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CHANSON


MICHEL DELPECH, SES GRANDS SUCCÈS ET LEUR HISTOIRE

En 45 ans de carrière Michel Delpech a multiplié les tubes. Tout est allé très vite pour lui. Il n’a que 18 ans lorsque le public le découvre avec son costume sage et ses cheveux courts, nous présentant une certaine Laurette. Entraîné dans un véritable tourbillon musical, il enchaîne tournée sur tournée et vole de succès en succès. Sa carrière est lancée et les fans en redemandent. Ses chansons, comme il l’aime les écrire, sont de véritables histoires auquel chacun peut s’identifier. Des tranches de vie réalistes, ciselées, avec une sensibilité à fleur de peau. Comment sont nés tous ces tubes ? Quelles sont ses sources d’inspirations et pourquoi ses chansons plaisent-elles à toutes les générations ? Michel Delpech nous dévoile leur histoire et anecdotes…


MICHEL DELPECH, UN PANORAMA DE SES GRANDES CHANSONS

« Les premières chansons naissent assez facilement, mais après cela devient plus difficile. Il faut aller piocher dans les souvenirs, dans le vécu. C’est parfois du travail pour arriver à trouver la phrase juste et simple, celle qui va poser le moins de problèmes, de questions, en allant directement au but. Il ne faut jamais que le travail apparaisse, même si la chanson a demandé beaucoup d’efforts. Il faut au bout du compte qu’elle donne l’impression qu’elle a été écrite en quelques minutes. »


CHEZ LAURETTE (1965)


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Premier succès du chanteur, Chez Laurette est une valse lente où pointe la nostalgie de la jeunesse.

Michel Delpech : Après mon premier disque (NDLR : Anatole, Le bal est fini…) enregistré chez "Vogue", maison de disques qui a disparu maintenant, j’avais été viré parce que je n’avais rien vendu. À l’époque, j’avais abandonné mes études au lycée. Je n’avais aucun projet, aucun concert en vu. Mes parents étaient désespérés de me voir poursuivre dans cette voie, mais moi je pensais que j’allais rebondir.

J’allais traîner dans les maisons de disques pour savoir si on avait besoin de quelqu’un, de quelque chose. Je voulais être là, comprendre comment les choses se passaient. Et c’est dans cette période que j’ai rencontré les Surfs qui était un groupe de Malgaches qui avaient fait deux ou trois tubes.

Je les avais accompagnés en tournée et cela m’a permis de pénétrer dans la maison de disques qui était la leur, "Festival". Là, j’ai pu faire un autre disque qui n’a pas marché, mais qui était plus élaboré que le premier, et puis, au troisième essai, on a fait Chez Laurette.

Concernant l’histoire de la chanson, il y avait un bistrot en bas de chez moi. J’étais tout môme. Ma mère me confiait parfois à la personne qui le tenait, Christiane, que j’adorais. Et puis, il y avait un autre endroit, une brasserie qui se trouvait non loin du lycée que je fréquentais, à Pontoise, et dans lequel on se réunissait en attendant de prendre le train pour rentrer chez nos parents. Ces deux endroits étaient les seuls de mon vécu de l’époque... J’ai 17 ans quand j’écris cette chanson. Evidemment, le seul vécu, c’est le lycée, le collège. Il n’y a pas grand chose d’autre à raconter… alors je raconte ça !


INVENTAIRE 66 (1966)

« Et toujours le même président » chante Delpech en conclusion de couplet. Une chanson qui parcourt les quelques événements majeurs et mineurs de l’année 66.

Michel Delpech : C’est un tout de ce qui se passait à ce moment-là. La chanson a été écrite à toute vitesse. Pour trouver une vingtaine d’événements parmi tout ce qui se passe dans une année, il y en a trop. Aussi, le choix s’est porté sur des choses parfois insignifiantes qui nous venaient à l’esprit.

Inventaire 66 était la deuxième chanson connue et elle avait intéressé Barclay. À cette époque la majorité était à 21 ans et moi j’avais exactement 20 ans, donc le contrat devait être signé par mon père. Il exerçait un métier qui était très difficile, très salissant. Il était polisseur. Avec Barclay, les choses se faisaient rapidement. Il m’avait octroyer une voiture qui était la sienne, une Cadillac, avec son chauffeur. Quand j’ai débarqué dans la cour de l’atelier de mon père, j’étais excité, je jubilais. Mon père était intimidé. Ce n’était pas son monde, et il a signé sans lire. C’était une scène que j’ai vécue sur le moment comme une victoire, mais qui, aujourd’hui, me fait un sale effet car c’était inutilement provocant. Avec l’âge, on revoit ses scènes où l’on n’a pas été nickel, comme des choses négatives.


62, NOS QUINZE ANS (1972)

Souvenir des vacances au bord de la mer dans les Landes.

