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CHANSON


BIOGRAPHIE/PORTRAIT SI PATRICK BRUEL M’ÉTAIT CONTÉ

Sur scène, Patrick Bruel a le charme, le charisme et le talent pour provoquer en quelques chansons l’adhésion d’un large public. Alors que le phénomène de la « bruelmania » a disparu depuis fort longtemps, le chanteur continue d’entretenir une relation d’amour et d’amitié avec ses fans. À près de 60 ans, Bruel navigue toujours entre force et fêlure, tristesse et joie. Raconter Bruel, c’est avant tout raconter l’histoire d’un artiste passionné qui a surmonté ses blessures pour qu’on l’entende et pour qu’on le comprenne...


PATRICK BRUEL, UN ARTISTE POPULAIRE

Patrick Bruel est un artiste engagé qui explore la chanson française depuis plus de 30 ans. L’artiste n’a jamais cessé de tracer sa route avec audace et conviction. À son actif une fort belle carrière de chanteur entrecoupée de films marquants, sans oublier ses passions tenaces, le poker et le football. Bruel, c’est tout ça à la fois, un artiste complet et un chanteur populaire qui a toujours conduit ses choix de main de maître.

Pourtant, comme bien d’autres gens, derrière la façade du sympathique chanteur, existe aussi un homme en proie au doute. L’homme mûr est-il encore ce jeune-homme, bien de sa personne, et qui expose son sourire charmeur devant toutes ces jeunes femmes venues l’applaudir ? Capable de passer du rire adulé jusqu’aux chaudes larmes, parfois bagarreur, parfois se sentant incompris, la star a appris à rebondir, à ouvrir des espaces.


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Si le cinéma dévoile le comédien avec quelques rôles phares : « La maison assassinée » (1988), « Une vie à t’attendre » (2004) et « Paris Manhattan » (2012), les traces symptomatiques laissées par ses albums « Entre deux » (2002) :- composé de tubes provenant des années 1930/1950 -, et « Très souvent, je pense à vous » (2015) - qui rend hommage aux chansons de Barbara -, ne laissent aucun doute sur les capacités du chanteur à entreprendre et à sirprendre.

© Georges Biard - Patrick Bruel (2004)


LE REGARD DE L’ENFANCE

Patrick Bruel est né en Algérie en 1959. Alors qu’il n’a qu’un an ses parents se séparent. Deux ans plus tard, l’indépendance de l’Algérie est prononcée et il est contraint de partir avec sa mère pour la France (ce départ forcé sera évoqué dans sa chanson « Au café des délices » - 1999)

L’enfant échoue dans une banlieue parisienne. Sa mère le protège du mieux qu’elle peut face à une solitude de tous les instants. Ce père absent et ce manque de repère dans un monde tout nouveau accentuera son désir d’exister. Patrick s’engage alors dans une bataille toute personnelle : celle d’être présent dans le cœur des autres. Pour cela, il va se construire un monde à lui et s’entourer d’amis fidèles. Cette période fragile et quelque peu insouciante de l’adolescence, il en fera écho dans une autre de ses chansons, « Place des grands hommes » (1989). La naissance d’un premier demi-frère (David en 1972) va révéler l’attitude d’un adolescent attentionné et prévenant.

Drôle, grande gueule et culotté, Patrick Bruel était le centre d’attention de ses amis, surtout des filles. À 15 ans, à l’âge ou d’autres ne pensent qu’à s’amuser, Patrick réfléchit déjà à son avenir et hésite entre le football et la musique. Le football c’est sa passion, mais on le dissuade de prendre cette voie. L’ambition d’être un grand footballeur ne sera plus qu’une chimère d’adolescent. Reste la musique. La guitare sous le bras, entouré de ses amis comme public de fortune, il s’amuse à chanter les chansons qui lui tiennent à cœur. Patrick a déjà un certain charisme qui ne passe pas inaperçu. C’est alors un jeu, une façon de séduire. L’adolescent est encouragé, il le sera aussi par le père d’une amie, Georges Suffert, un écrivain et journaliste réputé. Ce sera pour Patrick un père de remplacement, un soutien de poids qui comptera durant les années qui suivront.

Petit à petit, Patrick se prend au jeu et, à sa manière, découvre le monde du spectacle. Il assiste à de nombreux concerts et devient un fin observateur. Patrick n’est pas un simple spectateur venu applaudir les artistes qu’il aime, il voit surtout ce qu’il faut faire et ne pas faire. Il comprend que le moindre des détails est d’une grande importance quand on veut réussir. Bruel a une soif d’apprendre. De la même façon que la musique, le cinéma, le théâtre et même le cirque, feront partie de son éducation artistique.

En 1975, il découvre avec stupéfaction Michel Sardou à l’Olympia. Le chanteur de « La maladie d’amour » crée le lien invisible qui lui manquait. « C’est décidé, je serais chanteur » se dit-il. Trois ans plus tard, à Tignes, se déroule son premier concert. Patrick n’est alors qu’un animateur anonyme dans un club de la station, mais il a un culot monstre. Son concert, il l’improvise porté par sa seule pugnacité. Le groupe "Il était une fois" qui doit se produire admet l’évidence : ils ont face à lui un jeune homme prêt à tout casser s’il ne passe pas en première partie. Son impertinence paye et il chante le soir venu et les autres soirs aussi. Bruel chante le verbe « vouloir » à tous les tons.

