INSTRUMENT DE MUSIQUE


LE DIAPASON CHEZ LES MUSICIENS ET À TRAVERS L'HISTOIRE

Pas de mystère, pour qu’un orchestre parvienne à jouer juste, il doit avoir une note de référence autour de laquelle tous les musiciens s’accordent, c’est le LA du diapason.


LE “LA” DU DIAPASON, OUI, MAIS À QUELLE HAUTEUR ?

Pourquoi la note La ? Pourquoi pas le Mi ou le Do, note de départ à de nombreux exercices techniques ? D’entrée, il faut préciser que même si la note LA sert à accorder tous les orchestres, la note en question n’a pas toujours sonné de la même façon. Au 17e siècle, le LA de Mozart et celui de Bach n’était pas le même. Cette différence devait continuer ainsi pendant très longtemps, jusqu'au 20e siècle. Même de nos jours, s’accorder sur le LA ne va pas sans soulever des questions entre musiciens... Alors comment font-ils pour trouver un accord satisfaisant ?

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Un merveilleux instrument tente de résoudre le problème, il s’agit du diapason. Il n’émet qu’une seule vibration accordée au 440 Hz, soit le LA 2 du piano. Mais ça, c’est pour la théorie, car à travers l'histoire, plusieurs diapasons de différentes tailles ont existé, chacun produisant une hauteur différente. Ce problème d’accord tout azimut, qui continue de hanter les couloirs des studios d'enregistrement et les coulisses des scènes, existe en réalité depuis plus de 200 ans !

Comme personne n’était d’accord sur la bonne hauteur, il devenait nécessaire d’établir une convention internationale pour que le débat s’estompe de lui-même. En 1834, une première tentative, conduite par les Allemands, devait se baser sur la moyenne des LA européen, le LA à 440 Hz, mais en 1859, les musiciens français soulèvent un veto. Il n’est plus alors question du 440 Hz. À sa place le 435 Hz semble mieux leur convenir. Les Anglais, restés encore silencieux, décident de s’en mêler à leur tour en proposant un LA plus aigu à 439 Hz. Puis ce sera au tour des Belges de proclamer ce qui est bien et pas bien avec un LA beaucoup plus bas à 432 Hz. Certains compositeurs émettront leur avis sur la question et s’empresseront de trouver un raisonnement qui conforte leur propre LA.


DES RAISONS PAS SI DÉRAISONNABLE DE L’EXISTENCE DU “LA”

Pour un candide auditeur, qu’elle différence peut-il faire entre les deux extrêmes d’un LA pris à témoin, entre celui qui résonne à 432 Hz et celui à 440 Hz ? Une infime petite différence qui ne peut s’entendre que dans le cas où deux accords identiques et de même hauteur sont joués l’un à la suite de l’autre, sinon rien de tranchant qui puisse transformer en profondeur la qualité artistique d’une œuvre !

Une raison encore plus cornélienne veut qu’avant le 20e siècle, l’homme soit dans l’incapacité de mesurer les fréquences en Hertz. Alors que signifie cette guéguerre du temps de la musique baroque - et au-delà - si le LA du diapason n’existait pas encore ? Les musicologues vous répondront que comme le LA du diapason était absent, l’approximation était la norme. Les ensembles s’accordaient autour d’une hauteur relative qui était fonction de la région et parfois même de la ville où jouaient les musiciens.

Pendant des siècles, la musique a ainsi vécu s’en trop se préoccuper de l'existence d’un LA fédérateur sans que son image en souffre. En théorie comme en pratique, il n’existait pas de notes à hauteur fixe ; seuls les intervalles entre les notes devaient être respectés.

Tout allait si bien, trop bien peut-être ! Un nouveau “désaccord” voit le jour au 19e siècle avec l’arrivée des orchestres symphoniques. L’effectif important ajouté aux nombreux déplacements lors des tournées ainsi que la production en série d'instruments va imposer l’existence d’une note étalon servant à accorder tous les instruments. D’autre part, ce constat sera intimement lié à des raisons imposées par la lutherie. La fabrication d’un instrument comme le violon ou la guitare repose sur l’exploitation de fréquences porteuses dans l’intention de le faire sonner harmonieusement.

© pxhere.com - Avant de commencer à jouer ensemble, les musiciens ont pour obligation de s'accorder autour d'une même note de référence.


LE DILEMME DU DIAPASON

Ce qui convient à un instrument peut-il convenir à la voix ? En montant la hauteur du diapason, il devenait difficile pour les chanteurs d’opéra d’atteindre l'extrémité des notes aiguës imposées dans les œuvres. Les compositeurs et tous les musiciens finirent par admettre que cette querelle autour du diapason devait cesser.

Pour préserver les chanteurs, les Américains seront les premiers à vouloir imposer le LA 440 Hz en 1917, mais il faudra attendre 1953 pour qu’une commission internationale tenue à Londres statue et impose le LA 440 comme le LA de référence. Trop simple en vérité vous diront certains musiciens, car cette norme est musicalement impossible à respecter. Pourquoi ?

Si le piano est un instrument à hauteur fixe, ce n’est pas le cas des cordes et surtout des vents dont la délicatesse de jeu liée au souffle et à la pression modifie sensiblement leur diapason. Paradoxalement, ce changement constant du diapason ne perturbe pas le reste de l’orchestre. En fonction de leur jeu expressif, la clarinette ou le hautbois produisent des variations de diapason, en étant par exemple plus haut lors des crescendo ou plus bas lors des decrescendo, d’où l' idée que le LA 440 Hz n'aurait qu'une fonction toute relative.

Aujourd’hui qu'en est-il ? Nous vivons dans un monde standardisé, dans un monde matérialisé où naissent chaque année de nouveaux instruments. Pour ces raisons, le LA 440 Hz ne pouvait que s'enraciner de plus belle en devenant la seule norme envisageable. Pour autant, l'histoire du diapason est-elle terminée ? À y regarder de plus près, la musique ne relève-t-elle pas des arts vivants, et dans ce sens, pourra-t-elle encore s’effacer longtemps devant cet ordre établi ? Est-ce qu’elle ne cherchera pas à reprendre un jour sa liberté comme du temps où le LA n’existait pas ?

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2021)

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