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CHANSON


MYLÈNE FARMER : BIOGRAPHIE PORTRAIT EN DIAGONALE

L’artiste capture et envoûte. Elle possède ce magnétisme qui engendre la fidélité, et cette chose-là, elle l’a reçu depuis que sa détermination à être chanteuse a vu le jour. Mystérieuse, parfois gothique, repliée sur elle-même ou provocante, ce sont ses courts-métrages produits dans les années 80 qui vont la propulser au rang de star de la chanson française. Son nom : Mylène Farmer.


UN MULTIPLE VISAGE POUR UNE SEULE ET MÊME PERSONNE

En 30 ans de carrière, Mylène Farmer est devenue une diva de la chanson française. Le destin particulier de cette chanteuse tient d’abord dans sa façon de se livrer, de parler d’elle ; une attitude qui va rapidement changer du tout au tout quand sa popularité grandira. Au jeu des questions-réponses, elle préfère exposer brièvement son actualité plutôt que de devoir poursuivre au risque de devenir maladroite. Cette prise de distance avec les médias devient dès lors sa protection. Un jour, Mylène reconnaîtra que ce genre d’exercice lui a toujours été difficile et qu'à ses yeux, le contenu de ses chansons racontait déjà, quelque part, ce qu’elle est. Pour autant, les journalistes ne s'empêcheront pas de penser que la chanteuse cultivait un goût pour le secret, alors que ce comportement-là n’était en fait que le reflet de sa nature profonde.


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D'une sensibilité à fleur de peau, la chanteuse a toujours été à la hauteur de sa rareté. Traversant sa carrière par épisode, ses fugaces apparitions médiatiques n'ont cessé de renforcer le mythe. Sur scène, elle incarne ce personnage libertin au pouvoir suprême. Elle s'y promène et occupe le vaste espace à travers des danses qui l'épanouissent. Ses shows enflamment les spectateurs à travers des mises en scène grandioses où cohabitent chorégraphies, décors et technologie accomplie. Sa voix, à la fagilité troublante, galvanise l'auditoire, tandis que la musique dense et puissante transporte ses mots magiques.

© Clicsouris - Mylène Farmer (2013)

Elle arrive, puis elle repart, sans demander son reste. Joue-t-elle à l’insouciante ou à la star mystérieuse ? Elle électrise les médias qui répondent toujours « présent ! » au moment de l'interviewer, ceux-là même qui surenchérissent à travers des discours enflammés la sortie de son prochain disque ou de son nouveau spectacle. Puis, quand sont évoqués ses multiples records ou ses projets, l’artiste répond toujours timidement que chaque nouveau rendez-vous constitue un challenge, un défi. « Les fans seront-ils là ? ». La peur de décevoir reste présent comme au premier jour. Pour Mylène, les interviews ne sont certainement pas un jeu qui lui servent à abattre ses meilleures cartes ou qui viennent semer le trouble dans la tête de ses nombreux admirateurs, car chez elle rien n’est feint. D'ailleurs, le doute n’est-il pas nécessaire pour se construire ?

Ces apparitions, à dose homéopathique et à contre-courant de ce qui se pratique de nos jours, entretiennent nombres d'énigmes autour de sa vie privée et professionnelle ; des parts d’ombres que l’artiste dévoile au compte-gouttes. Cependant, Mylène Farmer assume sa différence, sa singularité, comme ses choix. Dès son premier album, son audace, sa féminité affirmé et quelque peu provocatrice ont bouleversé les codes, mais aussi l’image artistique en invitant le mystique comme profession de foi. Déterminé, attentive au moindre des détails, Mylène Farmer est finalement un être paradoxal, mais sensible et attachant.


LA FRAGILITÉ ET LA DÉTERMINATION D’UNE DÉBUTANTE

De son vrai nom Mylène Gautier, la chanteuse est née en 1961 à Pierrefonds au Québec. Elle choisira son nom de scène en hommage à Frances Farmer, une actrice américaine des années 1930. Comme toute adolescente elle cherche sa voix, d’abord dans l’équitation puis dans le théâtre en suivant les Cours Florent. Vincent Lindon et Christophe Lambert sont là à ses côtés. Elle s’intéresse de près au cinéma, celui des films d’antan, et joue de sa bouille séduisante en enchaînant les pubs, faisant également du mannequina pour vivre. Finalement, à 23 ans, la jeune femme choisira de devenir chanteuse.

