MUSIQUE DE FILMS


MIKLÓS RÓZSA, BIOGRAPHIE PORTRAIT DU COMPOSITEUR

On doit au compositeur Hongrois Miklós Rózsa quelques unes des plus belles pages de la musique de film symphonique. Ses compositions, auréolées de lyrisme, à la fois prenantes et dramatiques, ont su accompagner de grands films hollywoodiens tels La maison du docteur Edwardes, Ben hur ou Fedora.


MIKLÓS RÓZSA, LE CHEVALIER SANS ARMURE

Miklós Rózsa est à Hollywood considéré comme l’une des figures marquantes de la musique de films. Née le 18 avril 1907 à Budapest (Hongrie), Rózsa développe très tôt un intérêt pour la musique (et la musique folklorique hongroise en particulier). Il commence à jouer du violon à l'âge de cinq ans et découvre peu de temps après la joie de composer et de diriger.


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© thethunderchild.com - Miklós Rózsa (années 1950)

En 1929, Rózsa sort diplômé du Conservatoire de Leipzig où il a étudié avec le compositeur autrichien Hermann Grabner. Pendant son séjour à Leipzig, les premiers travaux orchestraux du jeune compositeur sont publiés par la maison d'édition allemande Breitkopf et Hartel qui, par précaution ou par flair, conserveront toujours Rózsa sous contrat. Son Trio Serenade (op. 1) et le Quintette en fa mineur (op. 2) sont remarqués par la profession qui salue majoritairement ce jeune talent de la musique.

En 1932, Rózsa s'installe à Paris pour faire progresser sa carrière. Sa première incursion dans la composition cinématographique vient de son amitié avec le compositeur Arthur Honneger. Sachant qu'il est difficile de joindre les deux bouts, Rózsa demande à Honneger comment il gagne sa vie et Honneger de lui répondre : « J'écris de la musique de films sérieusement. » Après avoir vu Les Misérables et entendu le score de Honneger, Rózsa se sent instantanément attirée par ce support particulier qui allie musique et image...

Comme à Paris les opportunités dans le 7e art sont rares, Rózsa traverse la Manche pour s'installer à Londres en 1935 avec seulement 16 £ en poche et une commission de 600 £ perçue pour la musique d’un ballet nommé Hungaria. Ce n’est qu’en 1937, à l’âge de 30 ans, lorsqu'il rencontre le réalisateur Jacques Feyder, un ami parisien, que Miklós Rózsa écrit sa première musique de film. Feyder, qui apprécie tout particulièrement sa musique de ballet, parvient à convaincre le producteur d'origine hongroise Alexander Korda d'embaucher Rózsa pour son nouveau film, Le chevalier sans armure (Knight Without Armour) avec Marlene Dietrich et Robert Donat. Un contrat est alors signé avec Rózsa pour ‘London Film Productions’, une société de production qui emploie déjà deux compositeurs, Arthur Bliss et Arthur Benjamin, et un directeur musical, Muir Mathieson.


LES QUATRE PHASES DE LA CARRIÈRE CINÉMATOGRAPHIQUE

La carrière cinématographique de Miklós Rózsa peut être divisée en quatre phases, chacune portant sur le résultat d’une conversion cohérente vis-à-vis du genre étudié. Son cycle « oriental » a commencé avec Le Voleur de Bagdad (Thief of Bagdad – 1940), produit par Korda, mais en raison des exigences de la guerre, de nombreuses scènes extérieures seront achevées à Hollywood. Rózsa accompagne Zoltan Korda à Hollywood et poursuit avec Le livre de la jungle (The Jungle Book - 1942) et Sahara (1943). Le musicien reste à Hollywood et signe un contrat avec la Paramount, ce qui lui permet de nouer une association fructueuse avec le metteur en scène Billy Wilder, à commencer par Les cinq secrets du désert (Five Graves To Cairo - 1943) et Assurance sur la mort (Double Indemnity -1944).

Le second cycle est consacré aux « thrillers psychologiques » que Rózsa inaugure de sa plume habile avec La maison du docteur Edwardes (Spellbound -1945) d’Alfred Hitchcock ; un score qui fait entendre le célèbre Theremine, un instrument électronique qui sera utilisé dans le film pour illustrer les scènes névrotiques et les angoisses de Gregory Peck. Les autres partitions de cette période incluent le film de Billy Wilder, Le Poison (Lost Weekend - 1945), L’emprise du crime (Strange Love – 1946) de Martha Ivers, La maison rouge (The Red House - 1947) et Othello (A Double Life - 1947) de George Cukor, pour lesquels Rózsa remporte son deuxième Academy Award. Une vague de "films noirs" remarquables suivent, notamment Les tueurs (The Killers - 1946) de Robert Siodmak, Les démons de la liberté (Brute Force - 1947) et La cité sans voiles (The Naked City -1948) de Jules Dassin, et Quand la ville dort (The Asphalt Jungle -1950) de John Huston.


