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CHANSON


VÉRONIQUE SANSON INTERVIEW 'LA TOURNÉE AMERICAINE'

Elle va, elle vient, on l'invite sur la "scène française" qui ne se lasse pas de sa présence depuis maintenant plus de 40 ans. Si, en 1972, son premier album s’appelle Amoureuse, ce n’est pas un hasard, car il s’agit bien pour Véronique Sanson d’évoquer l’amour. L’amour pour la musique, mais aussi pour Michel Berger, qui réalise avec soins son premier disque… Mais sa vie bascule du jour où elle rencontre Stephen Stills (du célèbre groupe Crosby, Stills, Nash & Young). Sur un coup de tête, la chanteuse part précipitamment pour les États-Unis. De cette période mouvementée et destructrice sortira trois disques majeurs de sa carrière. Imprégnés de couleurs pop évidentes, les albums Le maudit (1974), Vancouver (1976) et Hollywood (1977) marqueront l’avènement d’une carrière prometteuse qui, depuis, ne s’est jamais démentie. En 2015, sa nouvelle tournée française baptisée « Les Années Américaines » nous fait revivre cette période de folle créativité.


INTERVIEW « LA TOURNÉE AMERICAINE »


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Votre période américaine s’articule autour de trois albums enregistrés entre 1974 et 1977 que vous rejouez à présent sur scène. Pourquoi cette envie de vous replonger dans ces années-là ?

Véronique Sanson : Dans ma musique, cela n’a pas été anodin. Je suis partie de France avec plein de chansons dans mon sac, et c’est une vie toute différente qui m’attendait là-bas, un univers musical différent... Mes années américaines marquent mon évolution rapide de ce que j’ai composé par la suite.

Vous dites que cette période a changé votre musique et votre destin…

Véronique Sanson : Je suis partie extrêmement brutalement de France pour me retrouver dans un monde que je ne connaissais pas.

Tout ça pour un coup de cœur envers Stills, le leader du groupe américain Crosby, Stills, Nash and Young… Pour vous, cela commence un soir de 72 quand vous découvrez son groupe Manassas à l’Olympia…

Véronique Sanson : C’était l’époque où il y avait des clans. Le clan Beatles, le clan Rolling Stones… Et moi, je faisais partie du clan Beatles à fond. Je suis allé voir son spectacle à reculons, pourtant j’ai trouvé ça magnifique. C’était un homme de scène fabuleux et un bluesman inouï…

L'histoire n’est pas qu’une légende… Vous sortez du studio pour acheter des cigarettes et vous ne revenez pas…

Véronique Sanson : Oui, mais je n’en fais pas mon bâton de maréchal. Croyez-moi. Mais c’est vrai.

Et puis voilà, c’est le coup de foudre et vous partez le rejoindre aux Etats-Unis…

Véronique Sanson : Nous nous sommes installés très vite dans un endroit qui n’est pas évident, dans le Colorado à 3000 mètres d’altitude. Il y avait des petites bouteilles d’oxygène dans toute la maison pour les gens qui n’étaient pas habitués, car il arrivait qu’ils tombent dans les pommes. Là-bas, je n’avais qu’une seule chose à faire, c’était de me mettre au piano, et je composais, je composais, jusqu’au moment où je me suis dit que j’étais prête à aller en studio pour faire un disque.

Au sein de tous ces musiciens américains, à aucun moment vous vous êtes senti la petite française ?

Véronique Sanson : Pas du tout. Eux, ce qu’ils écoutaient, c’était la musique que je faisais. Ils s’en fichaient que je sois une femme et une française.

En tout cas, ce travail en studio va accoucher de ce que beaucoup considère comme votre chef-d’œuvre, l’album intitulé Le Maudit. Dans la chanson On m’attend là-bas, vous écrivez ce départ pour l’Amérique. C’est bien ça ?

Véronique Sanson : On m’attend là-bas, ça veut dire que chaque fois que je suis dans un endroit, j’ai envie d'en changer... On ne m’a jamais reproché ce départ précipité de la France car je revenais toujours pour faire, par exemple, la promotion de mes disques ou faire des tournées. Donc, je n’étais pas totalement parti, même si je n’habitais plus en France.

Véronique, il y a une chose qui vous définit bien, c’est votre voix si singulière, reconnaissable entre toutes.

Véronique Sanson : Pour moi, c’est insupportable d’écouter les versions studio des premiers albums.

Il y a surtout ce vibrato…

Véronique Sanson : Je me disais : « Pourquoi Diane Warwick sait le faire et pas moi ? » Je crois que j’ai dû tellement le vouloir, que mon ange gardien perso à fait en sorte que j’y arrive à peu près, mais en vibrant à la croche. Aujourd'hui, c’est insupportable d’écouter ça. Par contre j’aime bien ma voix actuelle.

Pendant cette période américaine, vous avez écrit une chanson qui s’intitule Ma musique s’en va. Est-ce que vous avez eu peur justement que votre musique s’en aille, de perdre l’inspiration ?

Véronique Sanson : J’ai toujours peur de ça. En fait, j’ai peur de moi, de ne plus être inspiré.