Michel Delpech : Il faudrait que je repense à l’école, comme ça… Il y a des choses que l’on ne devrait jamais abandonner. C’était les vacances au bord de la mer dans de petites locations saisonnières. C’était très doux finalement. Only You, les Platters, les premières cigarettes, les films interdits au moins de 18 ans. J’aime bien cette chanson, même aujourd’hui et même si tout est obsolète, elle a conservé un certain parfum.


WIGHT IS WIGHT (1969)

« Hippie hippie pie »… Chanson inspirée par les grands rendez-vous des festivals pop. Celui de l’île de Wight succéda à Woodstock.

Michel Delpech : Je ne savais pas en écrivant la chanson qui était dans le festival de l’île de Wight, à part Dylan, qui en avait été le point de départ. Par la suite, on m’a fait remarqué qu’il n’y était pas, mais cela n’a pas dérangé grand monde non plus.

Comme je n’étais pas allé à l’île de Wight, ma maison de disque voulait absolument illustré cette chanson. Devenu un tube monumental, on m’avait demandé de partir en Belgique où se tenait un festival de musique rock. Sous un chapiteau, on me prenait en photo devant tout un tas de types qui ne me connaissait même pas, des groupes allemands, anglais qui étaient à moitié « stone ». C’était absolument ridicule ! Je n’ai jamais voulu que ces photos soient publiées.


POUR UN FLIRT (1971)

« Pour un flirt avec toi, je ferais n’importe quoi, pour un flirt, avec toi. » deviendra l’un des refrains les plus chantés de l’année 1971.

Michel Delpech : On départ, on avait une chanson très sérieuse dont le titre était emprunté à Colette, Le blé en herbe, qui parle de l’adolescence et que l’on trouvait très belle. Et puis, il nous fallait une deuxième face que l’on n’avait pas. Avec le compositeur Roland Vincent on se met au boulot pour combler le vide et l’on a juste un petit truc composé de trois mots. Roland se met à pianoter et il bâtit sa musique que l’on trouve charmante, gaie, sympa.

On enregistre la première chanson dite « très belle ». Tout va bien… Et puis, en s’amusant beaucoup, puisqu’il n’y a pas d’enjeu, peu à peu, on construit la seconde chanson. On fait venir un trompettiste. Vincent écrit quelques notes qui seront reprises un peu partout, etc. Notre travail est tellement détaché, sans crainte, que finalement on produit quelque chose de bien... Souvent, c’est quand on est absolument détendu que l’on parvient à taper dans la cible. Il existe un bouquin qui s’appelle Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, qui dit que c’est quand on ne fait pas d’effort que finalement on tape dans le mille.

Quand la chanson sort, 10 jours après, tous les pays européens me contactaient. J’étais stupéfait que les gens se jettent là-dessus. Je ne voyais pas l’impact du morceau. Je pensais que c’était sympathique sans plus. Je me disais tout le monde se trompe et puis, finalement, cela à exploser de partout, dans les charts.


QUE MARIANNE ÉTAIT JOLIE (1973)

Michel Delpech : Je me souviens que l’on entendait déjà dire un peu partout que la république était en danger, que tout foutait le camp… Je n’ai jamais considéré que j’avais à traiter des thèmes. Nous les trouvions sur le tas. Une chanson, c’est surtout un bon angle à trouver. On peut tout traiter. Cela n’a pas besoin d’être très important. Comme ça sonne, c’est ça le plus important. Cela pourrait être des onomatopées... Je ne demande pas à une chanson qu’elle m’apprenne quelque chose, qu’elle me satisfasse intellectuellement, je lui demande de me satisfaire physiquement. C’est tout.


LES DIVORCÉS (1973)

Les divorcées, qui traite des enfants du divorce, sera une chanson qui s’inscrira parfaitement dans les nouveaux bouleversements de la société des années 70.

Michel Delpech : Je l’ai écrite avec Jean-Michel Rivat qui était en plein dans cette situation. Nous étions tous les deux concernés. Moi, je sentais l’histoire venir et lui était déjà dedans. Une partie de la maison de disques n’y croyait pas. Un seul y croyait, c’était Eddy Barclay en personne. Tout son staff détestait ça en disant : « Non, ça ne lui ressemble pas de chanter ça. ». La presse nous accusait de démagogie, qu’un divorce ce n’était jamais comme ça, que c’était forcément à « coups de poing » que cela finissait. Des choses qui sont absolument insignifiantes et qui ne feraient pas l’objet d’un entrefilet aujourd’hui.


LE CHASSEUR (1975)

Sujet sensible et thème rare dans le domaine de la chanson, Le chasseur place l’homme et son chien au cœur de la nature. L’homme au fusil renonce pour devenir le fin observateur de son environnement.

Michel Delpech : N’étant pas chasseur et n’ayant pas observé exactement le comportement des perdreaux pendant qu’ils sont traqués, je ne savais pas qu’ils rasaient les champs de blé et qu’ils n’allaient jamais dans les nuages. Pour Jean-Michel Rivat et moi, quand on a écrit la chanson, cela nous arrangeait bien qu’ils s’en aillent dans les nuages, parce que qu’est-ce qu’on aurait fait sans cette rime ?

