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RYUICHI SAKAMOTO : DES MUSIQUES VENUES DU SOLEIL LEVANT (biographie/portrait du compositeur)

Il a la réputation d'être une autorité dans le domaine des sons et d’être un professeur de musique constamment assis devant un écran d'ordinateur. D'une curiosité insatiable, Ryuichi Sakamoto est capable de jouer de la house ou du hip hop par jeu pour ensuite se replonger dans son projet, comme si rien ne s’était passé. Devenu célèbre grâce à ses musiques de films, Sakamoto a surtout une carrière artistique tellement riche et diversifiée qu’elle pourrait bien nous sembler insaisissable au premier abord...


LE CINÉMA, LA PORTE OUVERTE

En 1983, Ryuichi Sakamoto joue les premiers rôles aux côtés de David Bowie dans le film Furyo de Nagisa Oshima. Le public retient alors la forte personnalité de la musique qui l’accompagne, au point que celle-ci deviendra l’une des plus célèbres du 7e art.


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Le compositeur japonais avait abordé cette bande son sans réelle expérience. En réalité, Sakamoto se préoccupait davantage du résultat esthétique de sa musique que du rôle qu’il incarnait à l’écran. « Je voulais qu’elle se remarque », dira-t-il. Depuis, cette musique imprégnée de gammes pentatoniques, si chères à l’esprit oriental, a fait le tour du Monde.

© Hiroo - Ryuichi Sakamoto (2009)

Cette entrée en matière, couronnée de succès, lui ouvre les portes du cinéma. Le jeune compositeur récolte dès lors de nombreux prix dans un domaine conquis un peu par hasard. Au fil des scores abordés, Sakamoto développe et affine son écriture personnelle. Une esthétique raffinée, un travail sur les silences, sur les sons aussi, apportent aux compositions de Sakamoto beaucoup de profondeur et d’âme. Citons ses collaborations avec de prestigieux metteurs en scène : Bernardo Bertolucci (Le dernier empereur en 1987), Pedro Almodóvar (Talons aiguilles en 1992) et Brian de Palma (Snake Eyes en 1998 et Femmes Fatales en 2002).

Ce sens de la mélodie, Sakamoto la cultive depuis la maternelle quand ses doigts se sont posés pour la première fois sur un piano. Mais si la musique de film a contribué à faire de lui un musicien célèbre, Ryuichi Sakamoto a exercé son talent bien avant que le 7e art ne s’intéresse à lui.

Fils d’un célèbre éditeur (Kazuki Sakamoto) et d’une mère chapelière, Ryuichi traverse une enfance heureuse à Tokyo. Au lycée, dans le quartier de Senzoku, il fréquente les salles de cinéma et les lieux où l’on peut écouter du jazz venu des États-Unis. En 1971, au lieu de rejoindre les hippies qui prolifèrent dans les rues du quartier, Ryuichi s’inscrit à l’Université des beaux-arts et de musique de Tokyo pour y étudier la composition, la musique ethnique et la musique électronique.

Alors que l’ethnomusicologie le destine à devenir un brillant chercheur, notamment en étudiant les musiques traditionnelles africaines et japonaises, et bien que formé à la musique classique (Claude Debussy étant sa principale influence), c’est la musique électronique qui va prendre le dessus et orienter une grande partie de ses dispositions musicales. Pour cela, il utilisera le matériel électronique dont disposait l’Université : ordinateur, synthétiseurs analogiques ARP, Moog...

Cette option pour tout ce qui touche à l’électronique est aussi en accord avec sa paresse, car Ryuichi déteste prendre un stylo pour écrire des notes de musique. Aussi, quand sont arrivés les premiers éditeurs de partitions, le compositeur en prendra possession sans jamais les quitter


YELLOW MAGIC ORCHESTRA : RYDEEN (album 'Solid State Survivor' - 1979)

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L’AVENTURE ‘YELLOW MAGIC ORCHESTRA’

En 1975, Sakamoto collabore avec le percussionniste Tsuchitori Toshiyuki avant de travailler comme musicien de session avec Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi en 1977. Parallèlement à sa carrière solo entamée avec l’enregistrement de l‘album Thousand Knives (1978), Sakamoto constitue avec Hosono et Takahashi l’un des groupes majeurs dans le domaine de la musique électronique japonaise, le 'Yellow Magic Orchestra' (ou YMO). Ce trio de défricheur fait rapidement la Une des magazines spécialisés. La part belle réservée aux synthétiseurs finit par franchir les frontières et permet aux trois musiciens de devenir les ambassadeurs d’une musique japonaise audacieuse.

Sakamoto : « On appelait notre musique du ‘bento makunouchi’, c’est un bento réputé pour contenir toutes sortes d’aliments. On avait conscience que c’était très japonais, unique en quelque sorte. Donc, c’était intéressant. » Avec leur musique saisie d’optimisme et d’exotisme revendiqué, le YMO finit par donner des idées en Allemagne où un courant techno-pop naissant, génialement lancé par un groupe aux allures robotiques, Kraftwerk, permet enfin de donner à la musique électronique la place qu'elle mérite. L'aventure du YMO durera 5 ans et conduira à l'enregistrement de 7 albums. Prenant officiellement fin en 1983, leur ultime album sortira en 1984 sous le titre After Service.


