BLUES, SOUL, REGGAE, RAP, WORLD MUSIC...


BIOGRAPHIE MANU DIBANGO, CHANTRE DE LA 'WORLD MUSIC' CAMEROUNAISE

On se souvient de son rire généreux et de son allant à faire connaître ses racines camerounaises, le saxophoniste et auteur-compositeur Manu Dibango s’était fait connaître en France en 1972 avec le titre Soul Makossa. Son style musical puisait aussi bien dans les racines musicales de son enfance que dans le jazz, le rhythm and blues et le funk.


UNE ENFANCE SOUS LE SIGNE DE LA RELIGION

Emmanuel N'Djoké Dibango dit Manu Dibango est né à Douala, au Cameroun en 1933. Son père, Michel Manfred N'Djoké Dibango était fonctionnaire et membre de l'ethnie Yabassi, tandis que sa mère, créatrice de mode à la tête d'une petite entreprise, appartenait au groupe ethnique des Duala. Cette union entre les deux groupes ethniques Yabassi et Duala était perçue avec un certain mépris. Au Cameroun, l'origine ethnique d'une personne est dictée par le père. Manu Dibango s'en défendra dans son autobiographie, Trois kilos de café, en racontant qu'il « n'avait jamais pu s'identifier complètement avec aucun de ses parents ».


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Emmanuel n'a pas de frères et sœurs, même s'il a un demi-frère de quatre ans son aîné né du précédent mariage de son père. Tout au long de son enfance, le jeune Dibango a lentement oublié la langue Yabassi au profit du Duala. Cependant, sa famille continuait de vivre sur le plateau de Yabassi, près de la rivière Wouri dans le centre de Douala.

Enfant, Dibango fréquente régulièrement l'église protestante pour parfaire son éducation religieuse tout en étudiant la musique pour laquelle il a, semble-t-il, des prédispositions.

En 1941, après avoir terminé ses études à l'école de son village, Dibango intègre une école coloniale, près de son domicile, où il apprend le français grâce à un enseignant qu’il décrira comme étant « un dessinateur et un peintre extraordinaires » (l’histoire retiendra qu’en 1944, le président français Charles de Gaulle devait choisir son école pour effectuer les cérémonies d'accueil à son arrivée au Cameroun).


PREMIÈRES EXPÉRIENCES MUSICALES

Dibango arrive en France au printemps 1949. À Saint-Calais, il est accueilli par son « correspondant » M. Chevallier, un sévère instituteur. C'est dans la famille d'accueil de cette commune de Sarthe qu'il passe son adolescence et découvre vraiment la culture française.

C’est à Chartres, puis à Château-Thierry au début des années 1950 qu’il découvre le jazz, joue de la mandoline et apprend les bases du piano. Le saxophone, il le découvre quelques temps plus tard lors d'un séjour dans une colonie réservé aux enfants camerounais résidents en France, à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Là, il rencontre celui qui va lui enseigner les bases du jazz, le musicien et écrivain Camerounais Françis Bebey, un des précurseurs dans la reconnaissance des musiques africaines à l'étranger.

Pour Dibango, le saxophone va devenir son allié tout au long de sa carrière. C’est à Reims et sa région qu’il commence à se produire dans les boîtes de nuit et les bals. En 1956, quelques contrats le conduisent en Belgique. Le saxophoniste camerounais joue alors dans des cabarets au sein de quelques formations locales, notamment à Bruxelles où il fait la connaissance d'une artiste peintre et mannequin, Marie-Josée dite 'Coco' qu'il épouse en 1957.

À Anvers et à Charleroi son jazz s'africanise au contact du milieu congolais dans l'ambiance de l'accession à l'indépendance du Congo belge en 1960. Dans la boîte bruxelloise ‘Les Anges Noirs’, il rencontre le père de la musique congolaise moderne, le musicien Grand Kalle. Celui-ci l'engage dans son orchestre, ce qui permet à Dibango d’enregistrer plusieurs disques avec son groupe, dont le succès Indépendance Cha Cha. Une tournée s'en suit au Congo en août 1961.

