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INSTRUMENT DE MUSIQUE


LES INSTRUMENTS ‘BRUITEURS’
DE LUIGI RUSSOLO

Au début du cinéma, quand celui-ci était encore muet, l’accompagnement sonore se limitait généralement à un piano. Parfois, quand les moyens le permettaient, un orchestre de quelques musiciens était présent dans la salle. Nul doute que face à la révolution de l’image animée, l’accompagnement musical ne pouvait se contenter encore longtemps d’un tel manque de réactivité. L’accompagnement devait être plus audacieux et plus spectaculaire. Les compositeurs et les improvisateurs devaient innover, et trouver un langage sonore plus percutant et moins conventionnel...



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VERS UNE REVOLUTION SONORE

Or, dans le meilleur des cas, l’accompagnement sonore était constitué de seulement quatre à cinq catégories d’instruments différents : les cordes frottées et pincées, les vents en métal et en bois, sans oublier les percussions. Pour les compositeurs, il était difficile de sortir de ce cercle. Certes, tout un assortiment de mélange sonore avait été opéré usant de dissonances et de rythmes syncopés, mais le nombre de timbre restait identique faute d’une connaissance exacte de la différence qui sépare le son du bruit. L’instrument acoustique était roi, et aucun bouleversement notoire n’encourageait personne à l’aventure si ce n’est ce nouvel art, le cinéma, qui faisait fureur dans les salles de spectacle. Il fallait donc utiliser d’autres instruments que ceux connus jusqu’alors, transgresser l’héritage musical et sa mémoire, de la même façon que le cinéma l’avait fait pour la photographie…

Luigi Russolo et Ugo Piatti à Milan
Un 'intonarumori' grandeur nature !

LUIGI RUSSOLO ET LES 'INTONARUMORI'

C’est alors qu’entre en scène Luigi Russolo, un théoricien et pionnier dans le domaine de la musique dite « bruitiste ». En 1913, ce compositeur et peintre italien publie l’Arte dei rumori (l’Art des bruits) où il dénonce la pauvreté des timbres des orchestres traditionnels. Son concept est de mettre en relation la musique avec les bruits de la vie moderne et de les intégrer harmoniquement et rythmiquement.

Pour créer des bruits et les jouer, Luigi Russolo imagine alors des instruments aux formes cubiques dotés de trompes et actionnés par des manivelles, et qu'il nommera « intonarumori ». Ces instruments mécaniques vont trouver leur inspiration dans les machines de l’ère industrielle. Sans le prévoir, Luigi Russolo va être l’instigateur de la musique concrète qui verra le jour quelques années plus tard. Seules les capacités technologiques de l’époque vont limiter sa soif d’entreprendre...

Dès lors, il réalise en collaboration avec son ami peintre Ugo Piatti plusieurs modèles portant des noms évocateurs : crépiteurs, éclateurs, glouglouteurs, huhuleurs, etc. Ces instruments étaient capables de modifier la hauteur du son avec toutes les variations diatoniques et chromatiques. Chaque « intonarumori » jouait ainsi des mélodies dans tous les tons et dans tous les rythmes.

Chaque modèle se déclinait en deux ou trois niveaux : bas, moyen et aigu. Luigi Russolo s’en expliquait ainsi : « Les bruiteurs bas, moyen et aigu correspondent d’une certaine manière aux ampleurs différentes de la contrebasse, du violoncelle et du violon, aussi bien qu’aux ampleurs différentes de la basse, du contralto et du soprano. Le nom de bruiteur entraîne les esprits superficiels à considérer mes instruments comme des instruments choquants et cacophoniques. Je tiens à déclarer que tous mes bruiteurs en général et mes glouglouteurs et froufrouteurs en particulier sont plus agréables à l’oreille que les plus doux instruments d’un orchestre. »


DE NEW YORK A PARIS

Aux Etats-Unis, le cinéma voyait déjà tout en grand, à commencer par ses salles gigantesques. A côté de l’écran trônait le grand Wurlitzer, un orgue aux dimensions impressionnantes qui était doté également de tout un arsenal sonore permettant de reconstituer mécaniquement tous les effets bruités que l’on désirait. Le Photoplayer, chroniqué dans le site ‘Piano Web’ (Le photoplayer), appartient également à cette catégorie d’instruments bruiteurs, tenant à la fois de piano mécanique à rouleau et d’instrument à percussions. Cependant, ces instruments ne vont pas s’imposer en France et vont demeurer « anglo-saxon ». Seuls les « intonarumori » seront remarqués. Au début des années 20, il y eut à Paris un véritable engouement pour cette intégration de bruits dans le paysage musical. L’accompagnement se rapprochait avantageusement des bandes sons avant-même que le cinéma parlant ne voit le jour. Grâce à ces instruments, le spectacle proposé était beaucoup plus vivant et plus proche de la réalité.


LE 'RUMORARMONIUM' OU LA FIN DU REVE

Par la suite, les instruments « bruiteurs » imaginés par Russolo vont être regrouper en un seul instrument, le rumorharmonium ou russolophone. Datant de 1923, l’instrument à clavier était composé de 12 « jeux » capables de restituer aussi bien des bruits que des accords harmonieux. Une notation graphique particulière servait au déchiffrage des quelques pièces musicales qui ont été écrites à son intention. Les titres étaient très évocateurs : Rendez-vous d’autos et d’aéroplanes, Réveil d’une capitale… Rossolo les décrit comme des « compositions ordonnées de bruit et susceptibles de donner une nouvelle volupté acoustique. »

Malgré quelques tentatives pour accompagner et bruiter des films d’avant-garde des années 20, et malgré l’intérêt qu’il a suscité auprès de quelques compositeurs comme Varèse et Honegger, le russolophone était voué à disparaître. La naissance du cinéma parlant ruina tout espoir de commercialisation. Les instruments « bruiteurs » disparurent comme ils étaient nés, incognito ou presque. Bien plus tard, le compositeur de musique électroacoustique Pierre Henry rendra hommage à Russolo en composant Futuristie en 1975. C’est bien la moindre des choses pour un inventeur qui osa braver l’ordre musical établi.

Par Patrick Martial - 07/2013



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