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MUSIQUE DE FILMS


MICHEL MAGNE ET JEAN YANNE
Tout le monde il est gentil, tout le monde il est beau

Décapante et extravertie, la musique composée par Michel Magne pour le film Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, offre un parfait contrepoint à la personnalité de son réalisateur Jean Yanne. Nous sommes en 1972, et le film aborde la question de la liberté de paroles dans les médias. Des chansons sur Jésus-Christ vont être le départ d’une mascarade poussée à l’extrême. Et si ce film est avant tout une comédie, la satire dépeinte par Jean Yanne posait déjà des questions bien embarrassantes à une époque où les radioS libres étaient encore absentes des ondes.


JEAN YANNE, UN VISIONNAIRE CAUSTIQUE

Le regretté Jean Yanne avait mis en scène plusieurs films aujourd’hui devenus cultes, des films que la jeune génération découvre au hasard d’une diffusion télévisée ou grâce au DVD. Ces comédies, toutes autant parodiques et caricaturales les unes que les autres, avaient le talent de marier les faits historiques aux faits d’une société bien contemporaine : Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972) passe l’univers de la « radio monopole » à la moulinette ; Moi y’en a vouloir des sous (1973) aborde le monde du syndicalisme et de ses dérives ; Les Chinois à Paris (1974) préfigure à l’image d’Alain Peyrefitte dans son livre ‘Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera’, la remise en cause d’une économie chancelante et la peur d’un monde totalitaire. Enfin, dans Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982), qui est sans nul doute son plus grand succès cinématographique, Jean Yanne démontre, via un anachronisme outrancier, les travers d’une société bien contemporaine, prisonnière de ses déviances, de ses lâchetés et incohérences. Outre la mise en scène, Jean Yanne produisait ses films et prenait le soin d’en écrire le scénario (parfois en collaboration avec Gérard Sire), les dialogues et même les textes des chansons qui habillaient la bande-son.


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Dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Jean Yanne est un journaliste mis sur la touche par la radio qui l’emploie pour être sorti des « rails ». Un poste bidon de « superviseur artistique » lui est proposé. Or, cette nouvelle situation lui donne matière à écrire des chansons sur Jésus-Christ, un sujet à la mode censé dynamiser la ligne éditoriale de la station.

« Jésus-Christ dit aux apôtres ‘‘suivez-moi, marchez sur l’eau’’ / Sans se mouiller les uns les autres, les voilà qui suivent aussitôt / Jésus-Christ a donc, c’est comique / Inventé le ski nautique / Alléluia, alléluia. » chante Christian Gerber, alias Jean Yanne. Bien évidemment cette entrée en matière sera totalement incomprise par la direction ; le président de la station ‘Radio Plus’, Louis-Marcel Thule (Bernard Blier) et son directeur Plantier (Jacques François) émettant leurs plus grands doutes, voire leurs réprobations à l’écoute de tel propos. Mais la mayonnaise prend et le succès est là… Christian Gerber savoure alors sa revanche, tandis que le patronat et les syndicats commencent à s’inquiéter…


MICHEL MAGNE ET LE CHÂTEAU D’HÉROUVILLE

Compositeur éclectique du cinéma français, Michel magne a toujours fait preuve d’une remarquable ubiquité en apposant son nom dans des genres cinématographiques forts différents : le policier (Compartiment tueurs de Costa-Gavras, Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil), l’espionnage (la série des OSS 117), les fresques historiques (la série des Angélique) ou encore les films de comédie ou d’aventure (la série des Fantômas d’André Hunebelle ou Les Tontons Flingueurs et Les Barbouzes de Georges Lautner, par exemple).

Michel Magne était un musicien perfectionniste qui donnait toujours un sens profond à sa musique. Excellent mélodiste, il était à l'écoute de toutes les musiques. Les envolées lyriques, les rythmiques jazz, la musique électronique ou les accents pop n'avaient que peu de secrets pour lui. Il savait habiller ses orchestrations d’instruments divers, sans faute de goût, et sans déborder du cadre. Autant à l’aise dans la conduite orchestrale que dans l’arrangement, Michel Magne était également un spécialiste de l’enregistrement.