LA CARRIÈRE SOLO

Libéré de certaines obligations, Sakamoto se recentre désormais sur sa carrière solo. Cela lui permet de multiplier les rencontres avec des artistes de tout bord comme Iggy Pop, Bill Laswell, Youssou N’Dour, Caetano Veloso, Cesária Évora et même Robert Wyatt, sans oublier l’adepte de musique électro, l’Allemand Alva Noto.

Dans les années 80, les albums de Sakamoto explorent une variété de styles, de genres musicaux, tout en focalisant son travail sur un sujet ou un thème spécifique. Sa carrière prenant de l’ampleur à l'extérieur du Japon, le compositeur en profite pour explorer de nouveaux horizons à l'exemple de l'album Beauty (1989), qui propose une liste de morceaux combinant la pop avec des chansons traditionnelles japonaises d'Okinawa.

© KAB America - Ryuichi Sakamoto (2013)

En 1992, on lui offre l’occasion d’enregistrer la musique d’ouverture des Jeux Olympiques de Barcelone. Puis, en 1995, Sakamoto publie Smoochy, décrit par le site 'Web Sound On Sound' comme « une excursion de Sakamoto au pays de la musique latine », album qui sera suivi l'année d'après par 1996, qui réunit notamment ses plus belles musiques de films, mais réarrangées pour piano, violon et violoncelle. Puis, en 2002, il collabore avec Alva Noto et sort Vrioon, un album présentant des clusters de piano traité, basés sur l’utilisation de micro-boucles et de percussions générées par l’instrument.


RYUICHI SAKAMOTO : A DAY IN THE PARK (album Smoochy - 1997)

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Tantôt pop, tantôt classique ou expérimentale, la musique du spirituel Sakamoto flirte avec tous les genres, non pas que le musicien soit de nature instable, mais parce que son désir de découverte est immense. Autant la musique de ses débuts est profondément nourrie de sons électroniques, autant le reste de sa carrière fait appel à des sonorités acoustiques samplées ou pas : voix féminines, violons, instruments traditionnels, etc.

Le musicien semble insaisissable, rebondissant d’album en album dans des directions différentes. Le rap, la house, la bossa nova, la musique japonaise et la musique électro-acoustique expérimentale dénotent des aptitudes qui sont chez lui pluriels et qui ne peuvent que servir avantageusement un compositeur qui aborde la musique de cinéma.

UN HOMME SENSIBLE ET DÉVOUÉ

À ce jour le compositeur japonais comptabilise près de 90 albums. Sakamoto : « Dans ma musique, il n’y a pas d’étiquette. Il n’y a pas de genres définis. On ne peut pas voir de signatures. Ça a toujours été un choix de ma part… Évidemment ce n’est pas forcément une bonne chose. Tout le monde à sa patte en tant qu’artiste. C’est d’ailleurs ce que la plupart recherchent. […] Moi, cela ne m’intéresse pas de gérer un fond de commerce avec mon nom sur la vitrine. Je ne peux pas faire ça. »

En 2011, face au tsunami et à la catastrophe de Fukushima, Sakamoto devient un militant actif contre le nucléaire. Par son attitude, il démontre que c'est un artiste sensible et tout dévoué en prenant la défense de son peuple quand il est affecté par des tragédies soudaines. En se rendant sur les lieux du drame, le compositeur découvrira un vieux piano abîmé par les éléments et dont la couleur particulière va le conduire à l’enregistrer pour l’intégrer dans son futur album (Summvs).


RYUICHI SAKAMOTO : MERRY CHRISTMAS LAWRENCE (live - ext. de la musique du film Furyo)

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En 2014, Sakamoto se voit diagnostiquer un cancer de la gorge. Au même moment, le réalisateur Mexicain Iñárritu lui propose de composer la BO de son film au titre évocateur, The Revenant, avec pour vedette Leonardo DiCaprio. Jetant toutes ses forces dans ce projet, le compositeur parvient à signer, malgré la maladie, une musique d’une grande beauté, toujours en collaborant avec son ami Alva Noto. Sonorités amples, profondes, et silences suspendus viennent soutenir des images superbes tournées dans des décors naturels très sauvages. Pour cette BO, Sakamoto recevra une nomination au 'Golden Globe'.

En 2018, un documentaire sur la vie et l'œuvre de Sakamoto, intitulé Coda sortait. Le film montre Sakamoto alors qu'il se remet d'un cancer et qu’il reprend en main ses projets artistiques. On le voit aussi protester contre les centrales nucléaires à la suite de la catastrophe de Fukushima. Réalisé par Stephen Nomura Schible, le documentaire sera salué par la critique. Aujourd'hui, du haut de ses 73 ans, Sakamoto nous apporte la conclusion : « J’ai suivi des cours de piano et des cours de composition. Je suis professeur à l’Université de musique de Tokyo… Je n’ai jamais pensé que la musique serait mon métier, mais je savais que je jouerais de la musique toute ma vie. »

Par Elian Jougla (Cadence Info - 08/2020)

À CONSULTER

LA MUSIQUE DU FILM 'FURYO'


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