié par Danny Sims pour composer des chansons avec Johnny Nash et son clavier texan, John "Rabbit" Bundrick, mais il ne sera jamais payé. Il y écrit de grands classiques, les enregistre à la guitare sèche et participe avec eux à la bande d'un film où joue Nash, Love Is Not A Game, des instrumentaux aux arrangements à cordes de Fred Jordan. Le film ne reste à l'affiche que quelques jours et en janvier 1972 Bob part pour Londres rejoindre Johnny Nash qui enregistre pour Columbia son album à succès I Can See Clearly Now où figurent quatre des compositions de Bob. Bob signe lui aussi un contrat avec Columbia et enregistre avec des musiciens noirs basés à Londres (sauf John « Rabbit » Bundrick, le seul blanc, futur Who et Traffic) dont Anthony "Rebop" Kwaku Baah, futur Traffic, les cuivres des Sons of the Jungle, Peter Dupri à la basse, Winston Delandro à la guitare, Martin Ford au synthétiseur, et le batteur Richard Bailey.


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Marley enregistre avec eux le 45 tours Reggae on Broadway et cinq autres titres qui ne sortiront en mix d'origine qu'en 1998 sur Satisfy My Soul Jah Jah dans la série The Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972. L’ancien manager de Johnny Nash, Danny Sims, fera par la suite retravailler et ajouter des musiques peu inspirées, au goût du jour, autour des voix de Bob.

Le 20 avril 1972, Rita met au monde Stephen, son deuxième fils et dernier enfant de Bob, qui deviendra lui aussi chanteur, comme les trois précédents sous le nom de Ziggy Marley & the Melody Makers. Le 19 mai 1972, la maîtresse de Bob, Janet, met au monde Rohan, futur champion de football américain. Rohan est adopté par Cedella, la mère de Bob. Janet lui donnera aussi bientôt une fille, Karen. Bob quitte l'Europe au printemps 1972 et part chercher son groupe à Kingston pour une tournée anglaise en soutien promotionnel au 45 tours Reggae on Broadway qui va sortir.


ISLAND

En octobre 1972, Bob a rencontré Chris Blackwell à Londres. Le producteur jamaïcain lui a confié de quoi enregistrer un album pour sa marque anglaise Island, Catch a Fire. Blackwell n'a pas pu obtenir le renouvellement de son contrat avec Jimmy Cliff. Cliff tient le premier rôle dans le film jamaïcain sur le reggae The Harder They Come, qui va beaucoup contribuer à mettre cette musique à la mode. Furieux, Blackwell, bien décidé à ne pas louper la mode naissante de la musique de son propre pays, se rabat sur Bob Marley & the Wailers. Catch a Fire est enregistré en Jamaïque chez Harry J, toujours avec Carly et Family Man, et avec une participation de Robbie Shakespeare à la basse sur deux titres.

Les trois Wailers reviennent en Grande-Bretagne pour retravailler avec Blackwell les bandes de « Catch a Fire », copiées sur seize pistes à Londres. Le 4 novembre ils accélèrent et rallongent certains morceaux par un montage, ajoutent le clavinet, le synthétiseur Moog et le piano électrique plus rock de l'anglais John "Rabbit" Bundrick, les tablas de Chris Karen et, selon la mode en 1973, les longs solos de guitare de Wayne Perkins, un professionnel américain des studios Muscle Shoals. Le disque est alors mixé sous la direction de Blackwell.

Rebaptisé The Wailers par Blackwell, ils signent un contrat de disques international avec lui. Island partagera les recettes avec Danny Sims, qui a revendu son contrat international de producteur exclusif à Blackwell. Ce nouvel investissement leur donne la clé de la réussite et imposera bientôt le reggae dans le monde. Le 33 tours est présenté comme l'album conceptuel d'un groupe de rock noir, The Wailers, révélé au public par les prestigieux disques Island. Il obtient un succès d'estime dans la presse rock blanche. On y trouve des joyaux comme Slave Driver, Stir It Up, Kinky Reggae.

Les versions originelles antérieures de morceaux comme Concrete Jungle (déjà réalisé avec Lee Perry) sont peut-être plus magnifiques encore, mais les techniques de réalisation à l'européenne de Blackwell imposent le groupe, qui est ravi de percer ainsi. Une deuxième tournée anglaise a lieu en avril 1973. Bunny Livingston quitte le groupe en pleine tournée, déçu par les pressions psychologiques, financières, le climat et le mode de vie occidentaux. Il se rebaptise Bunny Wailer pour sa carrière solo qui connaîtra quelques succès comme l'album Blackheart Man enregistré avec le groupe de Bob Marley.