Le premier 45 tours sort en 1984. « Maman à tort » est une chanson psychotique où la jeune femme dénonce son mal de vivre, les blessures de l’enfance et l’angoisse de l’adolescence. La tonalité musicale de cette première chanson à la fois légère comme une ritournelle et ambiguë par sa suite de phrases numérotées trouve son public. La future équipe est déjà constituée autour du compositeur Laurent Boutonnat qui décalque et imprime son univers musical de telle façon que l’on a bien du mal à imaginer quelqu’un d’autre pour l’interpréter.

Lors de ses premières apparitions télévisées, elle ressemble à une féline aux yeux grands ouverts qui serait prisonniére d'une nébulosité médiatique encore fragile. Personne ou presque ne voit en elle l’artiste en devenir. Pour beaucoup de gens, Mylène Farmer n’est qu’un produit de marketing de plus qui vient alimenter la pléthore d’artistes des années 80 qui naissent et qui meurent comme des étoiles filantes.

À cette époque, la chanteuse ne se referme pas encore comme une huître. Elle se confie bien plus qu’aujourd’hui dans les émissions qui l'invitent. Elle s’amuse, joue la fille sympa et si elle n’est pas encore « finie », sa silhouette, son attitude comme ses regards ne laissent pas indifférents.


UNE MYLÈNE FARMER TRÈS "LIBERTINE"

Après la déconvenue de son second 45 tours (« On est tous des imbéciles » – 1985), le premier véritable grand succès de Mylène Farmer voit le jour avec la chanson « Plus grandir ».

Rapidement, quelque chose d’indéfinissable se produit. Le style musical si cher à Boutonnat et le texte signé Farmer sont là et contribuent au succès de la chanson, mais pas seulement... En 1985, le clip de la chanson donne naissance à un court-métrage insolite avec pour toile de fond le rapport à la mort. Rien n’est innocent, mais la mise en image traduit déjà une féroce volonté de s’échapper du clip standardisé, monté à la va-vite, et sans réelle personnalité. Le rôle joué par Mylène Farmer avec son visage fardé et pale à souhait possède une retenue et un mystère qu’elle va développer et affirmer par la suite. Un univers prend forme.

Le cocon s’ouvre et laisse éclater au grand jour sa force vitale. De nouvelles chansons naissent et un premier album est lancé (« Cendres de lune » - 1986). Il s’ensuit pour Mylène un changement de look. Elle sera rousse, et cela lui sied si bien qu’elle va conserver dorénavant cette apparence. De ce premier album éclos la chanson « Libertine ». Le clip qui l’accompagne dure 11 minutes et s'inspire des films de cape et d'épée d'autrefois. Ce court-métrage, tourné pour une grande partie dans des décors naturels, confirme le personnage féminin déjà dessiné dans « Plus grandir ». Théâtralisé grâce à quelques plans fixes et surtout sexualisé par la présence de quelques scènes aux contours érotiques, Mylène Farmer y apparaît furtivement nue.

Tout comme l'est déjà Michael Jackson, Mylène Farmer envisage chaque clip comme un puissant vecteur communicatif. Ce nouveau moyen aux allures cinématographiques lui semble indispensable pour conforter sa récente stature. Cet art, qui consiste à mettre en images une chanson, est développé avec audace et paroxysme par une Mylène Farmer prête à (presque) tout pour montrer sa différence.


MYLÈNE FARME : LIBERTINE (version clean)


DES TEXTES QUI COLLENT AU PERSONNAGE

Cette nouvelle image médiatisée et livrée en pâture au public s’accompagne aussi d’une Mylène Farmer qui va progressivement prendre en charge les textes de ses chansons. Elle en a l’oreille, le son, l’éclairage, que ce soit en partant d’un mot, d’une idée ou d’une mélodie déjà conçue.. Dans chaque album, il existe une tenue, une linéarité, voire une conception qui pourrait bien servir d’exemple à nombres d'artistes. Les textes, les musiques comme les images sont donc très liés à cet artiste qui travaille dans ces moments-là dans la solitude, loin des micros tendus. Pour Mylène, tout ce qui rime avec authenticité, sincérité et liberté, ne peut laisser place à de l’autocensure.


