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MUSIQUE DE FILMS


RYUICHI SAKAMOTO – FURYO
(Merry Christmas Mr. Lawrence)

Du film Furyo, on retient surtout la musique composée par Ryūichi Sakamoto ; une musique sans ambition démesurée, sans grand abatage orchestral, mais qui a su conduire intelligemment nos oreilles en direction de ressources musicales séculaires par des traverses sonores très actuelles...


SYNOPSIS

L’action se déroule dans un camp de prisonniers situé sur l’île de Java, durant la seconde guerre mondiale. Le capitaine Yonoi (Ryūichi Sakamoto) dirige d’une main de fer les lieux, tout en réprimant une homosexualité incompatible avec le code d’honneur des combattants japonais… Mais un jour, un officier anglais prisonnier est envoyé dans son camp. A la crainte et au mépris qu'éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l'endroit de ce dernier, l’officier Jack Celliers (David Bowie) adopte une attitude provocante et indisciplinée. Le capitaine Yonoi devient alors de plus en plus ferme, intransigeant à son encontre…

Date de sortie : 1983
Réalisé par Nagasi Oshima
Avec David Bowie, Tom Conti, Ryūichi Sakamoto, Jack Thompson.


A PROPOS DU FILM ET DES ACTEURS


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Que dire du film Furyo de Nagisa Oshima ? De la même façon que le film Le pont de la rivière Kwai de David Lean, le film repose principalement sur un affrontement entre deux hommes aux caractères bien trempés. Cependant, alors que dans le film américain l’opposition repose sur un rapport de force tant psychologique que physique, dans le film d’Oshima, c’est l’ambiguïté des êtres et de leurs principes qui servent de fil conducteur. Dans Furyo, le jeune officier japonais sensible aux codes du Samouraï – mieux vaut la mort que d’être prisonnier – éprouve une fascination homo-érotique envers un officier anglais prisonnier qui reste indifférent à sa personne. De cet ensorcellement naîtra de tragiques conséquences.

Nagasi Oshima est devenu célèbre pour avoir mis en scène L’empire des sens, à une époque où l’excroissance des films érotiques et pornographiques battaient son plein. Le metteur en scène aimait les sujets scabreux ou déroutant (à la suite de Furyo, il tournera Max mon amour, une histoire sentimentale entre une femme bourgeoise et un chimpanzé).

Furyo n’est pas à proprement dit un film de guerre, mais plutôt un film psychologique, un film sur le choc des cultures et des traditions. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, car le film souffre de nombreux défauts, notamment la présence de quelques longueurs qui conduisent inévitablement à un manque de rythme et de souffle. A cela s’ajoute, des scènes interprétées maladroitement et un côté théâtral dans la mise en image qui, sans être hérité du « Nô », aurait pu être évité. Heureusement, la présence de la musique de Sakamoto et sa toute puissante créativité sont là pour relever un film finalement très moyen.

Jack Celliers, le prisonnier anglais, est interprété par David Bowie. Rares sont les artistes venus du monde musical et en particulier du rock qui ont été capables d’aligner une filmographie aussi éclectique : la science-fiction (L’homme qui venait d’ailleurs –1976), le fantastique (Les prédateurs – 1983 - Labyrinthe - 1986), la comédie musicale (Absolute Beginners - 1986), le drame historique (La dernière tentation du Christ - 1988) et l’aventure (The Linguini Incident - 1991).

S’il partage le haut de l’affiche avec David Bowie, Ryūichi Sakamoto vit là sa première expérience cinématographique en tant qu’acteur. N'étant visiblement pas à son aise, il tente par tous les moyens de donner la réplique du mieux qu’il peut.


LA BO DU FILM 'FURYO'

Au moment du tournage du film, Sakamoto est déjà un musicien qui possède une certaine renommée dans son pays. "YMO" pour Yellow Magic Orchestra a été la porte d’entrée. Ce groupe alliait les sonorités séculaires d’un japon traditionnel à des instruments électroniques dernière génération. Au tournant des années 80, leur musique orientée électro-pop était célèbre au pays du soleil levant. Les membres du YMO étaient perçus comme des défricheurs, des musiciens à l’avant-garde d’une technologie commerciale à base de sampleurs et de synthétiseurs, et dont Sakamoto était devenu le pilier.

