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MUSIQUE DE FILMS


VICTOR YOUNG "LE JUGEMENT DES FLÈCHES", MUSIQUE DE WESTERN

Run of the Arrow (Le jugement des flèches) est un classique du western. Réalisée par Samuel Fuller en 1957, la BO est signé par un vétéran de la musique hollywoodienne, Victor Young. Ce disque, proposé par "disquescinémusique", s'accompagne du score de The Brave One (Les Clameurs se sont tues). Ces enregistrements restaurés seront notamment appréciés des connaisseurs qui pourront les ajouter à leur discothèque.


"RUN OF THE ARROW", UN CLASSIQUE DU WESTERN HOLLYWOODIEN

© imdb.com - L'affiche du film "Run of the Arrow" (Le jugement des flèches)

Victor Young a composé de belles envolées orchestrales qui ont eu le bonheur d'accompagner quelques chefs-d'œuvre du cinéma hollywoodien : Pour qui sonne le glas (1943), un film dont l'action se déroule durant la guerre d'Espagne, avec à l'écran un couple mythique, Gary Cooper et Ingrid Bergman ; le péplum Samson et Dalila (1949) de Cecil B. DeMille, inspiré de l'histoire biblique, avec Victor Mature et Hedy Lamarr ; le non moins classique Rio Grande (1950), un western avec John Wayne et Maureen O'Hara mettant en scène la cavalerie américaine en lutte contre les Apaches. Citons aussi The Quiet Man (L'homme tranquille - 1952) de John Ford, où nous retrouvons John Wayne et Maureen O'Hara dans une idylle tourmentée se déroulant en Irlande. Enfin, dans un tout autre registre, Le Tour du monde en 80 jours (1956), un film d'aventures avec David Niven et Shirley McLaine ; une des nombreuses adaptations cinématographiques du roman de Jules Verne qui vaudra à Victor Young son unique Oscar à titre posthume ; le compositeur étant mort d'une hémorragie cérébrale quelques mois auparavant, à l'âge de 56 ans.

Tourné en 1957, à une époque où le western vivait encore à Hollywood des jours heureux, Run of the Arrow pourrait être considéré comme un film de série B, s'il n'était sauvé par un scénario solide et à rebondissements où l'on découvre, par ailleurs, la fameuse course pieds nus ; le terrible "jugement des flèches", qui consiste à échapper aux flèches de ses poursuivants. Le robuste acteur Rod Steiger (que le public redécouvrira en 1971 dans Il était une fois la révolution de Sergio Leone) impose sa présence à l'écran aux côtés de Sara Montiel et d'un Charles Bronson n'interprétant pas encore le justicier new-yorkais, mais un résistant Apache du nom de Blue Buffalo.

La musique de Run of the Arrow n'échappe pas à quelques poncifs - tout comme celle de The Brave One, inspirée par le folklore espagnol. Ces codes sonores dénués d'originalité que l'on retrouve disséminé dans bien d'autres westerns, à l'image de ces trompettes qui accompagnent les scènes d'action, fait partie des traditions du cinéma hollywoodien. L'auditeur ne peut y échapper, mais leur avantage est de vous plonger aussitôt dans l'ambiance caractéristique du cinéma de cette époque, alignant dans ses scènes d'action de merveilleux décors naturels.


RUN OF THE ARROW (suite orchestrale)

Comme noté dans le livret du disque par Clément Fontaine, « On imagine quels sommets aurait pu encore atteindre un compositeur aussi prolifique et doué que Victor Young, s’il n’était pas décédé prématurément, alors que le cinéma se donnait des moyens techniques considérables pour affronter la concurrence de la télévision. » La force de ce compositeur est d'avoir su exploiter toutes les ressources d’un orchestre symphonique. D'un film à l'autre, et même si les musiques de Run of the Arrow et de The Brave One ne figurent pas en haut de son palmarès, l'écriture de Young bouleverse et éblouit l'auditeur par sa richesse orchestrale et la diversité des thèmes proposés.

