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CHANSON


PORTRAIT PATRICK BRUEL, DE LA 'BRUELMANIA' À 'ENTRE DEUX'

Cette page fait suite à 'SI PATRICK BRUEL M’ÉTAIT CONTÉ'


LA « BRUELMANIA »

Sur scène, un véritable showman, digne d’un Hallyday, traverse la scène de part en part. S’il n’y avait qu’un titre à retenir ce serait « Casser la voix » (1989), le point culminant d’une rage contenue qui éclate enfin ; certainement pas sa meilleure chanson, mais la plus représentative de sa carrière d’interprète, puisque celle-ci synthétise en quelque sorte la « bruelmania ». À cette époque, Bruel est non seulement un chanteur populaire auprès de la jeune génération, mais il incarne également un phénomène de société qui déchaîne autant de passions que de critiques.


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Comme pour la « beatlemania » en d’autres temps, le chanteur aura bien du mal à contrôler cette tornade populaire, même s’il en savoure chaque instant. Pendant plusieurs mois, les chansons « Alors Regarde », « J’te l’dis quand même », « Place des grands hommes », « Casser la voix » et « Qui a le droit » (chanson alors restée inédite) vont plonger la France dans une histoire aussi surprenante qu’inattendue. L’adhésion avec l’épiphénomène est totale. Une osmose sans faille s'installe entre lui et le public. C'est magique !

À trente ans, le chanteur porte les cheveux longs et il a cet éclat, cette lueur et cette fougue qu’apporte la jeunesse. Partout où il se produit, un parterre de jeunes filles l’attend. Il le sait, et il apprend à maîtriser du mieux qu'il peut tous ces désirs latents. Douze Zéniths se dressent devant lui, et chacun d'eux se solde par des « Patrick ! » hystériques dans une salle comble, totalement acquise à sa cause.


L’APRÈS « BRUELMANIA »

Patrick Bruel ne veut pas être cet objet, cette chose tant désirée et si convoitée. Il connaît trop bien la destinée d’un Cloclo ou d’un Mike Brant pour vivre à leur image une torture permanente. Pour le chanteur, la folie déclenchée par la « bruelmania » ne le relie pas à la musique, mais à un phénomène de société qui lui est impossible de contrôler. Une fois de plus Bruel ne se sent pas compris. Son discours se retourne contre lui. L’image du chanteur a été mortifiée jusqu’à se transformer en idole pour magazines peoples. Même l’émission politique d’Anne Sinclair « 7 sur 7 » lui ouvrira ses portes.

Or, quand Patrick Bruel ouvre sa gueule en chantant, ce n’est pas pour exposer face aux micros ses engagements, politiques ou pas. Les messages de ses chansons, à défaut de vouloir les adresser aux autres, c’est d’abord à lui-même qu’il se les adresse pour surmonter ses propres blessures et injustices. Bruel a certes des convictions, une conscience politique, mais il est clair que s’il a la rage, il tempère à la seconde suivante les messages qu’il délivre.

Le terrain qui conduit à la popularité est toujours fragile, glissant comme une savonnette. Ce risque-là, une certaine presse va s'en occuper avec des mots très durs. D'autre part, le succès provoqué par la « bruelmania » a été si rapide et si étourdissant qu’il suscitera aussi des amertumes chez ses pairs. La preuve lui sera apportée quand se profilera à l'horizon les "Victoires de la musique"...

Après Françis Cabrel en 1990 et Michel Sardou en 1991, ce n’est que l’année d'après que Patrick Bruel se verra décerner sa première récompense. Le nouvel "Artiste interprète masculin" de l'année 1992 aura attendu 3 longues années pour qu'enfin la profession porte un regard compatissant envers son talent. Cette réaction très tardive aggravera sa peur de l’exclusion et orientera encore plus sa vie à rechercher l’amour des autres en permanence.

En 1992, Bruel accepte de participer au "Spectacle des Enfoirés" pour la première fois. La « bruelmania » s’éloigne et le chanteur doit se relever de cette période aussi incroyable qu’humiliante. Un album est en préparation et s'intitulera « Bruel » (1995). Le chanteur et toute son équipe sont conscients que les nouvelles chansons doivent être aussi percutantes sinon plus que les précédentes. Malheureusement, la précipitation de la réalisation, la finalisation des textes, la musique et même les voix jusqu’aux clips promotionnels ne vont pas être au rendez-vous...

Malgré le million d'exemplaires écoulés, l’album teinté de rock est mal perçu par le public. « Bruel » est une sorte de redite avec l’originalité en moins. Le chanteur décide alors de quitter le devant de la scène. Une pause devient nécessaire. Une fois de plus, le cinéma est là pour lui ouvrir ses portes...

En 1996, il tourne « Le Jaguar » de Francis Veber au côté de Jean Réno, une comédie sur fond de rites païens et dont l’action principale se déroule en Amazonie. Bruel profite du dépaysement des lieux du tournage pour prendre du recul et se poser. Là-bas, à des milliers de kilomètres de Paris, il écoute une chanson qui ne rencontre que peu de succès, « Tic, Tic Tac » par les Carrapicho. Séduit, le chanteur décide alors de produire la chanson en lui apportant un nouveau texte. Arrivé en France, celle-ci devient un énorme succès et se vend dans toute l’Europe, pour ensuite retourner en Amérique du Sud où elle fera également un énorme « carton ». Bruel relativise et aborde cette nouvelle activité de producteur comme un jeu. Cela lui permet surtout de se retrouver et de se régénérer jusqu’à évacuer les stigmates laissés par la fameuse « bruelmania ».


