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CHANSON


JEAN-JACQUES GOLDMAN BIOGRAPHIE PORTRAIT INTIMISTE DU CHANTEUR

« J’irais au bout de mes rêves, tout au bout de mes rêves » chantait dans une de ses chansons Jean-Jacques Goldman. Dresser un juste portrait de cet artiste devenu aujourd’hui un simple citoyen anonyme n’est pas aisé, car si l’homme est doté de qualités, sa carrière s’accompagne de quelques réserves. Celui qui a enchaîné tube sur tube durant une vingtaine d’années a cependant toujours été fier d’aller de l’avant et d’être au plus près de sa vérité...


L'ENFANCE DE JEAN-JACQUES GOLDMAN ET PREMIER GROUPE


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Comme pour d’autres personnes, l’enfance est là pour nous apporter une première définition de sa personnalité. Tout commence dans le 19e arrondissement de Paris, avenue Gambetta. Alors qu’il n’a que 6 ans, la famille Goldman déménage en banlieue parisienne. L’enfant n’est pas turbulent, il est même craintif. Sa scolarité se déroule sans histoire et s’il n’est pas un élève brillant, il est appliqué et fait de son mieux pour rassurer ses parents. Il se révèle surtout curieux et fin observateur de tout ce qui l’entoure.

La musique est entrée dans sa vie naturellement et Jean-Jacques pratique très tôt le violon. Après un passage par la case du scoutisme, c’est le temps des surprises-parties et des rendez-vous de café avec les copains et copines. Autour de lui, la vie s’anime et l’ado découvre la musique rhythm and blues et le rock.

Jean-Jacques, qui entre temps a abandonné le violon puis le piano au profit de la guitare, n’a qu’un désir : jouer une musique qui le fait rêver. Pour cela, il rejoint un groupe amateur de Montrouge : 'The Red Mountain Gospellers'. La musique qui tient plus du gospel que du rhythm and blues suffit à son bonheur, du moins pour l’instant. Un 45 tours autoproduit voit le jour contenant le célèbre « Nobody Knows » immortalisé par Claude Nougaro.

Face à des parents aux idéaux proche du communisme - surtout son père, qui est un réfugié juif polonais et ancien résistant français -, Jean-Jacques Goldman se sent un peu à l’écart des discussions familiales et de leurs vicissitudes. Il est encore trop jeune pour développer une vision idéalisée de l’engagement politique. À table, il préfère parler musique. L'ado rêve des héros de l’époque : Jimi Hendrix, Aretha Franklin

Lassé des 'Reg Mountain Gospellers', Goldman monte avec quelques potes son premier groupe 'Les Phalansters', un groupe aux sonorités blues et rock. À cette époque l’objectif de la plupart des groupes amateurs était de se produire dans les MJC (Maison de la Jeunesse et de la Culture), dans les fêtes de village (bal) ou, avec un peu de chance et d’audace, dans des lieux mythiques comme le Golf Drouot. C’est d’ailleurs dans cette petite salle qui servait de tremplin au groupe de rock que 'Les Phalansters' décrocheront un premier prix.

Une fois le bac obtenu, au lieu de laisser tomber ses études pour se lancer à fond dans la musique, Goldman rentre en prépa HEC pour satisfaire le désir de ses parents ; la musique est toujours là, mais seulement le WE pour des concerts avec 'Les Phalansters'. Jean-Jacques trouve alors un certain équilibre dans ce rapport qui concilie à la fois les études, la musique et la scène. La période est formatrice, car les dates de concerts s’enchaînent. Le jeune chanteur apprend alors le métier sur le tas comme beaucoup d'autres, en jouant dans toutes sortes de lieux.

En 1975 sort un premier 45 tours « Sister Jane », une chanson en anglais guidé par sa voix très haut perché. Le chanteur fait alors partie de Tai Phong, un groupe de rock progressif fondé par deux frères vietnamiens, Khanh Mai et Tai Sinh, et dont les influences sont à rapprocher de Genesis ou de Yes. Malgré la lassitude exprimée par le chanteur de devoir toujours chanter en anglais, cette aventure se poursuivra durant trois albums : « Tai Phong » - 1975, « Windows » – 1976, et « Last Flight » – 1979.