MIKLÓS RÓZSA : THE RED HOUSE (suite symphonique - 1947)
National Philharmonic Orchestra conduit par Charles Gerhardt


Après avoir signé un contrat avec MGM en 1948, Rózsa devient un compositeur réputé pour ses fresques sonores dans les films de l’Ancien Monde et de ses épopées, tels que Quo Vadis (1951) de Mervyn LeRoy, Ivanhoé (1952) de Richard Thorpe, Capitaine sans loi (Plymouth Adventure -1952) de Clarence Brown et La Reine vierge (Young Bess - 1953) de George Sidney. Le point culminant de ce cycle aura lieu lorsque Rózsa remporte son troisième et très cher Oscar pour Ben Hur de William Wyler en 1959. Ce cycle se termine par des partitions non moins passionnantes à travers Le Cid (El Cid - 1961) de Anthony Mann, Le Roi des Rois (King of Kings - 1961) de Nicholas Ray et Sodom et Gomorrhe (Sodom and Gomorrah - 1963) de Robert Aldrich.

Arrivée au terme du contrat avec le compositeur, la Metro-Goldwyn-Mayer ne sera pas intéressée par sa reconduction, pas plus qu'elle ne souhaitera voir une autre épopée biblique-historique voir le jour. Comme la plupart des compositeurs hollywoodiens de cette époque, les choix de Rózsa sont limités par la transformation de la structure des studios hollywoodiens et l'infiltration de la musique pop. Bien qu'il soit libre de choisir les projets à sa guise, Rózsa prend de la distance avec de la musique de films pour se diriger vers la scène et le concert... d'où son absence au cinéma entre 1964 et 1967.

En 1968, il entame un énième cycle en tant que compositeur indépendant. Malheureusement, la qualité des films qu'il illustre comme La guerre des cerveaux (The Power - 1968) de Byron Askin, Les Bérets verts (The Green Berets - 1968) de Mervyn LeRoy, La vie privée de Sherlok Holmes (Private Life of Sherlock Holmes - 1970) de Wilder ou Le Voyage fantastique de Sinbad (The Golden Voyage of Sinbad - 1974) de Gordon Hessler ne parviendront pas à égaler la hauteur de ses partitions.


LES DERNIÈRES COMPOSITIONS

Sur une note plus positive, saluant la très belle musique triste et émouvante de Providence (1977) d'Alain Resnais, musique dont la qualité sera confirmé par un César en 1978 ; année qui coïncide également avec la sortie du dernier film de Rózsa pour Billy Wilder, Fedora (1978). L’année suivante, le fantasme engageant de C'était demain (Time After Tme - 1979) de Nicholas Mayer est pour Rózsa l'une de ses partitions les plus mémorables. Trois partitions seulement suivront, dont Meurtres en cascade (Last Embrace – 1979) de Jonathan Demme et L’arme à l’œil (Eye of the Needle – 1981) de Richard Marquand.

Après L’arme à l’œil, Rózsa ne signe plus qu'un film : la comédie de Carl Reiner, Les cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don't Wear Plaid - 1981). Ironiquement, le film contient des extraits de plusieurs films des années 1940, dont certains ont été enregistrés par Rozsa lui-même. Malheureusement, une suite de maladies finit par rendre problématique son activité liée à la composition et à l'enregistrement de musique de film, physiquement trop stressante. Même si les problèmes de santé marquent la fin de sa carrière cinématographique, ce ne sera en aucun cas la fin de sa production. Plusieurs œuvres de concert (dont des Sonates pour flûte solo, violon, guitare, clarinette et hautbois) et une autobiographie délicieuse, intitulée judicieusement Double Life (disponible chez 'Wynwood Press', New York) se sont toutes déroulées sous la forme de concerts classiques et d'hommages.


MIKLÓS RÓZSA : PROVIDENCE (suite symphonique - 1977)
Orchestre symphonique sous la direction du compositeur


Aucun autre compositeur n'a été aussi prolifique dans le cinéma - tout en maintenant une réputation internationale en tant que compositeur de musique absolue - que Miklós Rózsa. Dans son autobiographie, le compositeur indique que « ... dans la mesure où plus de personnes sont exposées à la musique par le biais du cinéma que par tout autre moyen, j’ai le devoir de veiller à ce que toute musique que je puisse entendre soit de la qualité la plus élevée possible ; c’est, si vous préférez, un moyen d’éduquer musicalement les gens. »

À cet égard, Rózsa a réussi sa « mission » dans une mesure comparable à celle de quelques pairs. De retour sur sa carrière distinguée, Rózsa admettra : « Je suis reconnaissant des défis et de l'enthousiasme que m'a offert mon travail dans un domaine complexe, imprévisible, souvent exaspérant mais toujours vital. » Disparu en juillet 1995, nous devons à ce compositeur quelques belles musiques de films dont l’empreinte est porteuse d’un style reconnaissable, à la fois émouvant, puissant, majestueux et généreux. En écoutant les paroles éloquentes du musicien, on se rend compte que nous devrions être reconnaissants du plaisir que procure sa musique à son écoute, tant sa place comme sa portée dans l’histoire du 7e art est enrichissante.

Par K. Mulhall (Cadence Info - 10/2019)

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