La chanson est un peu liée au Loir et Cher. C’est une période où je racontais un peu mes souvenirs d’enfance passés en Sologne. Je savais que le rêve de mon père était de retrouver ses racines, de se retrouver dans son village. J’avais acheté un petit rendez-vous de chasse avec quelques hectares qui leur était destiné. Puis, malheureusement, ils n’ont jamais pu y habiter en raison d’un incendie à la fin des travaux… Beaucoup de bruits ont couru parce que la chanson avait du succès et qu’elle était diversement appréciée des chasseurs ; mais personnellement, je n’ai jamais cru à cette théorie comme quoi les chasseurs auraient été responsables de cela. Avec le temps, ils ont vu que mes intentions n’étaient pas anti-chasse, que je n’avais l’intention que de faire une peinture d’un paysage, d’une atmosphère. C’était la seule ambition de la chanson.


QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR (1976)

Chanson fétiche dans la carrière de Michel Delpech, Quand j’étais chanteur devait être chanté en anglais par Elvis Presley, mais sa mort soudaine mit fin au projet.

Michel Delpech : Au départ tout est né d’une rigolade au sein de l’équipe que je formais avec Jean-Michel Rivat. Nous nous sommes amusés à nous projeter dans un futur qui était loin à l’époque. Cette chanson est très intéressante car je suis à quelques années de l’échéance. Elle prend donc un sens différent au fil du temps et elle m’oblige à une interprétation qui évolue. Quand on a 30 ans et que l’on chante ça, on est le maître du monde, et puis, lorsque le temps passe, on s’approche des fameuses 73 ans de la chanson qui ne sont plus très loin. Il faut alors trouver le truc pour l'interpréter.


LE LOIR ET CHER (1977)

Michel Delpech : L’histoire de la chanson Le Loir et Cher avec « On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue / On dirait que ça te gêne de dîner avec nous. » c’était du non-dit. Personne ne m’a jamais reproché dans ma famille ouvertement de ne plus penser à eux, mais une sorte de fossé s’était creusée par ma faute. Ils ne savaient pas trop quoi penser de tout ça. Il me voyait aller et venir. À l’époque, je n’étais pas dans une grande forme et il me fallait puiser dans mes réserves pour avoir assez d’énergie pour chanter la chanson… C’était une époque où je n’avais pas trop de choses à dire. Je parlais à moi-même. J’étais dans mon « truc » de chanteur.


LOIN D’ICI (1984)

Michel Delpech : Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas enregistré, et c’était la première fois que j’entrais au "Top 50" puisqu’il n’existait pas avant. Loin d’ici est une chanson à laquelle je n’ai pas participé, et j’avais un peu de mal à m’identifier à son personnage sans savoir pourquoi. C’est mon épouse qui m’a convaincu de la faire.


JE PASSE À LA TÉLÉ (2009)

Michel Delpech : C’est l’histoire d’une femme qui n’est plus tout jeune et qui, par désœuvrement, arrive sur un plateau de télévision pendant une demi-heure et va s’épancher sur sa propre vie.

Faire de la télévision, je trouve que ce n’est pas facile. C’est un peu inhumain. Je n’ai jamais aimé beaucoup ça, sans que cela soit pour autant une épreuve insurmontable. Je le fais, c’est mon boulot. Je sais le faire, mais je ne prends pas un plaisir fou à faire une émission télévisée…

Des gens très bien sont sortis de la télévision comme Camélia Jordana, Christophe Willem. Tous ces gens-là ont de la personnalité. Je n’ai rien contre, sinon que la plupart du temps je vois que les professeurs qui s’en occupent sont souvent des « docs », et que ce n’est jamais ce qu’il faut faire pour que ça marche. C’est toujours par hasard quand ça fonctionne...

Est-ce que le public s’attachera dans le futur à des chanteurs, à des chansons. Ce n’est pas sûr du tout. J’ai l’impression, au contraire, que l’on va vers quelque chose de plus éphémère, du domaine des « coups ». Il y a aura encore quelques chanteurs des générations qui m’ont suivi, qui vont pouvoir s’inscrire dans la durée, mais cela sera du domaine de la consommation, de l’immédiateté, pas forcément dans l’attachement, et ce, quel que soit leur talent. Donc les longues carrières que nous avons faites, nos aînés, Aznavour et compagnie, je ne sais pas si cela sera encore possible.

Je ne me délecte pas du passé. La seule chose qui me reste d’important, c’est ces chansons, ces chansons que nous avons faites avec beaucoup de passion et qui ont été de grands succès, qui se sont succédées, et qui m’ont apporté énormément d’énergie, de joie. C’est ça qui reste, mais la manière de vivre de ces années-là, je n’en ai aucune nostalgie parce qu’en fait on vivait sans avoir conscience de ce qu’on faisait, et que c’est pas une vie.

Propos recueillis par P. Thuillier (Cadence Info - 07/2015).


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