Un jour de juin 1978, un de ses copains lui montre une annonce parue dans France Soir. Le texte court et précis explique que le réalisateur Alexandre Arcady recherche deux jeunes de 15 et 18 ans ayant l’accent pied-noir pour jouer dans son film « Le coup de sirocco ». D’abord hésitant, mais toujours soucieux d’étoffer son désir de conquête, Patrick passe l’audition et bluffe Arcady en prenant un accent pied-noir qu’il n’a pas en réalité… simplement pour décrocher le rôle. Dès lors un autre monde l’attend, celui des plateaux de tournage, des personnages composés. Toutefois, ce bref détour par la case cinéma (mais aussi au théâtre où il démontre sa facette de dilettante dans la pièce « Le charimari » de Pierrette Bruno en 1981), ne lui fait pas oublier la musique qui reste sa préoccupation première.


VRAIMENT « MARRE DE CETTE NANA-LÀ » !

Avant que ne sorte son premier succès, « Marre de cette nana-là », Patrick n’est encore qu’un simple artiste qui court après les petits cachets pour joindre les deux bouts, et s’il accepte de jouer dans des « pubs », côté musique, il se produit dans les bars avec un certain Florent Pagny. Une fois de plus, sa présence charismatique ne passe pas inaperçu. Le bouche à oreille fonctionne si bien que des artistes en vue viennent l’écouter. Seulement voilà, à 22 ans l’armée se présente et frappe à la porte. Pour Patrick, c'est un nouveau coup dur qui l’oblige à jongler entre obligations militaires, l'emprunt d'un appartement, théâtre et musique. Patrick tient bon et ne lâche rien, surtout pas la musique en laquelle il croit par-dessus tout...

Du temps passe et, en 1982, paraît un premier 45 tours contenant le titre « Vide ». Cosigné Patrick Bruel et Gérard Presgurvic (un auteur-compositeur que le chanteur a rencontré lors d’un séjour à New York), la chanson est un bide total et passe inaperçue. Face à ce premier échec, le chanteur ne se démonte pas et continue de croire en des jours meilleurs. C’est alors qu’il a l’idée d’extraire de ses tiroirs une chanson en sommeil : « Marre de cette nana-là ». Nous sommes en janvier 1985 et Patrick Bruel passe pour la première fois à la télévision avec ce titre au slogan pueril. Il a 25 ans. Pour les téléspectateurs, c’est une découverte. Avec plus de 200 000 exemplaires vendus, « Marre de cette nana-là » devient le premier succès de Bruel aussitôt conforté par un autre tube : « Comment ça va pour vous ? »


PATRICK BRUEL : MARRE DE CETTE NANA-LÀ !


LA CARRIÈRE SUR LES ROUTES DE NAVARRE

Le beau gosse a réussi son premier pari. Des fans commencent à le suivre à une époque où les réseaux sociaux sont encore d’anonymes fantômes. Partout où il passe, sur une scène ou dans un endroit quelconque, comme un bar ou un restaurant, le chanteur déclenche une overdose de pensée chez les jeunes filles. Avec sa tête de jeune premier, il devient l’idole d’une nouvelle génération, tandis que le cinéma continue de lui faire des propositions...

Après quelques courtes apparitions dans les films « Le grand carnaval », « La tête dans le sac » et « Marche à l’ombre », il occupe le premier rang dans « P.R.O.F.S », une comédie qu’il tourne en compagnie de Fabrice Lucchini et Laurent Gamelon. Ce sera un énorme succès. Bruel installe son personnage, drôle et culotté.

À 28 ans, il accapare l’Olympia pour 4 dates. C’est un triomphe. Les succès sont bien là et rien ne semble lui résister. Le chanteur-comédien déboule dans une salle pleine à craquer malgré le rendez-vous manqué du premier album (« De face » – 1986). Avec seulement 15 000 exemplaires vendus et un Olympia qui fait salle comble, Bruel devient un paradoxe dans la profession, et s’il séduit principalement les lolitas, il est encore bien loin d’accaparer toute l’attention du grand public. Bruel serait-il simplement un chanteur pour midinettes, un effet de mode sans lendemain ?

Pour contrer cette image - dont il ne soupçonne pas encore les conséquences -, il retourne au cinéma dans des rôles plus consistants : « La maison assassinée » de Georges Lautner (1988) et « L’union sacrée » d’Alexandre Arcady (1989). De cette contre-offensive, l’image du gentil jeune homme apparaît moins angélique. Il prend les « armes » et il se défend dans un répertoire qui l’éloigne de la comédie. Ce virage est fondamental car il va lui apporter plus d’épaisseur et de profondeur.

Toutefois, une certaine incompréhension continue de régner dans sa carrière de chanteur. Il est vrai que les années 80 sont marquées par le Top 50 et ses tubes éphémères. Patrick Bruel n’y échappe pas. Dans sa maison de disque, la concurrence est féroce. Son ancien compagnon de route, Florent Pagny, est à présent son rival direct, ce qui contraint Bruel à changer de maison de disques. De ce manque de considération, une rage va voir le jour, une rage que ses fans vont découvrir dans son second album « Alors Regarde » (1989).

Bruel est bien décidé à faire entendre ce qu’il a à dire. Il s’enferme avec le compositeur et arrangeur Alain Lepas pour travailler et travailler encore, afin qu’un "nouveau Bruel" éclate au grand jour. Plus encore que la musique, la portée de chaque parole sera alors minutieusement pesée, appuyée en cela par les conseils de Mick Lanaro, le producteur artistique du disque.

En quelques jours « Alors Regarde » devient l’album de la révélation, celui qui va déclencher un phénomène insoupçonné : la « bruelmania ». Au plus fort de sa vente, l’album attendra 74 000 exemplaires écoulés en une seule journée. « Alors Regarde » est un coup de maître ; un de ceux qui conduit un artiste à la stature professionnelle. Bruel démontre un tempérament. Une force insoupçonnée sous-tend chaque chanson jusqu'à atteindre les fans en plein cœur.


LA « BRUELMANIA »


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