TUBES ET PREMIÈRE TOURNÉE

Les tubes s’enchaînent : « Ainsi soit je… » (1988), « Pourvu qu’elles soient douces » (1988), dans une trame toujours historique, poussant le curseur toujours plus en avant, « Sans contrefaçon » (1988). L’album « Ainsi soit je… » est l’album de la révélation.

Puis vient le temps des concerts et des tournées. Dans ce domaine, la chanteuse est économe. C’est-à-dire qu’à ce jour, après plus de 30 ans de carrière, elle n’a effectué que six tournées. La première, intitulée "Tour 89", doit confirmer l’artiste dans son statut de vedette. Qui est-elle vraiment et de quoi est-elle capable ? Mylène Farmer, qui n’a jamais projeté son image en dehors de ses clips et de quelques apparitions télévisées, est attendue au tournant, autant par la profession, les médias que les fans.

Pour ce premier échange avec le public, la chanteuse va miser sur un spectacle très visuel. Une quarantaine de date est prévue, dont huit qui doivent se dérouler au Palais des Sports de Paris. La générale a lieu à Saint-Etienne. Mylène cherche à inover et à surprendre. Six mois de répétition mais aussi de concertation vont être nécessaire. À chaque chanson ou presque, de nouveaux apparats conçus par Thierry Mugler jaillissent sur scène et cherchent à retranscrire d’une certaine façon toute l’imagerie laissée par les clips. Le show parviendra à se hisser à la hauteur de l’événement sans rien compromettre de sa magie et sans user de duperie ou de facilité. Tous les concerts de la tournée afficheront "complet" et la chanteuse pourra vivre son rêve sans avoir à envier les shows produits par son alter ego féminine, Madonna. Pourtant, si elle découvre la scène et s’en empare avec mastreia, Mylène Farmer laissera passer sept longues années avant de la retrouver (Tour 1996).


MYLÈNE FARMER, LA CONSÉCRATION

Heureusement pour elle, chaque disque publié est une occasion de se relancer. En 1991 paraît « L’autre » avec toujours aux commandes son indispensable mentor, Laurent Boutonnat. Ce troisième album est, à ce jour, sa meilleure vente. Le titre « Désenchantée », visiblement « dance » devient le plus gros tube de l’album. Racoleuse à souhait, obsédante, la chanson poursuivra son chemin sur scène et au dehors en étant reprise en chœur par les fans. « Désenchantée » est une chanson populaire d’une grande efficacité. Toute une génération, justement désenchantée par l’époque, trouvera dans le texte de Mylène Farmer des mots qui les touchent comme une prophétie : « Si la mort est un mystère / La vie n'a rien de tendre / Si le ciel a un enfer / Le ciel peut bien m'attendre / Dis moi, / Dans ces vents contraires comment s'y prendre / Plus rien n'a de sens, plus rien ne va. ». La chanteuse aurait-elle perdu ses illusions ?

En 1993, un nouveau challenge attend Mylène Farmer : faire ses débuts dans le cinéma. Comme on ne sépare pas d'une équipe qui gagne, son mentor Laurent Boutonnat passe derrière la caméra et réalise le film Giorgino. Scénario, musique, production... l’homme à tout faire s’inspire d’une histoire sombre et dramatique qui, sur le fond, n’évoque que la difficulté des êtres à communiquer. Mais à sa sortie, en 1994, le film est un échec commercial, et pour la chanteuse devenue un temps comédienne, une parenthèse hors du temps.

L’année suivante sort « Anamorphosée » (1995) d’où sera extrait la chanson « California ». L’anamorphose étant un effet d’optique qui distord les images, faut-il voir dans l'utilisation de « Anamorphosée » un sens tout personnel, un changement de cap ou une mise au point ? Toujours est-il que la chanteuse part vivre en Californie. Le besoin de voyager, de changer d’univers, l’envie d’oublier sans rang de vedette dans un pays où personne ne vous connaît sont les raisons de cet exil. Une respiration bénéfique qui durera presque un an.

