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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


BIOGRAPHIE DE JEAN-PHILIPPE RAMEAU, SA VIE, SON ŒUVRE

Connu pour ses opéras, ses pièces pour clavecin et ses cantates, mais aussi pour son avant-gardisme et ses écrits - qui seront critiqués par ses contemporains -, Rameau était un homme solitaire et secret. Un être dont la rigueur et la sécheresse apparente s’effaçaient derrière une musique somptueuse, puissante et variée.


JEAN-PHILIPPE RAMEAU, LE SAUVEUR

A partir du 18e siècle, la vie musicale change de rythme et d’aspect, et lorsque le chiffre 1700 apparaît au cadran du taximètre de la civilisation européenne, Rameau a dix-sept ans, Bach et Haendel en ont quinze. L’un après l’autre, avec la régularité et la ponctualité d’entrées fuguées, Haydn et Mozart les suivront à distance respectueuse.


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Une anomalie fait alors surface, celle de ne voir figurer aucun compositeur italien qui, pourtant, depuis deux cents ans, avait fourni à l’Europe tant de puissants souverains. Les races latines ont formé de si bons élèves que Bach, Haendel, Haydn... ont maintenant éclipser leurs maîtres. Studieux, appliqués, consciencieux, les musiciens allemands et autrichiens étudient avec respect la technique franco-italienne, absorbant tout sur leur passage, avec lenteur, sans doute, mais avec une inflexible méthode. Cependant, la France conserve un brillant soliste : le Dijonnais Jean-Philippe Rameau. Persévérant, ne reculant devant aucune difficulté, le compositeur des Indes Galantes et de Hippolyte et Aricie parviendra à imposer et défendre les couleurs françaises avec une magnifique autorité.


JEAN-PHILIPPE RAMEAU, UN HOMME SOLITAIRE

Ce fils d’organiste avait l’esprit clair et la cervelle raisonneuse. C'était un être volontaire et amoureux de la solitude. Il traversa son siècle avec une hautaine indépendance, qui lui valut une réputation d’insociabilité bien établie. Epris de logique et de précision scientifique dans un milieu « professionnel » où l’on s’accommode si bien du plus naïf empirisme, il ne pouvait évidemment faire très bon ménage avec les musiciens de son temps. Il dut, plus d’une fois, les rabrouer sans ménagements, ce qui explique l’aigreur des commentaires dont ses contemporains ont entouré sa mémoire en stigmatisant sa dureté de cœur et sa sordide avarice.

Tout comme Couperin et Bach, il connut les notes avant les lettres. Dans un premier temps, c’est son père qui l’éduque musicalement, et lorsqu’il eut atteint ses dix-huit ans, il fut envoyé en Italie pour y compléter son instruction musicale commencée à Dijon. Mais l’esprit de cigales des artistes Italiens lui déplut et il revint immédiatement en France (ce qu'il regrettera par la suite).

De là, et après avoir joué du violon dans une troupe ambulante, Jean-Philippe Rameau va occuper, ou plus exactement traverser hâtivement les différentes églises où il obtient le poste d’organiste. Sans aller jusqu’au bout de ses contrats, il passe successivement d’Avignon à Clermont-Ferrand, de Paris à Dijon, de Dijon à Lyon, retourne à Clermont-Ferrand et reviens à Paris où il se fixe définitivement. Ses allers et venues correspondent à une des périodes les plus sombres de son existence. Il a alors près de quarante ans et n'a pas encore composé de véritables œuvres.


JEAN-PHILIPPE RAMEAU ET LE PASSAGE À LA THÉORIE

À cet âge avancé, Jean-Philippe Rameau a déjà soulagé sa conscience de technicien en publiant un Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels, qui met au point avec lucidité et une intelligence supérieure tous les problèmes que pose la nouvelle écriture verticale - que l’on avait employé jusqu’à là d’instinct – sans en analyser les fondements acoustiques. L’ouvrage fera sensation à Paris en 1722.

Le titre de l’ouvrage est clair, comme la méthode même dont il procède. Non que toutes les idées de Rameau soient neuves et révolutionnaires, mais au milieu du fatras des théories qui se succèdent à cette époque, et de la confusion prodigieuse héritée des siècles antérieurs où se mêlent des faits musicaux pas toujours maîtrisés, Rameau sera le premier à mettre, tout simplement, de l’ordre.

Cela peut sembler évident de nos jours, mais ce n’était pas le cas à une époque où la nature même des lois propres aux sonorités acoustiques et de leur science n’étaient pas toujours mises en avant, comprises ou admises. Un son n’est jamais pur, et il résulte toujours de la combinaison d’une fondamentale et de sons secondaires que l’on appelle « harmoniques ». Rameau approfondira cette recherche, notamment en ce qui concerne l’accord parfait majeur et ses harmoniques naturelles. A travers ses travaux, le compositeur deviendra aux yeux de ses contemporains un théoricien et un philosophe (à cette époque l’attitude courante du musicien n’étant pas de gloser sur de la théorie).


HIPPOLYTE ET ARICIE, LE PREMIER OPERA

Protégé par son mécène, le financier La Poupelinière, Rameau est accueilli avec faveur dans ses salons de Passy où il rencontre l’abbé Pellegrin et Voltaire qui deviendront tous deux ses librettistes ; le premier avec Hippolyte et Aricie, le second avec un Samson dont hélas plus personne ne possède la partition, et dont une cabale religieuse fit interdire la représentation. Il prit contact avec Antoine Houdar de La Motte, un célèbre librettiste et dramaturge, mais ce dernier refusa tout net ses avances.