Enregistré avec le jeune organiste prodige Earl Wilber Force "Wire" Lindo qui restera aussi pour les concerts, l'excellent Burnin' est lui aussi tourné vers un large public. Les orientations déjà suggérées par Blackwell sont intégrées directement par le groupe. Burnin' est bien accueilli, mais passe plus inaperçu. Sorti également sous le nom des Wailers, il contient pourtant Get Up Stand Up, Small Axe et I Shot the Sheriff.

Bunny est remplacé par Joe Higgs (leur ancien prof de chant) pour une tournée américaine en premier partie de Sly Stone. Les Wailers sont évincés de la tournée après trois concerts et enregistrent pour une émission de radio californienne ce qui deviendra le CD Live en studio Talkin' Blues. Ensuite, après quelques concerts anglais avec Bob mais sans Higgs, Peter Tosh quitte à son tour les Wailers, déçu par l'attitude d'Island qui met Marley, meilleur compositeur, et à la personnalité moins arrogante, trop en avant à son goût. Quelque peu moins talentueux que Bob, Peter Tosh trouvera néanmoins le succès avec une carrière solo truffée de morceaux excellents, comme en témoigne notamment les albums Legalize It, Equal Rights et Bush Doctor.

Bob, chante, compose, joue de la guitare et réalise lui-même ses disques pour le producteur Blackwell, qui agit en tant que directeur artistique mais n'intervient pas directement dans les studios. Eric Clapton, très côté en 74, obtient son seul numéro un en Amérique avec le I Shot The Sheriff de Bob Marley, qui profite beaucoup de cette publicité mais réalise que son vieux contrat d'éditions signé en 1968 avec Danny Sims lui retirent l'essentiel de ses droits d'auteur (SACEM en France).

Pour que Danny Sims, éditeur de ses compositions, ne touche pas la part des droits qui lui reviennent, Bob ne signera plus les morceaux de son propre nom. Certains sont attribués à son vieil ami du ghetto Vincent "Tata" Ford qui a un peu contribué aux paroles (il est crédité comme auteur compositeur de No Woman no Cry alors qu'il est à peine musicien), d'autres à un énigmatique R. Marley (Rita ou Robert ?), ou à ses amis Carlton Barrett son batteur et son ami footballeur Alan "Skill" Cole. Le stratagème réussira en fin de compte. C'est dans les années 80 en lisant Bob Marley, la biographie de Stephen Davis, que l'ayant-droit Sims comprendra la ruse, mais un peu tard. Il fera constater la fraude lors d'un procès posthume, mais malheureusement pour lui quelques mois seulement après le délai légal de pourvoi, d'où une perte sèche de plusieurs millions de dollars.


BOB MARLEY AND THE WAILERS - JAMMING (live)


BOB MARLEY AND THE WAILERS

En 1974 le groupe se recentre autour de Bob avec Aston "Family Man" Barrett, (basse) Carlton "Carly" Barrett (batterie), l'Américain Al Anderson (guitare), Alvin "Seeco" Patterson (percussions) et le trio I Three aux chœurs (Rita Marley, Judy Mowatt et Marcia Griffiths), qui comptent tous parmi les meilleurs musiciens de l'île. Le remarquable I Three apporte une couleur de chœurs féminins inédite dans le reggae. Les trois chanteuses ont déjà derrière elle de solides carrières solo, avec plusieurs succès, en particulier Marcia Griffiths qui est une véritable vedette en Jamaïque. Elle avait même déjà enregistré un duo avec Bob en 1965 pour Studio One. Cette équipe restera le groupe de scène de Marley jusqu'à la fin. Bernard "Touter" Harvey (orgue) est engagé pour compléter l'album suivant, Natty Dread.