En 1962, à Léopoldville (Kinshasa aujourd'hui), Dibango relais la vague yéyé en lançant le twist avec Twist A Léo. Un an plus tard, à la demande de son père, il ouvre son propre club ‘Le Tam Tam’. Mais le projet tourne court à cause du couvre-feu imposé pendant la guerre civile, si bien qu'il retourne en France en 1965.

En 1967, le saxophoniste trône à la tête de son premier big band et ne cesse de développer son style musical, un afro-jazz au croisement des rythmes africains et du rhythm and blues. C’est aussi l’époque des premières émissions télévisées ('Pulsations'). Cette ouverture médiatique lui permet de rencontrer Nino Ferrer et Dick Rivers, deux grandes vedettes de la chanson française d'alors, avec lesquelles, en plus d’être saxophoniste, il occupera la place d'organiste durant leur tournée.


MANU DIBANGO : SOUL MAKOSSA (archive INA)

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En 1969, Manu Dibango publie son premier disque : Saxy Party, un album traversé de part en part par cet 'afro-jazz' qu'il revendique depuis maintenant deux ans et où alternent compositions personnelles et reprises. Puis, en 1972, vient enfin la reconnaissance internationale avec la face B d’un 45 tours où figure le titre Soul Makossa (makossa signifiant ‘dance’ dans la langue maternelle Duala).

Ce tube lui permet de faire une entrée fracassante aux États-Unis où le riff puissant de son sax mélangé aux rythmes africains séduisent les musiciens noirs américains. Grâce à ce titre plein d’énergie et de détermination, Dibango est nominé en 1974 dans les catégories ‘Meilleure performance instrumentale R&B’ et ‘Meilleure composition instrumentale’.

© JCPBFerreira - Manu Dibango au vibraphone en compagnie du saxophoniste Moreira Chonguiça ('Cape Town Jazz Festival' 2017)


L’APRÈS ‘SOUL MAKOSSA’

Après le succès retentissant de Soul Makossa, Manu Dibango s’installe dans le paysage musical français et international comme l’ambassadeur d’une musique africaine enfin reconnu à sa juste valeur. L’ancien membre du groupe séminal congolais de rumba 'African Jazz' collabore alors avec de nombreux musiciens, dont Fela Kuti, The Fania All Stars, Herbie Hancock, Carlos Santana, Serge Gainsbourg, Bill Laswell, Don Cherry, Ladysmith Black Mambazo, Bernie Worrell, King Sunny Adé et Sly et Robbie.

Sorti en 1976, mais re-mixé en 1978, le saxophoniste obtient un autre grand succès, notamment au Royaume-Uni avec le hit disco Big Blow. Les années suivantes, Dibango poursuit ses expériences à travers de nombreux albums riches d’émotions, vivifiant, des disques où se nichent ses profondes racines africaines. Pour autant, le saxophoniste ne perd jamais des yeux l’activité musicale qui l’entoure. Il négocie et invente une 'world music' où jazz, blues, funk, reggae, musique latine et africaine se croisent, s'associent, que pour mieux se projeter. En 1998, l'album CubAfrica, avec le chanteur Eliades Ochoa et le groupe cubain Cuerteto Patria, témoigne de sa diversité musicalle insatiable.


MANU DIBANGO : BIG BLOW (maxi)

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Élu premier président de la ‘Cameroon Music Corporation’, le musicien camerounais sera nommé Artiste de l'UNESCO pour la paix en 2004. Sa carrière ne cessera de se diversifier tout en conservant la qualité des premiers jours. Alors que sa chanson Reggae Makossa figure sur la bande originale du jeu vidéo ‘Scarface : The World Is Yours’, le musicien deviendra en 2007 le parrain officiel de la vingtième édition du 'Festival panafricain du cinéma et de la télévision' de Ouagadougou.

Sa soudaine disparition due aux suites de la maladie coranovirus Covid-19 en mars 2020 laisse place à un grand vide. Le monde de la musique venait de perdre l’une de ses légendes. Il est vrai que Manu Dibango avait la foi, de celle qui ne connait pas de frontière. Il est vrai aussi que malgré le temps passé, chaque fois qu’il avait l'occasion de monter sur scène, il avait l'art de communiquer à ses fans sa joie et ses émotions derrière des rires de bonne humeur. On s'en souvient encore !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2020)


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