Vous avez souvent pensé à arrêter ?

Véronique Sanson : Oui, tous les jours j'y pense. (rires) Tous les jours avant de monter sur scène, je me dis : « Pourquoi est-ce que je n’ai pas fait crémière ? ». Mais finalement, je sais que je ne pourrais jamais m'arrêter, à moins que l’on me vire à coups de pied au cul.

C’est plus fort que vous… En tout cas, en 1974, vous décidez de revenir vivre un peu en France, et c’est au studio du Château d’Hérouville, non loin de Paris, que vous enregistrez l’album suivant, Vancouver ; un endroit chargé d’une folle histoire que l’on doit aussi à son propriétaire, le compositeur Michel Magne ; un studio qui a vu passer David Bowie, les Pink Floyd , les Stones ou encore Elton John. Quels sont les souvenirs que vous gardez de cet enregistrement ?

Véronique Sanson : Hérouville, c’est pour moi un souvenir assez bizarre, car à l’époque je n’avais pas envie de travailler, et Bernard Saint-Paul qui était mon producteur était si désarmé qu’il m’a enfermé à clé dans une immense pièce avec un piano, une feuille de papier et un crayon jusqu’à ce que j’écrive la chanson Vancouver. Je dois reconnaître qu’au début, je l’avais mauvaise.

Dans votre album Vancouver, il y a une chanson, Sad Limousine, qui raconte la difficulté à vivre avec Stephen Stills quand il vous laisse par exemple en plan au beau milieu de la nuit…

Véronique Sanson : Je me suis retrouvé dans cette limousine toute seule, à 4 heures du matin, à San Francisco, et c’est ça qui m’a donné l’idée d’écrire cette chanson, avec des mots discrets d’ailleurs, car si j’avais écrit ce que je pensais, je crois que l’on aurait fait interdire le disque.

C’était une vie tourmentée, une vie faite d’excès ?

Véronique Sanson : Le fin du fin, c’était de boire, de prendre de la dope, et c’était tellement normal chez tout le monde. C’était l’époque du « Peace and Love ».

Stephen Stills vous aura permis de rencontrer une de vos idoles, Paul McCartney.

Véronique Sanson : Oh la la ! Je n’ose pas y penser. C’était à Londres et j’avais mon fils avec moi. Cette nuit-là, il avait braillé toute la nuit, et juste au moment où j’arrive à me rendormir, j’entends du piano en bas. Je descends avec les cheveux en pétard, en pyjama et de mauvais poil. Je dis « Vous pouvez pas arrêter un peu vos conneries ! » Et Stills me présente alors Paul McCartney et Linda McCartney. C’était dément, car c’était un rêve et un cauchemar en même temps.


ON M'ATTEND -LA-BAS (live - 2014)


En 1977, vous enregistrez votre troisième disque Hollywood au studio "Crystal Sound", et une légende de la soul avait ses petites habitudes là-bas, Stevie Wonder. Il venait d’enregistrer The Song of the Key of Life. Vous saviez qu’en venant dans ce studio, c’est ça que vous alliez chercher d’une certaine manière ?

Véronique Sanson : Oh ! Non. Je ne vais pas dans un studio parce qu’un tel y est allé, comme je ne suis pas allé dans un studio de Londres parce qu’Elton John y était allé. Non, je ne l’ai pas fait exprès… sauf qu’un jour, alors qu’on était en train de faire des voix, on a frappé à la porte. C’était Stevie Wonder et ses compagnons qui sont entrés en demandant : « Est-ce que je pourrais enregistrer le piano qui me manque ? Je sais que vous êtes en train de travailler, mais c’est terrible car c’est le seul moment de libre que j’ai. »Et il a joué son morceau de piano. C’était magnifique. J’avais la voix de prise et comme il l’a entendue, il m’a dit « Je connais un médicament formidable qui remet la voix en état en quelques secondes. Je pars en Louisiane et je vous le ferais savoir. » Et le lendemain, il téléphonait au studio pour me dire le nom du médicament.

Et ça marche bien ce médicament ou pas ?

Véronique Sanson : Je crois que oui, tout simplement parce que c’était lui qui me l’avait donné (rires)

Quel a été votre premier choc musical ?

Véronique Sanson : Avant les Beatles, ça a été Gershwin, mais aussi Ray Charles. Je me souviens d’avoir acheté en même temps Hit the Road Jack de Ray Charles et Chez Laurette de Michel Delpech et, six huit mois plus tard, j’avais acheté le premier coffret de Brassens… C’est formidable d’aimer toutes les musiques. Toutes les musiques apporte quelque chose et font bouger quelque chose.

Qu’elle est votre dernière grande émotion musicale ?

Véronique Sanson : un type qui s’appelle Charles Pasi. Je l’ai trouvé extraordinaire et j’ai eu un gros coup de cœur pour lui. J’aimerais tellement qu’il vienne faire ma première partie dans ma tournée, alors là, j’adorerais ça…

Propos recueillis par L. T.

(Cadence Info - 02/2015)

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