LA CARRIÈRE SOLO DE JEAN-JACQUES GOLDMAN

La mésentente qui s’installe avec Tai Phong conduit Goldman à envisager une carrière solo. Alors qu’il n’a pas officiellement quitté le groupe, le chanteur enregistre coup sur coup trois 45 tours, dont « Les nuits de solitude » et « Back in the city again ». Ce sont ses premières compositions. Elles sont certes maladroites, mais elles ont le mérite d’exister. Le chanteur cherche surtout à se situer et à trouver une identité qui l’éloigne autant de Claude François que de Michel Berger, deux « faiseurs de tubes ». Sans maisons de disques pour l’accueillir et lui faire confiance, Goldman va alors passer trois ans d’errance avec ses disques sous les bras…

En 1981, grâce à sa ténacité, l’anonymat de début de carrière semble arriver à son terme. En effet, sur les ondes éclate une de ses chansons « Il suffira d’un signe ». Or cette chanson, qui s'appuie sur une rythmique de guitare rock, est loin d'être tendance, elle se trouve même en total décalage avec le son qui sévit et qui accorde une large place au synthétiseur et à la musique qui fait alors fureur, la new wave. Pourtant, l’alchimie étrange de ce titre lui ouvre les portes des radios et de la télévision. « Il suffira d’un signe » devient le premier tube de Jean-Jacques Goldman. Les télespectateurs découvrent alors dans leur petit écran un jeune chanteur sagement habillé avec veste et cravate ; seuls ses cheveux longs sont là pour attester qu’il y a eu, dans son passé, une posture rock.

Ce succès-là le rassure, mais fidèle à son tempérament Goldman reste prudent en conservant son poste de vendeur dans un magasin de sport. Il n’est pas encore prêt à faire le grand saut dans cet inconnu que représente le métier de chanteur. Ce n’est que lorsque son second tube sortira en 1982 (« Quand la musique est bonne »), qu’il cessera son « activité commerciale » pour se consacrer totalement à la musique.

Alors que les années 60 glorifiaient les seuls interprètes, la chanson française des années 70 et 80 va accorder plus de place aux auteurs-compositeurs et interprètes. Berger, Renaud, Sanson, Cabrel ou Lavilliers ouvriront le chemin dans les années 70. Balavoine et Goldman forgeront celle des années 80. Ce sera le début de la nouvelle chanson française, ni vraiment sage ni totalement contestataire, mais doté d'une liberté d’expression toute fraîche (l'arrivée du socialisme) à même de ravir la plupart des jeunes artistes.

Le style Goldman trouve ainsi sa place. Ses chansons à lui ne sont pas des hymnes à la mièvrerie ou à la bêtise, pas plus qu’elles ne sont formatées pour venir satisfaire les moindres caprices des maisons de disques. Certainement pas ! Ses chansons visent seulement à faire réfléchir avec des mots simples et à faire danser ceux qui les écoutent. Pour lui, c’est clair : il fait de la variété et assume ce choix comme une distinction musicale qui lui fait honneur.

Jean-Jacques Goldman se fout de la légitimité à devenir respectable et à rentrer dans le rang. Cette position-là, correspondant certainement plus à l’image d’un rocker que d’un chanteur pour midinettes, Goldman la revendique. C’est son côté anti-star, et malgré les succès qui s’enchaînent, il reste simple et proche des gens. Son truc à lui, ce sont les moments qu'il passe en studio, le partage des émotions avec le public sur scène, et surtout le fait de jouer avec ses potes musiciens. Une quête de « normalité » qu’on lit alors entre les lignes des interviews accordés à la presse.


GOLDMAN ENTRE LES LIGNES

Goldman s’impose bien au-delà du simple candidat « faiseur de tubes ». C’est en creusant dans ses chansons les plus confidentielles que l’artiste révèle sa véritable nature, à la fois généreuse et contrastée. En 1983, la chanson « Comme Toi » couvre à demi-mot ses origines juives et l’histoire de la déportation. L’année suivante ce sera au tour de « Envole-moi », autre tube et autre message, destiné cette- fois-ci aux cités et à l’insertion par les études. Citons aussi « Je te donne » en 1985, « La vie par procuration » en 1986 ou encore « Elle a fait un bébé toute seule » en 1987 et « Juste après » en 1994. Toutes ces chansons et bien d’autres ont vu le jour à travers des circonstances particulières qui ont ému ou bousculer les idéaux du chanteur.

