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MUSIQUE DE FILMS


MICKLÓS RÓZSA, LA LOI DE LA PRAIRIE ET SA MUSIQUE

Toujours aussi friand d’envolées orchestrales puissantes et mélodieuses, le compositeur hongrois Miklós Rózsa démontre tout son habileté à imposer sa « marque de fabrique » dans un genre de cinéma que le compositeur n’appréciait pourtant guère, le western…


LA LOI DE LA PRAIRIE : LE CONTEXTE DU FILM

Le western américain a prospéré dans la première moitié du 20ème siècle, dans un genre aux lignes morales fortement dessinées. Puis, au cours de la période d'après-guerre, dans les années 50, les premiers « westerns psychologiques » sont apparus avec leurs héros aux motivations discutables. Le 7e art cherchait à explorer via le genre, les conséquences d'une société contemporaine où la violence était trop souvent la seule voie de résolution aux conflits. Le fatalisme du western des années 60/70 était encore loin, et les personnages les plus moralement corrompues étaient encore capables de trouver leurs propres voies de rédemption (en mourrant parfois pour les avoir affrontées).


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Le western « La loi de la prairie » (Tribute to a Bad Man), signé Robert Wise, est l’histoire d’un jeune cavalier (Don Dubbins alias Steve Miller) qui souhaite devenir cow-boy. Sur sa route, il rencontre un éleveur (James Cagney alias Jeremy Rodock) au cœur d'une fusillade avec des voleurs de chevaux. Après que Steve soit venu à son secours, celui-ci lui offre un emploi dans son ranch. Malheureusement, Steve découvre rapidement que son ranch est habité par une collection de renégats dirigée par le méprisant McLunty (Stephen McNally)…

« La loi de la prairie » présente un mélange inhabituel de talents cinématographiques : le robuste acteur James Cagney, le réalisateur Robert Wise et le compositeur Miklós Rózsa.

© The Roger Nash Collection

À l’origine, le rôle de l’éleveur devait revenir à Spencer Tracy, mais l’acteur était mécontent à la fois du rôle et du scénario (ce qu’il s’empressa de révéler lors d'un tournage au Colorado). Avec un casting et une équipe de 87 personnes sur place, et après de multiples difficultés d’entente avec Robert Wise, Tracy finit par quitter la production, remplacé par son ami James Cagney.

Tracy ne sera pas le seul acteur à renoncer au film. Grace Kelly, sous contrat avec le studio, avait été désignée pour jouer le rôle principal féminin (Jocasta Constantine), mais après les succès de « Fenêtre sur cour » et « Le crime était presque parfait » d’Alfred Hitchcock, et après avoir remporté un Oscar pour « Une fille de la province » produit par la Paramount, Kelly était déterminée à être plus exigeante envers ses projets. La M-G-M fut alors obligée de remplacer l'héroïne du « Train sifflera trois fois » par l'actrice grecque Irene Papas, qui faisait alors ses débuts dans le cinéma américain.

Au moment du tournage, le metteur en scène Robert Wise a déjà derrière-lui quelques succès au cinéma dont « Le jour où la terre s’arrêta » (1951), « La tour des ambitieux » (1954) et « Marqué par la haine » (1956). Bien qu'il ait déjà dirigé des westerns (notamment « Les rebelles de Fort Thorn » et « Ciel rouge »), Wise n'avait pas d'affection particulière pour le genre. Il s'intéressait surtout à l'interaction des personnages qu'il avait à offrir, comme le démontre « La loi de la prairie » avec ses nombreuses implications psychologiques. Dans ce western, la grande force de Wise est de restituer avec efficacité tout le caractère bouillonnant et intransigeant de James Cagney en l’opposant par petites touches au jeune acteur Vic Morrow, plus réservé et mesuré.


MICKLÓS RÓZSA, LA LOI DE LA PRAIRIE : PRELUDE / RODOCK'S HORSES / ALONE.


MICHLÓS RÓSZA ET LA MUSIQUE DU FILM

Si Robert Wise n'aimait pas particulièrement les westerns, il trouva en Miklós Rózsa un ami et un compositeur de choix, même si ce dernier ne signa qu’une seule autre musique de western dans sa longue carrière (« La loi du Far-West » en 1943, pour laquelle il reçut une nomination aux Oscars).