La carrière solo de Bob Marley (& the Wailers à nouveau) commence alors en 1974 avec son célèbre No Woman No Cry (sur Natty Dread) où il demande à une femme qu'il quitte de ne pas pleurer, tout en décrivant leurs bons souvenirs à Trench Town. Il rappelle au passage les "hypocrites" qu'ils y ont rencontré et les amis perdus sur leur route, sans oublier leur "passé" d'esclave "qu'on ne peut pas oublier" en se dirigeant vers "ce futur magnifique". Avec d'autres titres comme une nouvelle version de Lively Up Yourself, Natty Dread, Revolution, Rebel Music, l'album Natty Dread reste sans doute son plus grand chef-d'œuvre.

Différents disques restés inédits jusque là commencent à sortir sur différents labels le plus souvent illégaux. Jusqu'à la sortie de la série exhaustive des Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972, des centaines de disques pirates au son et aux pochettes souvent de qualité médiocre saturent le marché, mélangent les morceaux de différentes époques, semant la confusion et dévalorisant l'œuvre de la formation originelle du trio Wailers.

Une tournée anglaise de Bob Marley & the Wailers a lieu en 1975. Les journalistes londoniens sont très impressionnés par le concert au Lyceum de Londres qui donnera l'album Live !. C'est une révélation qui lance la médiatisation intensive de Marley en Angleterre. Elle sera bientôt relayée dans le reste de l'Europe et du monde. C'est aussi la version en public de No Woman No Cry qui commence à passer à la radio. En quelques mois, contre toute attente Marley est une superstar. Son succès est universel et foudroyant. Il lui reste à peine six ans à vivre.

Le contenu de ses chansons est fidèle à une tradition jamaïcaine que l'on retrouve dès les débuts du ska, et dont les trois principaux thèmes sont partagés à peu près également dans son œuvre :

Premièrement, on y trouve d'abord des chansons d'amour délicieuses comme Baby Baby We've Got a Date, Rock It Baby, Could You Be Loved, I'm Hurting Inside ou Waiting In Vain.

Deuxièmement, à partir de 1974 surtout, des compositions violemment contestataires où Marley défie l'autorité, un oppresseur qu'il résume sous le terme utilisé dans la Bible pour les païens : Babylone. C'est I Shot the Sheriff au thème dérivé du I've Got To Keep On Moving de Curtis Mayfield, où il est contraint de tuer en légitime défense un policier qui le pourchasse et veut l'abattre sans raison. Il ajoute qu'il est faux de dire qu'il a aussi "tué son assistant (deputy)". C'est aussi Concrete Jungle, le quartier de la "jungle de béton" dans le misérable ghetto de Trench Town d'où il vient et où "il faut faire de son mieux" pour tenir. C'est Get Up Stand Up, "lève-toi et défends tes droits". C'est Small Axe, où "la petite hache va couper le gros arbre", métaphore pour dénoncer le "big three" des distributeurs de disques de l'île. C'est encore un non-violent Burnin' and Lootin' où il exhorte le monde à "brûler et piller"... "toutes ses illusions"

Et troisièmement, il fait découvrir au monde les racines africaines spirituelles et historiques de la civilisation en présentant la culture syncrétique d'un mouvement marginal jamaïcain qui prône le rapprochement de tous les hommes, le Rastafari. Pour les rastas, Haïlé Sélassié Ier (Jah Rastafari), l'empereur d'Ethiopie descendant direct de la dynastie du roi Salomon (selon la liturgie chrétienne orthodoxe éthiopienne) est une divinité, l'homme sacré qui incarne les valeurs chrétiennes originelles et rappelle au passage les origines africaines, éthiopiennes et égyptiennes en particulier, de la civilisation occidentale (« So Jah Seh »).

L'assassinat de Sélassié en 1975 par une junte militaire sanguinaire lui fera chanter le 45 tours Jah Live où il proclame que Dieu ne peut mourir. Les rastas, persécutés pour blasphème dans la très chrétienne Jamaïque, se reconnaissent aux nattes naturelles (Natty Dread) qu'ils portent souvent (mais pas toujours) selon le vœu du nazir de la Bible. Ils sont le plus souvent condamnés pour leur consommation de chanvre (Rebel Music), utilisée comme partout comme un prétexte à la répression et passible de fortes peines de prison, alors que la consommation de ganja est une habitude très répandue dans toute l'île.

Le 26 février 1976 naît Kymani, fils de Bob et Anita Belnavis, la championne du monde de tennis de table des Caraïbes. Kymani deviendra chanteur. Lucy Pounder met au monde un autre fils, Julian, qui deviendra lui aussi chanteur.

par Claire (Cadence Info - 07/2014).


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