Pour les illustrer, Goldman use de subtilité dans ses textes. Cependant, si ses chansons évoquent à l’évidence quelques contextes sociaux ou politiques comme la montée de l’extrême droite ou la chute du communisme, le chanteur n’est pas un lanceur d’alerte. Il ne fait que retranscrire son époque, ce que ses dons d’observation lui procurent, tout en y ajoutant une once de vécu. Dans tous les cas qui se présentent, « positiver » est certainement le message qu’il cherche à faire passer au public. C’est là sa posture première.

Cependant, au milieu des années 80, le chanteur commence à remettre en cause sa légitimité à se produire sur scène. Malgré les succès, malgré les Zénith et autres salles de spectacle qui font salle comble, Goldman se replie sur lui-même, préférant à la foule des grands soirs l’ambiance et l’intimité des studios d’enregistrement. Goldman rechigne à s’exposer face au public. Au fond de lui-même, il n’aime pas se montrer, se sentir jugé. Goldman a l’attitude des artistes que le star-system étouffe. À cela, il préfère l’anonymat.

Sur scène, si le chanteur accepte de se prêter à l’exercice, il n'adopte jamais une posture de star. Même quand il est entouré de ses amis Carole Fredericks et Michael Jones, et quels que soient les événements, Goldman reste simple. Le chanteur est là au contact de ses fans qui l’ovationne alors que lui-même souffre de sa dualité, partagé entre un rapport fraternel avec le public et son statut de star de la chanson française, qu’il n’assume pas, et qui le renvoie directement aux craintes éprouvées durant l'enfance.

Jean-Jacques Goldman est avant-tout un bosseur, un homme qui travaille aussi bien dans l’intimité de sa maison qu’au contact de l’équipe qui l’entoure. Chez lui, rien n’est scientifiquement calculé ou prévu. Ce sont les notes qu’il prend au quotidien et son sens de l’observation qui lui permettent d’alimenter la créativité. Cette authenticité, il la forge à la façon d’un autodidacte, de manière empirique, jusqu’à nous faire observer les dérives que conditionne parfois l’écriture : « Quand on écrit, on ment avec nos propres façons de mentir et donc, d’une certaine façon, on est nous-mêmes. »


LA PART DU SUCCÈS ET DE L’OMBRE

En 1985 la chanson « Je marche seul » apporte une réponse aux attaques conduites par la presse à son égard : des mots cruels, des phrases blessantes, jusqu’à la contestation de ses succès par quelques journalistes désireux de l'évincer et de le voir tout abandonner. Mais Goldman n’est pas dupe, il sait trop bien que la notoriété entraîne des revers et que les critiques développent des tactiques souvent agressives pour de mauvaises raisons.

Ce bras de fer permanent avec la presse aura que peu de conséquences sur sa carrière. Compris ou incompris, estimé ou pas, et à l’inverse d’autres chanteurs de sa génération, Goldman ne semble pas souffrir de cette division de ressentiments qu’il provoque.

Peut-on être aimé, adulé et à la fois haï et méprisé ? Il est évident que d’avoir à évoluer au milieu d’un troupeau de penseurs et de philosophes, entre critiques et bons mots, et d’artistes débutants ou confirmés, la seule attitude à avoir est de s’adapter vis-à-vis des événements. Jean-Jacques Goldman l’a assurément compris depuis son premier succès. Cela lui a permis de conserver une image positive quelles que soient les attaques personnelles et de continuer à inscrire des titres en haut du Top 50. Ainsi, quand en 1987 paraît son double album « Entre gris clair et gris foncé », celui-ci se trouve directement au sommet en devenant le porteur d’un creuset de quelques tubes : « C’est ta chance », « Elle a fait un bébé toute seule », et surtout « Là-bas » qu’il chante en duo avec Sirima et qui, une fois de plus, est en prise avec l’actualité en ayant pour thème l’exil.


LE TRIO GOLDMAN/FREDERICK/JONES

Les premières années 90 seront celles de la complicité amicale. Jean-Jacques Goldman abandonne la carrière solo pour le trio 'Goldman/Fredericks/Jones'. Le guitariste et chanteur Michael Jones, qui était déjà là du temps de Tai Phong, constitue avec la chanteuse Carole Fredericks et Jean-Jacques Goldman un trio qui mise sur l’attelage des voix pour asseoir un répertoire des plus variés. Goldman, le solitaire, avait besoin de retrouver les sensations du passé, celles des joies apportées par la musique en groupe.