Rameau marque le pas et observe la musique de son temps. L’opéra est en France, la seule vraie grande musique ; le reste n’est qu’une bagatelle, pense-t-il. Ainsi ses cantates, qui sont en réalité des opéras miniaturisés, rencontrent un vif succès. Par ailleurs il continue de composer de la musique de scène pour le théâtre.

Son véritable premier opéra, Hippolyte et Aricie est créé en 1733. Rameau a alors cinquante ans. La nouveauté et le sérieux de cette partition déconcertèrent d’abord le public et les musiciens. Ces derniers jugeront l’écriture tellement difficile qu'ils demanderont des coupures. Les fidèles admirateurs de Jean-Baptiste Lully sont scandalisés par les audaces ; cependant, peu à peu, le rayonnement du chef-d’œuvre triomphe de toutes les hostilités qu’avait suscitées au nouveau compositeur lyrique sa redoutable renommée de « savant » et de théoricien de son art. Pour défendre son opéra, Rameau trouva les mots qu'il faut : « Il y a dans cet opéra assez de musique pour en faire dix ! »

On le discute, d’ailleurs, avec tant de passion que sa notoriété grandit rapidement et qu’il peut faire jouer successivement ses Indes Galantes, son Castor et Pollux (1737), Dardanus (1739) et ses Fêtes d’Hébé (1745) avec le plus grand succès. Désormais la vie de Rameau se confond avec ses opéras. Il en écrira un par an, ou peu s’en faux, jusqu’à la fin de son existence.


LE VIEIL HOMME

Les honneurs, qu’il a toujours dédaignés, viennent le chercher. Lors d’une représentation de Pygmalion, le public, l’ayant reconnu dans la salle, lui fait une ovation qui émeut jusqu’aux larmes ce vieil homme pourtant peu tendre. Le roi le nomme « compositeur de la musique de la Chambre », l’anoblit et lui attribue une pension importante, car, diront les uns, cet honnête homme ne s’est pas enrichi au cours de sa brillante carrière, ou, si l’on en croit Henry Prunières, il sut très bien simuler la pauvreté en vivant misérablement auprès de ses coffres remplis d’or.

Dans les dernières années de sa vie Rameau produit encore des œuvres fort diverses. Mais le « révolutionnaire » devient un « réactionnaire » quand des « intellectuels », tels Rousseau ou Diderot, prennent parties pour la comédie-bouffe italienne, plus légère et spontanée que sa musique qu'ils trouvent, au passage, trop « savante ». Cepedant Rameau continuera son œuvre, même s’il est ébranlé par les événements et les agissements qui l’entourent.

Avec la collaboration de Voltaire, il composera : Le temple de la gloire et La Princesse de Navarre, Zaïre, Pygmalion, Les surprises de l’amour, Zéphire, Zaroastre et Les paladins. Il allait faire répéter Les Boréades lorsque, l'année de ses quatre-vingt-un ans, il est enlevé par une courte maladie (1794).



CE QU’ON DOIT À RAMEAU

Cet homme maigre et sec comme un cep de vigne de sa Côte-d’Or natale, cet être opiniâtre et envoûté que rien ne décourageait, cet escogriffe au profil aigu, aura joué dans l’histoire du 18e siècle un rôle d’une grande importance en devenant le catalyseur du classicisme international. De sa vie il n’a songé à autre chose que la musique. Derrière la façade d’un homme à l’apparence (et à l'attitude) sèche existait le feu intérieur, l’ardeur, mais aussi une forme de sensibilité cachée. D’ailleurs, est-il possible de consacrer sa vie à la musique sans une once d'émotion et de délicatesse ?

Son abord était peut-être rude, mais ses intimes connaissaient peut-être un autre personnage, plus affable, moins replié sur lui. D’ailleurs, Rameau eut des élèves comme Balbastre et Dauvergne, preuve que le compositeur était capable de former et de venir en aide à ses semblables. Quand on écrit : « La vraie musique est un langage du cœur. » c’est bel et bien un hommage à la droiture et à la sensibilité qui transparaît.

Ses travaux techniques ont fixé les bases essentielles de la langue musicale avec une rare clairvoyance. Sa théorie des accords engendrés par la résonance naturelle des corps sonores et construits par superposition de tierces supérieures et inférieures, son interprétation harmonique des renversements, sa conception de la tonalité, des cadences et des modulations ont encore force de loi aujourd’hui.

Ses œuvres religieuses, ses cantates et motets, ses pièces pour clavecin présentent un intérêt de premier ordre. Mais c’est surtout dans le domaine du théâtre musical que son action fut décisive. Rameau a médité trente ans avant décrire ses premières notes (sa longévité exceptionnelle lui permit de voir jouer Mozart enfant). Et s’il a été salué comme l’héritier de la grande tradition française de l’opéra, son véritable drame fut d’être un compositeur critiqué pour son avant-gardisme à une période où déjà l’opéra français commençait à décliner.


LES ŒUVRES ESSENTIELLES

Les pièces pour clavecin : elles ont été publiées en quatre séries. Citons : Le rappel des oiseaux, Les tourbillons, La triomphante, La boiteuse, Les surpris, L’entretien des muses.

Les pièces de clavecin en concerts : ce sont des pièces pour clavecin accompagnées d’instruments mélodiques : violon, violoncelle, flûte.

L’opéra : Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Darnadus, Les Boréales. Mais aussi sur un ton plus léger : Zaïs, Acante et Céphise.

L’opéra-ballet : Les Indes galantes, Les Fêtes d’Hébé, Les surprises de l’amour.

Cantate : L’enlèvement d’Orithie, Orphée.

Motet : Laboravi.

Les œuvres de foire : L’enrôlement d’Arlequin. )

Par Patrick Martial (09/2014)
(Source : Histoire de la musique - Vuillemoz)


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