LE GRAND RETOUR DE PATRICK BRUEL

C’est de retour en France que le public découvre sa passion pour le poker, un jeu qu’il pratique depuis son adolescence et dont il deviendra un champion du monde. Toutefois, le chanteur ne perd pas de vue qu’il doit à nouveau se relancer dans cette autre passion qui ne l’a jamais quittée : la musique. Cinq ans se sont écoulés. Bruel doute du nouveau rendez-vous qui l’attend, mais le désir est trop fort pour à présent reculer.

Pour lui rien n’est simple car il doit reconstruire son statut de chanteur tout en ayant aucune idée dans la façon de réussir son comeback. Or, c'est souvent dans ces moments-là qu'il faut croire en sa bonne étoile. Cette main secourable a pour nom Johnny Hallyday. La star de la chanson française va, d’une certaine façon, remettre Bruel sur les rails en l’invitant au "Stade de France" (1998). Ils chantent alors ensemble une seule chanson, « Et puis je sais, pour exister ». Pour Bruel, c’est inespéré, car la ferveur du stade réchauffe son cœur. C’est un va-tout, une carte maitresse qui lui dit : « Reviens ! »

En 1999 sort « Juste avant ». Le romantisme et toute la tendresse de Patrick éclatent dans son interprétation piano-voix de la chanson « J’te mentirais ». L’album est réalisé en famille avec ses deux demi-frères David et Fabrice. L’homme chante la vie sans filtre, celle actuelle et celle des lendemains car Bruel, qui a 40 ans, doute un jour d’être père...

Dans son livre "Conversation avec Claude Askolovitch, le chanteur évoque sa rencontre avec Amanda Sthers à Saint-Tropez, en août 2001. Il ne sait pas encore si cette jeune femme sera celle de sa vie, mais il sent que sa présence lui est indispensable. Il veut construire et il veut des enfants, et en finir avec cette instabilité qui assaille les célibataires endurcies et qui empêche de se projeter. Patrick Bruel et Amanda Sthers se marient le 21 décembre 2004 à Paris. Une nouvelle fois, Bruel transcrira ce soudain bonheur à travers une chanson : « J’m’attendais pas à toi » (album « Des souvenirs devant » - 2006). Bruel était tellement dans la crainte de ne pas avoir un jour des enfants que quand naîtront Oscar et Léon, il leur portera une attention de tous les instants. Bruel incarne le père béat d’admiration et d’amour qu’il n’a jamais soupçonné. Mais la vie ne retenant que trop souvent l'instant présent, le couple finira par se séparer trois ans plus tard, tout en conservant une relation amicale, sans ambages.


PATRICK BRUEL & LAURENT VOULZY  : QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS ?


PATRICK BRUEL 'ENTRE DEUX' : DES CHANSONS D'UN AUTRE TEMPS

De ses chansons, Bruel dira un jour : « La chanson révèle les points fondamentaux de mon parcours et de mon comportement. C’est la peur de l’exclusion, la peur d’être abandonné, la peur d’être refusé. Donc, faire semblant que tout va bien, faire semblant de ne pas y croire, c’est une façon, si ça ne se passe pas bien, de ne pas perdre la face. »

En 2002, le chanteur va connaître un grand succès avec son album de reprises « Entre deux ». Un projet atypique qui renoue avec les chansons à succès d’avant et d’après guerre : « Ah ! Si vous connaissiez ma poule », « Vous qui passez sans me voir », « Quand on s’promène au bord de l’eau » ou encore « Que reste-t-il de nos amours ? », « Le temps des cerises » et « Mon amant de Saint-Jean ». La voix de Bruel possède cette intonation particulière à la fois chaude et douce, puissante et percutante qui sied à ce genre de répertoire. De nombreux artistes ont répondu présent à son appel : Charles Aznavour, Johnny Hallyday, Laurent Voulzy, Jean-Jacques Goldman ; des comédiennes aussi : Sandrine Kiberlain, Emmanuelle Béart et Danielle Darieux. Bruel se sent comblé en étant accepté par ses pairs.

L’album s’écoule au-delà de toutes les espérances avec plus de deux millions d’exemplaires vendus. Toutefois, « Entre Deux » et bien plus que ça, car il permet à Patrick Bruel de devenir enfin un chanteur respecté, prit au sérieux et capable de rentrer dans la cour des grands. En témoigne la réunion des 60 artistes qui seront invités par le chanteur pour interpréter « Et puis la Terre », une chanson dont les fonds viendront en aide aux victimes du tsunami de 2004, en Thaïlande.

Pour obtenir cette reconnaissance primordiale qui lui tenait à cœur, Patrick Bruel aura dû endosser l’habit d’acteur, de comédien et de chanteur. La scène aura construite le personnage et le cinéma aura forgé l’homme. Aujourd’hui, à l’âge de la sérénité, Bruel a passé un cap, et s’il court après le temps, c’est de peur de rater quelque chose d’important. Il sait à présent que son succès ne déchaîne plus les mauvaises critiques. Sur scène, le chanteur apprécie ce bonheur qu'il a construit sur des années de complicité, et même s’il est conscient que le regard du public a changé, son parcours force le respect.

« J’ai toujours cette sensation que de très belles choses sont à venir » dit-il. Après plus de trente ans de carrière, l’homme a toujours l’appétit féroce, presque comme au premier jour, pas rassasié du tout, mais pas rassuré pour autant. Le chanteur connait trop bien les exigences du métier d’artiste, tout comme il sait que tout nouveau projet remet le titre en jeu à chaque fois. Il y a déjà goûté et de quelle manière ! Sa sérénité, c’est du côté familial qu’il faut la chercher, dans le regard éclairé de ses enfants qu'il aime tant et grâce auquel il se sent porté à la vie.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2017)


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