Une fois de plus, la démarche du chanteur surprend et se trouve à l’opposé de ce qu’on attend d’une star installée. Alors qu’il est au sommet, il envisage de changer de cap pour se produire avec un ami gallois de longue date et une chanteuse noire américaine proche, par la voix, du blues et du rhythm and blues... mais le pari audacieux fonctionne, et le trio fraîchement composé sort en 1990 un premier album intitulé tout simplement : « Fredericks Goldman Jones ».

Pour Jean-Jacques Goldman, ce trio-là est porteur de nouvelles inspirations, de nouveaux accostages. À l’évidence, ce triptyque original a déterminé des choix musicaux que l’artiste seul n’aurait certainement pas envisagé (« Né en 17 à Leidenbstadt » ou « À nos actes manqués »). Le trio récidivera en 1993 avec l’album « Rouge », dont le titre trouve son inspiration dans les événements de la chute du mur de Berlin arrivés deux ans plus tôt. Jean-Jacques Goldman y verra la fin d’une expérience et d’une idéologie toute dévouée au communisme, mais aussi une occasion rêvée d’inviter dans le disque ce qui symbolise pour nous, les occidentaux, la musique russe chanté : celle des chœurs de l’armée rouge.


JEAN-JACQUES GOLDMAN, LE COMPOSITEUR ET PRODUCTEUR

Au milieu des années 80 et parallèlement à sa carrière de chanteur, Jean-jacques Goldman commence à œuvrer pour d'autres artistes. Tout ce qu’il va alors aborder va se transformer en réussite exemplaire : auteur compositeur et producteur pour Johnny Hallyday (album « Gang » - 1986), auteur compositeur et coach pour Céline Dion (album « D'eux » - 1995), organisateur des spectacles pour les « Restos du cœur » … Toutefois, ces nombreuses activités fructueuses dans lesquelles il s’investit, l’éloigne progressivement de sa propre carrière de chanteur. Doit-on alors y voir un signe annonciateur quand, en 1997, parait son album « En passant » (1997) ?

Le disque se veut intimiste, introspectif même, et extrêmement personnel en se rapprochant des valeurs existentielles, de la vie et de l’amour (« On ira », « Quand tu danses », « Les murailles »). Dans les vingt années qui vont suivre et qui nous conduise à aujourd’hui, Jean-Jacques Goldman comprend que sa carrière est arrivée à un tournant, que le jeune-homme n’est plus et qu’il faut envisager la suite autrement.

À l’entrée du 21e siècle, l’auteur et compositeur Goldman est arrivé à sa maturité, et cette maturité est libératoire. Elle libère petit à petit l’homme de ses tourments. Névrose, peur du regard de l’autre, problème de communication… Goldman déballe alors, face aux caméras, quelques jardins secrets.

En 2001 paraît son dernier album, « Chansons pour les pieds ». Goldman a alors 50 ans. Cet album n’est ni une revanche, ni un testament, ni un exutoire en point d’orgue, tout au contraire. Le titre de l’album est révélateur. L’auteur et compositeur l’a conçu dans un esprit festif, avec pour intention première de faire danser les gens. « Chansons pour les pieds » est en effet un hommage aux musiques de bal : « Et l'on n'y peut rien », « Tournent les violons », « Ensemble », etc.

L’année suivante, alors qu’il présente l’album sur scène, personne ne prend alors conscience que le chanteur entame sa dernière tournée. La communion avec le public sera totale, au point que seize ans après, la « génération Goldman » s’en souvient encore !


UNE PRISE DE DISTANCE

Malgré la distance prise avec son métier, la popularité du chanteur ne s’est jamais éteinte et il demeure l’une des personnalités préférées des français. Son talent, il n’a eu de cesse de le placer au profit d'œuvres humanitaires et caritatives. Souvenons-nous de la chanson pour ‘SOS Ethiopie’, sa participation au Sidaction, et surtout son rôle en tant qu’organisateur et chef d’orchestre du spectacle ‘Les Enfoirés’.

À 66 ans et après trente ans de fidélité envers son public, le chanteur a décidé de se faire oublier, de passer la main. Il a jugé qu’il n’avait plus le punch ni la créativité nécessaire pour poursuivre l’aventure et qu’il était temps de céder la place à des plus jeunes que lui. Malgré le temps, les époques et les modes, Jean-Jacques Goldman est toujours resté lucide et humble. Sa carrière il l’a toujours poursuivie sans compromis, en étant toujours fidèle à ses valeurs ce qui, dans le métier, est une qualité plutôt rare !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2018)

Visiter le le site officiel de Jean-Jacques Goldman


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