CHANSON


PETULA CLARK BIOGRAPHIE/PORTRAIT DE LA CHANTEUSE ET ACTRICE BRITANNIQUE

En France, on retient principalement de la chanteuse britannique Petula Clark ses chansons à succès des années 60 : 'Chariot' de Frank Pourcel, Paul Mauriat et Jacques Plante, 'Downtown' de Tony Hatch et 'La Gadoue' écrite par Serge Gainsbourg. Ces différentes réussites ont eu le défaut d’éclipser de la mémoire collective une carrière qui, en réalité, avait débuté bien des années auparavant durant la seconde guerre mondiale…


PETULA CLARK, LA « SHIRLEY TEMPLE BRITANNIQUE »

Issue d’un milieu modeste, Petula Clark est née le 15 novembre 1932 à Epsom (Surrey) en Angleterre. Grâce à son père, elle découvre le théâtre et rêve de devenir une actrice : « Je voulais être Ingrid Bergman plus que toute autre chose dans le monde » dira t’elle, mais c’est en chantant dans la chorale de la chapelle d’Epsom puis au sein d’un orchestre d'un grand magasin de Bentall à Kingston que son véritable talent va éclore...


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Petula entre très tôt dans le monde du spectacle. Alors qu’elle n’a que 10 ans, elle se fait remarquer à la radio en octobre 1942 en assistant à une émission de la BBC avec son père. Petula Clark : « Pendant la guerre, il y avait un programme sur la BBC pour les enfants dont les pères, les frères ou les oncles se battaient en Europe. Je suis montée sur scène. On a placé une boîte sous mes pieds pour me surélever parce que j’étais toute petite (rires). Je chantais dans le micro et je m’écoutais depuis la régie. Ils m’ont dit : « Est-ce que tu aimerais chanter et faire passer ton message ? » J’ai dit oui. C’était la première fois que l’on entendait ma voix à la radio. »

En 1942, loin de leur famille, les soldats découvrent la voix de Petula chantant Mighty Lak 'a Rose. La petite fille devient rapidement une mascotte par l'armée britannique, les troupes collant ses photos sur leurs chars pour leur porter chance. Celle que l’on surnomme affectueusement « Pet » remontera le moral des troupes avec plus de 500 enregistrements et des dizaines de tour de chant à travers tout le pays en compagnie de son amie Julie Andrews.

À la fin des années 40, celle que l’on surnomme maintenant la « Shirley Temple britannique » se sera produite devant George VI, Winston Churchill et Bernard Montgomery. À la sortie de la guerre, Petula diversifie ses activités. Elle apparaît dans la presse écrite, à la télévision, faisant aussi les beaux jours du cinéma en tournant dans une série de films populaires : Strawberry Roan, I Know Where I'm Going !, London Town ainsi que Here Come the Huggetts, Vote for Huggett et The Huggetts Abroad, les deuxième, troisième et quatrième des quatre films de la famille Huggett.

À gauche : Petula Clark enfant chantant pour la BBC - À droite : Petula Clark en 1960 lors d'une tournée en Hollande (source Lindeboom, Henk/Anefo)

Avec Shirley Temple et Judy Garland aux États-Unies, Petula Clark appartient désormais au club restreint des premiers enfants stars.

En 1949, Joe "Mr Piano" Henderson de la ‘Peter Maurice Publishing Company’ présente Petula Clark au producteur de disques Alan A. Freeman qui, avec son père Leslie, monte le label ‘Polygon Records’ pour lequel elle signera ses premiers succès au Royaume-Uni : The Little Shoemaker (1954), Majorque (1955), Suddenly There a Valley (1955) et With All My Heart (1956). Bien que Petula Clark ait sorti des singles aux États-Unis dès 1951 (le premier était Tell Me Truly / Song of the Mermaid sur le label Coral), il aura fallu 13 ans avant que le public américain, véritable consommateur de disques, ne la découvre.


LES ANNÉES 60 ET LA CONQUËTE DE L’EUROPE

Face aux exigences qu’imposent son rang de jeune star, pour s’émanciper, Petula Clark n’a d’autre choix que de quitter son Royaume. En 1957, elle est invitée à chanter à Paris, à l’Olympia. Le lendemain, conviée dans les bureaux de ‘Vogue Records’ pour discuter d'un contrat, elle rencontre son publiciste de longue date, collaborateur et futur mari Claude Wolff (elle l'épousera en juin 1961 et auront deux filles et un fils). Celui-ci se convertira en imprésario et fera enregistrer à Petula des chansons écrites pas Boris Vian ou Serge Gainsbourg, devenant même l’une des rares interprètes à avoir reçu une chanson écrite par Jacques Brel (Un enfant).


PETULA CLARK : LA DERNIÈRE VALSE (1967)

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Volontaire, déterminée, rien ne semble vouloir l’arrêter quand elle choisit de partir à la conquête de l’Europe, enregistrant ses différents tubes en allemand, italien ou espagnol et démontrant ses qualités d’interprète multilingue. De 1960 à 1971, Petula Clark sortira ainsi plus de 500 disques. Un record !