« La non moins flamboyante partition du sympathique The Brave One n’a, pour sa part, rien à envier aux chefs-d'œuvre du répertoire classique international. » rajoute Clément Fontaine. L'histoire de ce film est celle d'une rencontre entre un petit garçon (Michel Ray) et d'un jeune taureau (Gitano), mais c'est aussi celle de la tauromachie et du sort réservé à l'animal dans l'arène. Pour ce récit touchant, Victor Young a produit une musique vibrante. Interprété par l'Orchestre symphonique de Munich. The Brave One fait ressortir les qualités d'un scénario à la fois poétique et dramatique, et dans lequel le jeune acteur Michel Ray se révèle à nous.

Tout au long de ce disque restauré par la numérisation, Victor Young nous embarque dans ses images descriptives, alternant, aux visions sentimentales et dramatiques, de bouillonnants arrangements. Le jugement des flèches et Les clameurs se sont tues sont parmi les dernières musiques de films écrites par Victor Young. Certes, si le style du musicien traduit une époque sonore révolue, parce que somme toute, ce cinéma-là n'est plus, il savait, comme d'autres compositeurs de sa génération (Miklós Rózsa, entre autres), revétir l'image de sa personnalité artistique tout en respectant les préceptes d'un 7e art en perpétuelles évolutions.


THE BRAVE ONE (suite orchestrale)

À PROPOS DE VICTOR YOUNG

Né en 1900 à Chicago, Victor Young a été l'un des premiers à introduire de la musique originale dans le cinéma. Il s'engage dans la musique de films après avoir suivi des études studieuses de violon au Conservatoire de Varsovie, puis de piano avec Isidor Philipp en France. De retour aux États-Unis en 1920, il est engagé par l'orchestre du "Central Park" de Chicago, avant de partir pour Los Angeles où un poste attitré de violoniste l'attend dans la formation du "Million dollar theatre" de l'imprésario Sid Grauman.

© Library of Congress - Victor Young, au centre, tenant la partition orchestrale et auteur de chansons, avec à sa gauche Danny Kaye visiblement impressionné par le score.

Le cinéma l'attire sans doute possible. D'abord directeur musical des théâtres de la Paramount, durant les années 1930, son nom commence à figurer dans des films de série B : Soupe au lait (1936), Le démon sur la ville (1937), Pacific Express (1939)... Durant cette période, l'univers musical de Victor Young ne se limite pas à écrire de la musique pour le cinéma. Son autre versant, moins connu du grand public, sera d'enregistrer et d'arranger des chansons, notamment pour Bing Crosby.

Dans les années 1940, son nom s'impose aux génériques. Comme d'autres compositeurs traitant de la musique à l'image, il cherche à personnaliser son approche artistique. Tout en respectant le « cahier des charges » de la musique symphonique hollywoodienne, il ressort de son style, un appétit féroce pour la mélodie ; une sensibilité qu'il justifie, le plus souvent, en employant abondamment les cordes. Sa collaboration avec le réalisateur Cecil B. DeMille (Samson et Dalila, Sous le plus grand chapiteau du monde, Les Tuniques écarlates...), s'accompagnera d'une filmographie composée de grands classiques, et dont les films Rio Grande, L'homme tranquille pour John Ford, Pour qui sonne le glas de Sam Wood, Scaramouche de George Sidney et les westerns L'Homme des vallées perdues et Johnny Guitare, demeurent la référence quand on évoque le compositeur disparu.

Son ami, le metteur en scène Samuel Fuller, écrira cet hommage : « Celui que les dieux aiment, que ses amis aiment, meurt jeune. Ton départ nous diminue, car tous ceux qui t'aiment, qui se tiennent à l'ombre de ton génie, sont impliqués en toi. La musique, l'art des prophètes, est l'un des cadeaux les plus magnifiques que Dieu nous a donné... à travers toi. Pour qui sonne la cloche... elle sonne pour toi. »

Par Elian Jougla (Cadence Info - 02/2023)

LE CONTENU

 

Run of the Arrow (1957) : orchestre dirigé par Constantin Bakaleinikoff (durée 32:53)

The Brave One (1956) : the Munich Symphony Orchestra dirigé par Victor Young (durée 39:36)

Visiter le site officiel de cinemusique.com

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