« Anamorphosée » est considéré comme un album « solaire », à l’enveloppe musicale beaucoup plus charnelle et moins « froide » que son disque précédent. Il suffit de voir le soin apporté par la mise en image du clip « XXL » pour se rendre compte du chemin parcouru par la chanteuse ; comme ces rushs tournés en noir et blanc qui montrent la chanteuse accrochée à l’avant d’une locomotive à vapeur ! Fiction ou réalité, le décor change et la musique aussi, laissant de côté la musique dance pour virer dans quelque chose de plus "heavy".


MYLÈNE FARMER : XXL

La production est toujours de qualité et colle toujours à l'évolution des techniques et des envies. Année après année, la chanteuse tient le cap. Elle a cette constance et ce gage de renouveau qui, à mon sens, est certainement la meilleure façon d’avoir des fans qui vous suivent car, tout comme elle, eux aussi évoluent. De plus, quand on aime un artiste, on aime bien qu’il nous surprenne, qu’il soit là au contact du public et heureux de l'être. Les fans n’aiment pas voir leur icone souffrir, car très souvent ils s’identifient à lui.

En 1996, la revoici sur scène pour la seconde fois. L’interaction avec un public toujours plus large et diversifié est totale. Aimer Mylène Farmer n’est pas une question de mode ou de nostalgie. L’amour et la joie sont réciproques, construisant une osmose entre force et fragilité. La chanteuse se laisse porter et accepte comme une fatalité le stress et l’émotion qu’elle occasionne partout où elle se produit. Elle se dévoue totalement pour donner le meilleur d’elle-même, et ça, le public y est toujours sensible.

Le dépassement de soi, physique et mental, tout comme l’incessant travail conduit en amont répond à des exigences de l’instant, quand une fois sur scène tout devient envisageable. Malgré des doutes bien légitimes, ce sursaut de professionnalisme et de perfectionnisme jusqu'au-boutisme, ne la quitte jamais. L’équipe qui l’entoure, les fidèles qui la suivent depuis des années sont les premiers à témoigner de sa générosité, de son désir d’échanger, de partager dans une écoute réciproque. Mylène Farmer est une femme vivante, positive, fidèle en amitié et une bosseuse pour qui travail rime parfois avec franche rigolade. Et si elle est une star, elle sait rester simple et abordable.

En 2015, pour son 10e album « Interstellaires » (2015), elle imagine une collaboration ambitieuse en provoquant un duo avec Sting. L’ancien bassiste et chanteur échappé du groupe Police possède dans ses tiroirs une vieille chanson écrite pour être chantée en duo. Sting voit dans cette proposition non pas un amusement ou une parenthèse à sa carrière déjà fort bien remplie, mais le prolongement d’une douce complicité qui était née quelques années auparavant. La réalisation du single « Stolen Car » sera une réussite et son intégration dans l’album « Interstellaires » comme un message tout à fait de circonstance. D’ailleurs la maison de disques Polydor accentuera le trait en créant un site officiel : « mylenefarmer-constellations2015.com » où toute cette aventure sera décrite en montrant une Mylène Farmer dans les bras de Sting. L’image est soignée, la mise en scène très glamour et Mylène souriante et heureuse. Nul doute à avoir, question marketing tout a été bien pensé !


MYLÈNE FARMER & STING : STOLEN CAR

En une trentaine d’années, la chanteuse aura livré à son public des chansons inoubliables, toutes différentes, sur des sujets visionnaires ou pas, en rupture ou enraciné dans de sombres certitudes. Après sa dernière tournée effectuée dans cinq pays ("Timeless 2013"), que nous réservera Mylène Farmer dans 10 ans ou 20 ans ? La réponse se veut aussi délicate qu’énigmatique. Un jour, peut-être, décidera-t-elle de tout arrêter par sagesse ou par abnégation. Un désamour du public pourrait bien être son coup de semonce. « Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve » pourrait alors bien être l’épitaphe de sa carrière.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2017)

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