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INSTRUMENT ET MUSICIEN


LE VIOLON, DESCRIPTION D'UN INSTRUMENT ESSENTIEL DE LA MUSIQUE INSTRUMENTALE

Les instruments à cordes sont la cheville ouvrière des orchestres prestigieux. Certains sont à cordes pincées, comme le luth et la harpe, les autres s'interprètent avec un archet, tel le violon, l'ambassadeur de cette famille influente.


LE VIOLON À LA LOUPE

Le violon demeure l'un des instruments essentiels de la musique instrumentale qui a su traverser le temps et les modes. C'est au 17e siècle qu'il s'impose dans les orchestres avec l'alto et le violoncelle (la contrebasse viendra plus tard). Hormis leurs dimensions, la construction de ces quatre instruments est similaire, si bien que la description se rapportant au violon peut s'appliquer grosso modo au reste de sa famille.

À première vue, l'instrument paraît assez banal, toutefois, sa fabrication réclame de 69 à 71 pièces (selon que table et fond sont en deux parties ou pas) façonnées avec une redoutable précision et assemblées avec de la colle.

© Aël Creis (blog.univ-nantes.fr)

Trois espèces de bois sont couramment utilisées pour la construction du violon : le sapin pour la table, la barre, les tasseaux et l’âme ; l’érable pour le fond, le manche, les éclisses et le chevalet ; l’ébène pour la touche, les chevilles, le cordier et le bouton.

La plupart des pièces sont visibles extérieurement. La caisse de résonance du violon comprend la table d'harmonie, longue d’environ 35 centimètres et le fond. L’une et l’autre, taillées dans la masse, sont légèrement voûtées et constituées généralement de deux pièces collées dans le sens de la longueur. La table et le fond sont réunis par des éclisses (1) qui forment une ceinture approximative de 3 centimètres de hauteur. Des tasseaux renforcent la caisse de résonance aux deux extrémités et aux coins.

Deux pièces essentielles se trouvent à l’intérieur de l’instrument :

  • 1. La barre. C'est une petite verge de bois collée à la table parallèlement à la corde la plus basse et passant sous le pied gauche du chevalet, destinée à renforcer la table et à lui permettre de faire face à la pression des cordes.
  • 2. L’âme. C'est une fine baguette insérée entre la table et le fond, tout près du pied droit du chevalet, appelée ainsi, car elle a une influence capitale sur la sonorité. On peut apercevoir l'âme en regardant une des ouïes nommées « ff  » percées dans la table.

Le manche est fixé à l’extrémité la plus étroite de la caisse de résonance. Au bout de celui-ci, nous avons le cheviller terminé par une volute creusée pour recevoir les 4 chevilles. Celles-ci ne sont pas filetées, mais légèrement coniques, le serrage s’obtenant par friction.

Les cordes sont fixées au cordier, attaché à un bouton enfoncé dans l’éclisse et le tasseau du bas. Elles passent sur le chevalet légèrement arrondi dont les pieds reposent sur la table, au-dessus de la touche, sur le sillet et s'enroulent autour des chevilles qui les tendent. La chanterelle du violon – la corde la plus aiguë – et parfois d’autres sont reliées au cordier par l’intermédiaire d’un dispositif à vis facilitant un accord précis.

© Claes Franzén (L'orchestre symphonique et ses instruments", Éditions Gründ)

1. Éclisses : lames de bois qui font le tour de la caisse de résonance et relient la table d'harmonie avec la table de dessous (Grillet, Ancêtres violon,1901, t. 2, p. 4).


LE VERNIS, SUJET DE CONTROVERSE

La table, le fond, les éclisses, le cheviller et la volute (mais pas le manche) sont couverts d’une fine couche de vernis. La question de son utilisation demeure un éternel sujet de controverse. On pensait autrefois que le vernis des violons possédait des qualités quasi magiques. La légende selon laquelle les luthiers de Crémone des 17e et 18e siècles possédaient une recette secrète transmise de génération en génération demeure toujours vivace. Des méthodes modernes d'investigations techniques ont démontré que leur vernis n’était pas exceptionnel et que sa composition ne différait en rien de celle de vernis utilisés dans d’autres pays. En revanche, des modifications chimiques ont pu se produire au cours de la vie des instruments.

On estime de nos jours que le vernis n’améliore pas de manière significative la sonorité. Son rôle primordial est de protéger l'instrument. Cependant, s’il est excessivement rigide, appliqué irrégulièrement ou en couches trop épaisses, la sonorité peut en souffrir. Aujourd’hui comme hier, le vernissage exige une main extrêmement habile.


