CHANSON


BIOGRAPHIE DICK RIVERS, LE CHANTEUR FIDÈLE AU ROCK’N’ROLL

On se souviendra de Dick Rivers pour avoir été aux côtés de Johnny et Eddy un des ambassadeurs de la vague rock’n’roll à la française au début des années 60. Contrairement à bien d’autres qui ont quitté les rivages de cette musique, Dick Rivers est resté un fidèle parmi les fidèles de cette musique venue des États-Unis… « Cela fait cinquante ans que je chante, que je vis ma vie, la vie que j'invente (...), les années 1960 c'est hier, je respire encore leur poussière », chantera en 2011 l'ex-blouson noir fidèle aux charts de toute une jeunesse.


DICK RIVERS OU LA CAUSE DU ROCK’N’ROLL

Pendant toute sa carrière, Dick Rivers a tenté de s’élever au rang de ses idoles : Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash, Gene Vincent, dont les succès lui ont permis d’aborder la langue anglaise avec assurance, au point parfois d’avoir eu du mal à l'abandonner.

Avec son éternelle ‘banane’, une voix qui se tannera au fil des ans à cause du tabac et un vibrato en embuscade, le chanteur du début ne savait pas encore que toute sa carrière allait s’articuler autour de l’image d'un rocker-crooner « made in France ». Dans la trinité de ceux qui ont introduit le rock en France au début des années 1960, Dick Rivers était le provincial, le petit dernier après Eddy Mitchell et Johnny Hallyday.


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© Bemelmans Michaël - Dick Rivers sur scène en 2012

Auteur de 35 albums en 55 ans de carrière, Dick Rivers a connu ses plus grands succès dans les années 60 et 70, avec des tubes tels que Est-ce que tu le sais ?, adapté de What'd I Say de Ray Charles et Twist à Saint-Tropez avec Les Chats Sauvages, ou Tu n'es plus là, Rien que toi et Maman n'aime pas ma musique lors de sa carrière solo. Cependant, malgré ces réussites et quelques autres, Dick Rivers a vendu moins de disques que ses aînés, tout en respectant peut-être une plus grande authenticité musicale quant aux racines.

Fils unique d'un boucher, Hervé Forneri né le 24 avril 1945 à Nice et devient Dick Rivers en s'inspirant de Deke Rivers, personnage joué par Elvis Presley dans le film de Hal Kanter, Loving You (1957). Dès cette époque, tel un feu qui se propage à la fureur du vent, le jeune Dick adopte la banane gominée et les bottes de cow-boy. Le rêve américain lui fait tourner la tête. Sur le plateau du tourne-disque est posé un disque d’Elvis. C'est le choc : « j'ai trouvé Dieu ! » dira-t-il. Le chant entrera alors dans sa vie.

Dick Rivers fonde Les Chats Sauvages à quinze ans. Le groupe publie en avril 1961 son premier 45 tours, Ma p'tite amie est vache. « Je suis passé brutalement de la Mobylette à la Cadillac », lancera-t-il. Deux ans plus tard, après Twist à Saint-Tropez et autres succès adaptés de tubes anglo-saxons, il décide de se lancer en solo.

Le chanteur n’est pas un créateur mais endosse son rôle d'interprète à bras le corps et reste fidèle à ses choix malgré quelques traversées du désert : « Je n'ai jamais enregistré de soupe pour être à la mode ». Il rencontre Elvis, son dieu, à Las Vegas en 1969 - une photo l'atteste dans son salon - mais le mouvement hippy de la fin des années 1960 malmène sa carrière...


DICK RIVERS ET LES CHATS SAUVAGES : EST-CE QUE TU LE SAIS (1961)


ENTRE ÉCHECS ET SUCCÈS MITIGÉS

Au tournant des années 70, le chanteur tente, ose autre chose. La prise de risque est bien là et le public - son public – commence à le bouder. Il boudera l’album L'interrogation (1969), écrit par Gérard Manset et un tout jeune auteur Alain Chamfort, tout comme il rejettera vingt ans plus tard, Linda Lu Baker, un autre album-concept où participe le Golden Gate Quartet.

Cependant, Dick Rivers continue de batailler. Les années 70 sont celles où il travaille avec Alain Bashung qui deviendra le directeur artistique de trois de ses albums. Il y aura Maman n'aime pas ma musique (1974), Faire un pont (1976), adapté du Country Roads de John Denver, dans l'album Mississipi River's à la pochette dessinée par Morris.

À partir des années 80, Dick Rivers se fait plus discret. Les médias l'ignorent. Le chanteur apparaît comme le parent pauvre des ex-idoles yéyés. En 1984, c'est l'album Nice Baie des Anges et deux ans après, un livre de souvenirs, Hamburger, pan-bagnat, rock'n'roll, réédité en 1996 sous le titre Very Dick. Il écrit ensuite deux romans, Complot à Memphis (1989) et Texas Blue (2001).

Les années 1990 marquent un tournant. Il retrouve la scène en 1995 après 19 ans d'absence ; la popularité de sa caricature télévisée "Didier l'Embrouille" fait rire quand Antoine De Caunes, crie son amour pour "Dick" à Nulle Part Ailleurs. Un effet médiatique dont profitera le chanteur.

Après un sursaut notable avec l'album Plein Soleil (1995) baigné de ballades country, le chanteur débute dans le cinéma en 1999 avec La candide Madame Duff de Jean-Pierre Mocky qu'il retrouvera pour Le Furet en 2003. Ces occasions cinématographiques lui donneront l’occasion d’être invité au Festival de Cannes en 2005 par George Lucas, alors compagnon de sa fille adoptive.

Dick Rivers tente aussi l’aventure théâtrale en jouant au Théâtre National de Chaillot dans Les Paravents de Jean Genet (2004). Toutes ces activités ne l’éloignent pas pour autant de sa carrière de chanteur qu’il continue contre vents et marées. Dans ce domaine sa production devient plus personnelle. Le chanteur fait appel à de jeunes talents comme Benjamin Biolay ou le groupe de rock Mickey 3D. L'auteur-compositeur Joseph d'Anvers lui écritL'homme sans âge en 2008, tandis que pour ses cinquante ans de carrière Mister D lui propose la chanson Oli le Baron.


DICK RIVERS : TU N'ES PLUS LÀ (Live 1996)


Dans un livre d'entretiens avec Sam Bernett, il évoque sa frustration d'être la « troisième roue de la charrette » du rock français et se plaint du « manque de reconnaissance » d'animateurs de télévision comme Michel Drucker qui ne l'a jamais invité. En 2018, bien que n'appréciant pas trop la nostalgie, il participe à la tournée "Age tendre" dans toute la France avec plusieurs autres stars des années 60 et 70. « Il ne faut jamais se prendre au sérieux, et toujours remettre le couvert. Chaque fois que je fais un nouveau disque, j’ai l'impression que c’est le premier. », dira-t-il.

Aujourd’hui, en 2019, au paradis des rockers français, Johnny Hallyday n'est plus seul et c'est toute une époque qui continue de s'éteindre: Dick Rivers était une des voix les plus emblématiques des 60's. Il a été emporté au même âge que "Johnny", par la même maladie... mais contrairement à l'idole des jeunes, Dick n'aura pas droit à un immense hommage populaire. Celui qui avait continué à marcher dans les pas de ses idoles américaines, qui était resté ancré dans le rock sans vraiment trop s'essayer à la variété, quitte à en pâtir médiatiquement, avait conservé la noblesse de l’interprétation jusqu’au bout.

Cadence Info (04/2019)
(source : AFP)


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