À la fin des années 60, son studio au château d’Hérouville donnera lieu à de nombreuses séances historiques. Presque toutes les stars du rock international prendront rendez-vous dans cette grande demeure atypique, et en premier lieu Elton John qui baptisera son cinquième album studio tout simplement Honky Château (1972) pour saluer le travail accompli. Pink Floyd, Cat Stevens, T. Rex, Rainbow, Gong, Grateful Dead, David Bowie, les Bee Gees et bien d’autres sont venus enregistrer dans le studio du château d’Hérouville. Soulignons également le passage de compositeurs comme Michel Colombier, Jean-Claude Vannier ou Jean-Claude Petit qui seront d’efficaces assistants avant de voler de leurs propres ailes.

Pour un compositeur de musique de films comme Michel Magne, le château d‘Hérouville était devenu le rêve d’une vie, malheureusement il sera aussi la source d’une cruelle désillusion quand les dettes pousseront son propriétaire à se suicider un jour de décembre 1984 dans la chambre d’un Novotel de Pontoise.


Jean Yanne / Michel Magne : Tout le monde il est beau


DES CHANSONS À TOUTES LES SAUCES

Entre 1972 et 1974, l’association cinématographique entre le châtelain et l’acteur fétiche de Chabrol allait donner lieu à une délirante explosion créative qui démarre avec Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Jean Yanne le provocateur et râleur, et Michel Magne le compositeur inspiré constituaient une fine équipe. L’ancien personnage de café-théâtre poursuivait sa satire au vitriol comme si tout allait de soi, tandis que la musique de Michel Magne propageait ses diableries sonores sans crier gare. Et ce premier essai fut un coup de maître, car tout ou presque dans le film possède une férocité exemplaire. A commencer par le fonctionnement de la station ‘Radio Plus’ qui est d’un opportunisme mercantile à l’image de son « Jésus-Christ superstar » doté d’une irrévérence la plus totale.

Dans la bande originale, Michel Magne et Jean Yanne profanent les genres musicaux un à un. Le tango est la première victime avec Jésus tango, chanté dans un espagnol à couper au couteau par l’amusante Ginette Garcin. Le rock en prend ensuite pour son grade avec Jésus rends-moi Johnny, une variation binaire de quelques louanges adressées au voisin du dessus. Mais les coups de ballet tombent au champ d’honneur en étant suivis de près par une musique pop mystico-hallucinogène sous la direction de Marcel Jollin, alias Michel Serrault (Tilt pour Jésus-Christ et Ciné Qua Pop). Et comme l’époque est encore aux babas cool, le folk envahit alors la bande-son avec Jésus San Francisco, chanté par Anne Germain, doubleuse de Catherine Deneuve dans les films de Jacques Demy (Les parapluies de Cherbourg, Peau d’âne…) et qui fera les frais de cet outrage, mais avec quel talent !


UNE ÉPOQUE RÉVOLUE

La bande-son de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil est symptomatique d’une période qui laissait libre court à toutes les excentricités. Pourtant, tandis que les arrangements aux couleurs pop de Michel Magne élèvent sa musique au rang d’art et que les textes de Jean Yanne servent fort à propos le film, on regrettera peut-être la dynamique de la variété en « pat d’eph » d’alors qui cherchait des solutions à son avenir (fort heureusement pour elle, l'arrivée de la musique disco arrivera à point nommé). De plus, comme cette BO n'a d'autres prétentions que de nous amuser, nul doute que ses rimes autour de Jésus-Christ n’auront pas à rougir de leur « sainteté ».

Bien évidemment, les tenues, les mœurs et même les idées trahissent le temps. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil porte la signature d'une époque révolue. Aujourd'hui la bande-son est devenue culte, incontournable pour un collectionneur ou un amateur éclairé en raison de sa tonalité et de son sujet de fond. Il faut reconnaître que de telles chansons auraient bien du mal à s'immiscer dans un film actuel, mais il est vrai aussi que leurs créateurs ne sont, hélas, plus là pour me contredire !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2016)


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