LA FABRICATION DES CORDES

Jadis, pour produire un son rond et délicat, toutes les cordes étaient faites avec des boyaux de mouton. Puis, au 18e siècle, pour obtenir un son plus puissant, on expérimenta des modèles en métal ou en boyau autour duquel s’enroule un fil d’argent ou de cuivre argenté. Nommés « cordes filées  », leur usage ne sera toutefois pas généralisé avant le début du 20e siècle.

On se sert encore souvent de « cordes filées sur boyau  » pour les basses du violon et de l’alto, alors que la chanterelle et la deuxième corde sont fréquemment en acier. De leur côté, les violoncelles et les contrebasses sont habituellement équipés de cordes filées sur métal.

Les cordes métalliques ont l’avantage d’être plus solides et de moins varier en fonction des conditions météorologiques et de température, mais sur le plan de la musicalité, ceux qui adoptent les modèles en boyau sont nombreux, surtout pour l’interprétation de la musique ancienne.


COMMENT EST PRODUIT LE SON DU VIOLON

Que se passe-t-il quand le musicien frotte une corde de son archet ? Rien, à moins qu’il n’ait préalablement frotté les crins sur de la colophane – résine tirée de la distillation de la térébenthine – ou une matière synthétique équivalente.

Pour obtenir différentes notes, le violoniste raccourcit les cordes en les pressant avec les doigts de la main gauche sur la touche. Les vibrations des cordes sont transmises au chevalet qui les transmet à son tour, essentiellement avec son pied gauche, à la table dont toute la surface se met à vibrer, en partie grâce à la barre. Le pied droit du chevalet propage les vibrations au dos, moins souple que la table, par l’intermédiaire de l’âme. Le son que nous entendons vient donc principalement de la table, amplifié par la caisse de résonance.


EN REMONTANT DANS LE TEMPS

On peut chercher l’origine de la famille du violon parmi le rebec, la lira et autres instruments à archet et celle de la contrebasse chez la viole de gambe. La forme du violon et des autres membres de sa famille vient en droite ligne de la lira da braccio, caractérisée par les deux échancrures qui favorisent le passage de l’archet. Ses caractéristiques fondamentales furent présentes dès les premiers instruments : table et fond voûtés, épaules presque droites, échancrures profondes (les C), ouïes en « ff  », volute sculptée au-dessus du cheviller, accord en quintes hérité du rebec. L'accord normal n’a pas varié depuis lors, et la musique destinée au violon est invariablement écrite en clé de sol.

© Jean-Louis Mazieres (flickr.com) – Jeune femme jouant du violon, peint par Gerrit van Honthorst (1626 - Musée de La Haye, Hollande).

Des facteurs esthétiques et surtout acoustiques ont accordé à ces instruments leur forme harmonieuse. Jusqu’à la fin du 17e siècle, les luthiers ne cessèrent de tâtonner. Ils essayèrent de nombreuses matières, diverses techniques de construction, fabriquèrent des instruments de formes et de tailles variés. C’est ainsi que des générations d'artisans se sont succédé pour parvenir au bout du compte aux chefs-d'œuvre qui ravissent nos yeux et nos oreilles.

Pendant leur premier demi-siècle d'existence, les violons servirent essentiellement à accompagner les chants et les danses. Il est délicat d’apprécier leur importance relative au 16e siècle, car les compositeurs ne précisaient pas les instruments. La même musique pouvait être interprétée au violon ou, par exemple, à la viole ou au luth. Les premières œuvres composées explicitement pour le violon furent des sonates d’Andrea et Giovanni Gabrieli, par exemple la Sonata pian'e forte pour huit instruments bien connue.

Alors que la France et l’Allemagne ont exercé un rôle consédérable dans le déploiement des instruments à vent, l’Asie et l’Amérique latine dans celui des percussions, l'Italie a probablement été essentiel pour le développement des instruments à archet, surtout le nord du pays qui sera vite réputé pour l’excellence de leur facture.

Au cours du 17e siècle, des améliorations vont être apportées par les meilleurs facteurs italiens, notamment par les fils et petit-fils d'Andrea Amati, ce dernier ayant eu un pour élève apprenti, le plus illustre des luthiers : Antonio Stradivari (ou Stradivarius) qui construisit jusqu’à sa mort, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, un nombre considérable de violons, d'altos et de violoncelles d’une qualité inégalée. C'est à lui que l'on doit la longueur optimale du corps du violon à 35 centimètres environ. Néanmoins, pour être au plus juste de l'histoire, Stradivarius n'a pas été le seul grand luthier de l'histoire. Il y eut la famille Guarneri (Guarnerius), dont le représentant le plus réputé fut Giuseppe, et un facteur venu d'Autriche, Jacob Steiner, qui a fabriqué des exemplaires que certains violonistes jugent égaux, sinon supérieurs, aux instruments italiens.


Par Patrick Martial (Cadence Info - 02/2023)
(source : "L'orchestre symphonique et ses instruments", Éditions Gründ)

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