Le score de Furyo se rapproche en de nombreux points de l’esthétique présente dans la musique du Yellow Magic Orchestra, fusionnant une classique instrumentation japonaise aux récents apports d’une musique électronique pilotée par ordinateur. Plusieurs titres reposent sur cette constatation… Le premier d’entre eux est Batavia, constitué d’une boucle de boîte à musique samplée servant à couvrir les bruits de la ville toute proche. Dans The Fight, Sakamoto déploie une imagerie martiale à base de basses électroniques très réverbérées. L’opposition entre tradition séculaire et modernisme résonne dans les martèlements synthétiques juxtaposés à une conversation de kotos dans The Seed And The Power ; tandis que le thème A Hearty Breakfast repose sur une orchestration des plus sombres.

Pour le thème principal, Merry Christmas Mr. Lawrence, le plus mélodiquement « folklorique » de la BO, mais aussi le plus célèbre, Sakamoto utilise des carillons pour illuminer la chère mélopée face à de lancinants sons de cordes synthétiques. Le thème est repris sous diverses orchestrations dans la BO du disque : Father Christmas et Forbidden Colours (qui n'est pas présent dans le film) dans lequel on peut entendre David Sylvian, un ex-membre du groupe Japan (on pourrait croire à du Bowie tellement la façon de chanter et le timbre de voix est proche de ce dernier).

Pour Forbidden Colours, l’instrumentation traditionnelle de Sakamoto et le texte de Sylvian cristallisent les fameuses « couleurs interdites », tout comme elles illustrent la distance culturelle séparant deux civilisations insulaires, l’anglaise et la japonaise, basée sur l’honneur et la fierté.

Dans de nombreux thèmes, Ryūichi Sakamoto place en fond sonore des motifs rythmiques répétitifs soit à base de sons de cordes (Germination) soit en usant de sonorités aux couleurs purement électroniques (A Hearty Breakfast, Before The War). Le climat général de la BO est imprégné de cette marque de fabrique. Cependant quelques thèmes y échappent résolument, comme The Fight et son rythme conquérant, le très angoissant Beyond Reason ou Ride, Ride, Ride dans lequel on peut entendre le chant d’un jeune enfant.


PORTRAIT EXPRESS DE RYUICHI SAKAMOTO

  • Ryūichi Sakamoto est né le 17 janvier 1952.
  • Il suit les cours de l'Université des Beaux-Arts et de Musique de Tokyo où il étudie la composition et la musique électronique et ethnique.
  • En 1978, il devient membre du Yellow Magic Orchestra et enregistre son premier album solo de musique électronique en 1978 avec les morceaux Thousand Knives et The End of Asia.
  • En 1983/84, il se lance dans une carrière solo et collabore avec de nombreux artistes d’horizons divers : David Sylvian, Towa Tei, Thomas Dolby, Arto Lindsay, Bill Laswell, Youssou N'Dour, Iggy Pop, Robin Scott, Alva Noto, Hector Zazou, Cesária Évora, Caetano Veloso, Robert Wyatt, etc.
  • Progressivement ses premières compositions, essentiellement électroniques, s’orientent de plus en plus vers une musique purement acoustique. En 1987, la musique du film Le dernier empereur de Bernardo Bertolucci en est un exemple frappant. D’autres musiques de films suivront dont Un thé au Sahara de Bernardo Bertolucci, Talons aiguilles de Pedro Almodóvar, Snake Eyes et Femme Fatale de Brian De Palma, Tabou de Nagisa Oshima et Soie de François Girard.
  • Au tournant des années 90, un courant de musique world se dessine. Sakamoto osera quelques incursions dans le rap, la house musique, mais également dans la bossa nova.
  • En 1999, il compose l’opéra Life avec la présence de personnalités fort diverses : Pina Bausch, Bernardo Bertolucci, José Carreras, Dalai Lama, Salman Rushdie...
  • En 2001, il forme un trio composé du couple Jacques Morelenbaum (violoncelle) et Paula Morelenbaum (chant) avec lequel il enregistre deux albums, Casa et A Day in New York dédiés à Carlos Jobim.

  • Dans les années 2000, il produit avec le compositeur allemand Carstein Nicolai (Alva Noto), spécialiste dans le domaine des musiques électroniques, des œuvres basées sur des formes d’expérimentation entre piano et traitements sonores : Vrioon (2002), Insen (2005), etc.
  • En 2007, il reforme le Yellow Magic Orchestra, avec à la clé quelques concerts et la parution de singles.
  • Pour l’anecdote et pour finir, Sakamoto dénonce les lois relatives au copyright qu’il considère dépassé depuis l’explosion de l’ère du tout numérique.

Par Elian Jougla - 11/2014


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