CHANSON


JOHNNY HALLYDAY : ‘NOIR C’EST NOIR’, HISTOIRE DE LA CHANSON

En 1966, Johnny chantait « Noir c’est noir / Il n’a plus d’espoir / Oui, que c’est gris / C’est fini oh, oh, oh, oh. » Ces paroles dues à la plume de Georges Aber témoignaient de l’une des pires périodes de la vie de l’idole des jeunes. Professionnellement, rien n’allait plus. Le chanteur était en perte de vitesse, et côté vie privée, ce n’était guère mieux…


‘NOIR C’EST NOIR’ UNE ADAPTATION AU TEXTE CIBLÉ

En 1966, personne ne redoute une fin de carrière annoncée, comme le proclame si bien le chanteur Antoine dans sa chanson Les élucubrations qui cite un « Johnny en cage ». Les faits sont là. Johnny a des dettes et le fisc n’hésite pas à le lui rappeler (400 millions d’anciens francs). Son dernier disque n’ayant pas reçu le succès escompté, la réalité le rattrape... et la sphère privée aussi ! Avec Sylvie Vartan, rien ne va plus et le mot « divorce » revient dans les conversations.

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Le proche entourage est au courant, mais le chanteur doit poursuivre et, durant l’été 1966, il part à Londres pour travailler sur son prochain disque. Dans le pays des Beatles, une chanson passe et repasse sur les ondes, Black is Black interprété par un groupe totalement inconnu, Los Bravos.

À l'époque de Black is Black, la période yéyé est déjà sur le déclin, mais elle conserve encore quelques habitudes, quelques vieilles recettes. Chez les jeunes, tout ce qui est bon ne peut provenir que du sol anglais et américain, et comme de plus les titres français qui "marchent" sont peu nombreux, Claude François, Johnny Hallyday et bien d'autres chanteurs saisiront leur chance en adaptant un maximum de tubes venus d'outre-Atlantique.

Pour Georges Aber, fidèle parolier de Johnny, le rapprochement est vite fait entre le texte original de Black is Black chanté par le groupe ibérique et la situation que traverse Johnny.

Pour s'en convaincre, la traduction des premiers vers de la version originale... « Black is black (Noir c'est noir) / I want my baby back (Je veux que mon ‘bébé’ revienne) / It's gray, it's gray (C'est gris, c'est gris) / Since she went away, Ooh Ooh (Depuis qu'elle est partie, Ooh Ooh) / What can I do (Que puis-je faire) », est très proche de la version française... « Noir c'est noir / Il n'y a plus d'espoir / Oui gris c'est gris / Et c'est fini, oh, oh, oh, oh / Ça me rend fou / J'ai cru à ton amour / Et je perds tout. »

Néanmoins, alors que l’interprétation par Los Bravos est teintée d’une certaine ironie, celle de Johnny baigne dans le pessimisme le plus total. Johnny ne triche pas ou ne souhaite pas tricher. L’âme du rockeur expose dans les mots chantés ce qu’il traverse.

Johnny Hallyday dans le scopiton de la chanson 'Noir c'est noir'

UNE CHANSON ENREGISTRÉE AU PAS DE COURSE

Georges Aber est bien décidé à imposer cette chanson, mais avant de l'enregistrer, il est nécessaire d'obtenir les accords d'un éditeur. Pressenti au départ pour être interprété par Frank Alamo (alors vedette des disques Barclay), Gilbert Marouani (le principal collaborateur des éditions ‘Eddie Barclay’) accepte la proposition de Georges Aber de céder le titre à Johnny sous réserve que la chanson soit enregistrée rapidement. Or, à Londres, les séances qui avaient démarré quelques jours plus tôt se déroulent dans une ambiance fort peu conviviale. Johnny, en pleine déprime, a bien du mal à s’investir totalement.

Au moment de plier bagage, pressé de partir, tout le staff avait oublié la chanson Noir c’est noir sauf Aber qui, n’en démordant pas, pressentait que cette chanson-là ferait un carton. Johnny, interprète hors-pair, était capable de transcender les paroles de n’importe quelle mélodie, et c’est pour ça que son public l’aimait aussi. Mais le chanteur n’avait pas le cœur à l’ouvrage et il a fallu toute la persuasion de Aber, pour qu’en dépit de son moral, Johnny accepte de l’interpréter en quatrième vitesse avant la « mise en boîte » de l’album.


JOHNNY HALLYDAY : 'NOIR C'EST NOIR'

Noir c’est noir est enregistré en une seule prise. Dans le studio, tous les gens présents sont impressionnés par sa performance en écoutant le chanteur saisir chaque mot à la volée. À sa sortie, le rythme martelé, le riff des cuivres et le refrain aussi court qu’efficace suffisent. La presse évoque le titre comme une renaissance de l'artiste tandis que les fans découvrent la chanson Noir c’est noir sur les ondes. Malheureusement, il en va autrement pour Johnny. Le chanteur venait de se livrer à scénario qui aurait pu tourner au tragique, en tentant de se donner la mort le 10 septembre 1966. Hallyday, après être sorti d’une cure de sommeil, découvrait le succès retentissant de cette chanson qu'il faillit ne jamais interpréter sans la dévotion de son auteur et ami Georges Aber.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2021)

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