Miklós Rózsa (source : tvtropes.org)

Dès son arrivée à Hollywood dans les années 30 jusqu’à ses affectations finales au début des années 80, Rózsa réussit à s'attaquer à tous les genres, de la fantaisie au film noir, en passant par les épopées bibliques et la science-fiction. Or, le style unique du compositeur, inextricablement lié aux traditions musicales de sa Hongrie natale, peut surprendre au premier abord quand son inspiration cherche à se transporter dans les plaines américaines. « J'ai toujours évité les westerns », écrira le compositeur dans son autobiographie "Double Life", et de rajouter : « À mes oreilles, la "musique western" hollywoodienne était stéréotypée : toutes les partitions semblaient sonner de la même façon, et l'idiome du folk américain était assez proche pour vouloir l'assimiler. »

Miklós Rózsa était ami avec le producteur Sam Zimbalist, pour qui il avait écrit le score de « Quo Vadis ? » (1951). Le compositeur était désireux de collaborer encore avec lui, sachant que le producteur, qui avait comme un sixième sens, prévoyait déjà le triomphe de « Ben-Hur » (1959).

« Je n'ai pas utilisé de chansons folkloriques américaines authentiques en tant que telles ». En effet, le compositeur cherche à interpréter le genre plutôt que de l'imiter, comme ce fut le cas avec les « Three Hungarian Sketches » inspirées de chansons folkloriques hongroises. Le compositeur précise : « Je ne sais pas si ses interprétations pour ce western auraient été approuvées par Aaron Copland, mais je suppose que la musique a dû avoir un certain mérite puisque j'ai été recruté pour le représenter dans l'une de mes anthologies. » (chez Polydor)

Malgré sa modestie, Rózsa a su parfaitement intégrer ses mélodies ensorcelantes aux espaces de l’Ouest Américain. Dès le générique, sa musique est aussi vivante et captivante que les célèbres thèmes créés par les spécialistes du genre que furent Victor Young, Alfred Newman ou Dimitri Tiomkin.

James Cagney et Irene Papas (© The Roger Nash Collection)

Tout au long de la partition, la douce mélodie sentimentale de Miklós Rózsa joue dans un mode ouvert et majeur pour souligner l'affection que voue Rodock à son ranch, ses chevaux et à sa compagne Jocasta ; tandis que sa musique passe en mode mineur quand les conflits de Rodock avec ses employés et son ancien partenaire éclatent à l’écran. « Prelude », qui ouvre le score avec son thème pour grand orchestre, suggère déjà à travers ses accents discordants de cuivres et de percussions la violence à venir.

Presque à l’opposé, le personnage féminin interprétée par l’actrice grecque Irène Papas a permis au compositeur de trouver une oasis musicale inspirée par l'Europe de l'Est. Dans un paysage américain si étranger à sa personne, Miklós Rózsa a adapté une chanson folklorique grecque entêtante dénommée « Pandrevoun ». Cette courte transgression permet à la partition de sonner plus conventionnellement à la façon de "Rosza" sans toutefois porter préjudice au sens de l'histoire.

L’autre point culminant du score se trouve dans la longue séquence « Hanging Fever », qui fournit non seulement un traitement quasi-biblique du danger imminent du conflit, mais aussi en révélant les traits du caractère de Rodock et de ses hommes quand ils appliquent leur propre code de justice en punissant les voleurs de chevaux.

En fin de compte, le film « La loi de la prairie » s'est avéré d’une parfaite opportunité pour le compositeur Miklós Rózsa, car cette BO lui a permis d'élargir son répertoire en décryptant à sa façon le « western psychologique » et sa description inébranlable d’une violence assumée.


TRACKS LIST "TRIBUTE TO A BAD MAN"

  • 01 – Prelude
  • 02 – Gettin’ Acquainted
  • 03 – Rodock’s Horses /Ranch
  • 04 – Earrings
  • 05 – Conflict
  • 06 – Return
  • 07 – Jealousy
  • 08 – Home
  • 09 – Letter
  • 10 – Hanging Fever
  • 11 – Barn
  • 12 – Stagecoach
  • 13 – Decision /Loyalty
  • 14 – Promise
  • 15 – Punishment
  • 16 – Torture
  • 17 - Exhaustion
  • 18 – Agony
  • 19 – Homecoming
  • 20 – Agony / Climax
  • 21 – Surprise
  • 22 – Alone
  • 23 – Finale

Musique enregistrée dans les studios de la M-G-M entre décembre 1955 et janvier 1956.
Orchestration par Eugene Zador.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2018)

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