CHANSON


CLAUDE FRANÇOIS : 'BELLES, BELLES, BELLES', L'HISTOIRE DE LA CHANSON

1962. La vague yéyé vient de déferler sur le territoire. Toute une jeunesse danse au son du madison, du twist et du rock, comme emportée par cette nouvelle génération de jeunes chanteurs qui traversent le petit écran et qui rebondissent sur les scènes hexagonales. Parmi les Johnny, Sylvie, Richard ou Frank, un parfait inconnu tente désespérément d’accrocher le public avec une chanson dans laquelle il croit. Il s'appelle Claude François, et pour lui toutes les filles sont Belles, belles, belles.


DU TEMPS DES YÉYÉS…

Le répertoire des chansons yéyés s’illustre à travers de nombreuses adaptations venues des États-Unis, du rock'n'roll notamment. Les jeunes Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Dick Rivers sont les plus déterminés à faire vivre les guitares électriques sur notre sol. Néanmoins, d’autres artistes seront plus attachés à faire découvrir aux jeunes de leur âge les musiques rhythm and blues et soul en provenance des labels 'Stax', 'Miracle' et Motown. Claude François ne s’en cachera pas et une bonne partie de ses premiers succès seront des adaptations de la Tamla, l’écurie de Berry Gordy.

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© Joost Evers - National archive hollandaise - Claude François (Amsterdam 1965)

Soumise à cette influence venue des États-Unis, la chanson Belles, belles, belles n'y échappera pas en ayant déjà eu une première vie sous le titre Made to love. Composée par Phil Everly, elle sera interprétée par les Everly Brothers en 1960, avant d’être reprise un an plus tard sous le titre Girls, Girls, Girls (Made to Love) par Eddie Hodges.

En France, trouver les personnes capables d’adapter toutes ces chansons qui arrivent en grand nombre des États-Unis et d’outre-Manche n’est pas une mince affaire. Si musicalement il existe peu de problèmes, ce n'est pas le cas des paroles qui, une fois traduites et analysées, doivent rimer en français. Cette exigence obligera les adaptateurs à détourner les idées originales. Le fait sera coutumier, presque une habitude dans un pays où la littérature trouve si souvent l'occasion de s'exprimer avec force dans un art délivré de ses accents mineurs.

Ce sont les éditeurs qui sont chargés le plus souvent de trouver la perle rare, le parolier qui ne manque pas d’idées et d’audaces. Chargé de repérer les chansons qui marchent en tête, le fondateur des Éditions Régent, Rudy Revil, avait repéré une certaine Vline Buggy qui venait d’adapter le titre C’est pas sérieux pour les Chats Sauvages. Contactée, elle se retrouve dans la maison d’édition en face d’une pile de disques et pioche un peu au hasard pour finalement choisir deux disques...


‘MADE TO LOVE’ EN ‘BELLES, BELLES, BELLES’, UNE QUESTION D'ADAPTATION

Vline est tout de suite séduite par le titre Girls, Girls, Girls (Made to Love) et son refrain entraînant, mais adapter ce « Girl, girl, girl » en « Fille, fille, fille » sonne à plat aux oreilles. Il faut trouver mieux ! Dans un premier temps, Vline l’adapte en « Rien, rien, rien, que notre amour » et le propose à l’éditeur. Du temps s'écoule... Puis un jour le téléphone sonne avec au bout du fil la maison d’édition qui donne son aval, précisant qu’un tout jeune interprète serait bien décidé à chanter le titre. « Son nom ? », demande-t-elle... « Claude François », répond l'interlocuteur.

Le jeune homme qui vient de débarquer en France depuis deux, trois ans est un parfait inconnu, d’autant que son unique 45 tours signé du nom de Koko est passé à la trappe… Mais le jeune artiste est rempli d’ambition et il sait déjà ce qu’il veut, quitte à apporter quelques modifications au texte de la chanson adaptée.

Vline, qui cherche de son côté à échapper à son job de vendeuse d’électroménager, n’oppose aucune difficulté, espérant toutefois que son imagination fertile trouvera les bons mots… C’est ainsi que le « Rien, rien, rien que notre amour » va se transformer en l’éclatante idée « Belles, belles, belles comme le jour ».

Quelques semaines plus tard le titre est enregistré. Le succès est immédiat. La chanson Belles, belles, belles fait un malheur sur les radios. Claude François ne ménage pas ses efforts pour que la chanson retienne l’attention et force les portes qui lui résistent, dont celle de ‘Salut les copains’. Un sacré tempérament ! Claude François est un bosseur qui ne laisse rien au hasard, allant même jusqu’à coller les affiches promotionnelles de la chanson !


CLAUDE FRANÇOIS : ‘BELLES, BELLES, BELLES’ (1962)
Ce scopitone, ancêtre du clip, tourné par un Claude Lelouch débutant, permet de découvrir Claude François portant le pull-rouge tricoté par sa mère, chantant et twistant dans la neige en compagnie de quelques jeunes femmes.

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Claude François, mais pas encore Cloclo, sait que la concurrence est rude et qu’il ne faut rien laisser au hasard. La chanson entre au hit-parades. Son refrain optimiste s’adresse particulièrement aux adolescents amoureux : « Et puis des filles de plus en plus tu vas en rencontrer /Peut-être même qu'un soir tu oublieras d'rentrer /Plus t'en verras, plus t'en auras, et plus tu comprendras /Dans ces moments, tu te souviendras /Que ton vieux père disait : Elles sont toutes /Belles, belles, belles comme le jour /Belles, belles, belles comme l'amour /Elles te rendront fou de joie /Fou de douleur, mais crois-moi... Plus fou /D'elles, d'elles, d'elles de jour en jour. »

Pour Claude François, la vie roule et il roucoule de bonheur en écoutant la radio passer son titre. Le succès est tel que le concurrent direct des disques Fontana, Eddy Barclay, voudra un temps l’avoir dans son écurie. Poursuivant sur sa lancée, d’autres titres adaptés lui permettront d’asseoir sa popularité : Marche tout droit (Walk right in des Rooftop Singers - 1963), Si tu veux être heureux (If you wanna be happy par Jimmy Soul - 1963), Si j’avais un marteau (If I Had a Hammer par Pete Seeger - 1963) ou encore J’y pense et puis j’oublie (It comes and goes de Bill Abderson – 1964), Le jouet extraordinaire (The marvellous Toy de Tony Paxton – 1965) et J’attendrai (Reach out i’ll be there de Doziez et Holland – 1966).


CLAUDE FRANÇOIS : ‘J'ATTENDRAI’ (1966)
Nous retrouvons ici Claude François quatre ans plus tard après ‘Belles, Belles, Belles’ avec une autre des nombreuses adaptations du chanteur, J'attendrai. L'année suivante, en 1967, sa carrière devait arriver à un tournant avec une chanson cette fois-ci bien française : Comme d’habitude, pour laquelle il signera les paroles avec Jacques Revaux.

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Par Elian Jougla (Cadence Info - 06/2021)

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