En 1960, elle entame une tournée de concerts en France et en Belgique avec Sacha Distel, qui restera un ami proche jusqu'à sa disparition en 2004. À cette époque, Petula Clark développe sa carrière en parallèle des deux côtés de la Manche, se concentrant autant à la réussite de sa nouvelle carrière en France que de voir prolonger ses records de vente au Royaume-Uni. Or, malgré le succès retentissant de Chariot en 1962, suivi deux ans plus tard de Down Town, Petula Clark reste encore en France une chanteuse qui a du mal à percer dans un pays où déferle la « vague yéyé », alors qu’aux États-Unis et en Angleterre, sa popularité est immense.


LE TUBE 'DOWNTOWN'

En 1964, la carrière britannique de Petula Clark décline. Le compositeur et arrangeur Tony Hatch, qui l'avait aidée dans son travail pour ‘Vogue Records’ en France et ‘Pye Records’ au Royaume-Uni, se rend à son domicile parisien pour lui proposer de nouvelles chansons. Voyant qu'aucunes des mélodies proposées ne captent l’attention de Petula, en désespoir de cause Tony Hatch se met à jouer quelques accords d'une chanson incomplète et inspirée par son récent voyage à New York.

En l'entendant, Petula lui dit que s'il pouvait écrire des paroles aussi bonnes que la mélodie, elle serait disposée à intégrer la chanson pour son futur 45 tours. À ce moment précis, ni Petula ni Hatch n’avaient pressenti l'impact que la chanson aurait sur leur carrière respective. Sorti en quatre langues distinctes à la fin de 1964, Downtown sera un succès au Royaume-Uni, en France (dans les versions anglaise et française), aux Pays-Bas, en Allemagne, en Australie, en Italie mais aussi en Rhodésie, au Japon et en Inde.

En janvier 1965, la chanson devient le numéro 1 des charts américains avec 3 millions d'exemplaires vendus. Les retombées de la chanson sont si fortes que la chanteuse la reprendra à maintes reprises en l’adaptant aux modes du moment.


PETULA CLARK : DOWNTOWN (1964)

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Downtown est le premier des 15 succès consécutifs du Top 40 que Petula Clark a réalisés aux États-Unis, dont I Know a Place, My Love (son deuxième hit américain n ° 1), A Sign of the Times, Je ne pourrais pas vivre sans ton amour, This Is My Song (du film de Charles Chaplin La comtesse de Hong Kong - 1967) et Don't Sleep in the Subway font parties. Downtown se verra décerner par l'industrie discographique américaine "Meilleur enregistrement Rock & Roll de 1964" et Petula "Meilleure performance vocale féminine » l’année suivante avec I Know a Place. Bien des années plus tard, en 2004, l’enregistrement de Downtown sera intronisé au ‘Grammy Hall of Fame’.

En 1963, pour asseoir sa notoriété, Petula Clark ajoute une nouvelle dimension à sa carrière en écrivant des musiques pour le cinéma. Elle débute avec un film policier français ‘À Couteaux Tirés’ (1963) où elle fait une apparition dans un rôle de camée. Bien que la BO n’ait qu'un succès modeste, elle écrira d'autres musiques de film, notamment La bande à Bebel (1966), Animato (1969) et Pétain (1989) que l’on retrouve sur le CD ‘In Her Own Write’ en 2007.

Quand le label français 'Vogue' la libère, Petula file aussitôt à Hollywood pour danser avec le roi des claquettes Fred Astaire (Finian’s Rainbow - 1968) ou pour chanter sous la direction de Francis Ford Coppola avec Peter O’Toole (Goodbye Mr Chips - 1969). Ses succès discographiques la conduisent à faire également de fréquentes apparitions dans des programmes de variétés américains animés par Ed Sullivan et Dean Martin. Prenant des leçons de showbiz avec le roi des crooners, Petula Clark devait déclarer : « Il était génial, mais ultra paresseux. Dean arrivait le jour de l’enregistrement après avoir fini son golf. Il regardait la dernière répétition et c’est là qu’il découvrait qui étaient les invités de son show… Comme nous savions ce qu’il fallait faire, nous le déplacions d’un point à un autre et cela donnait l’impression qu’il était bourré alors qu’il ne l’était pas, c’est juste qu’il ne comprenait rien à ce qui se passait ! »

Petula Clark en compagnie de Dean Martin dans l'un de ses shows (1968)

En 1968, la nouvelle reine de la « pop » finit par avoir son propre show et entre par inadvertance dans l'histoire de la télévision. Lors d'un enregistrement Petula chante On the Path of Glory en duo avec Harry Belafonte tout en tenant celui-ci par le bras. Furieux et terrifié à l’idée de perdre sa clientèle blanche ou que cela n'entraîne des réactions racistes de la part des téléspectateurs du Sud, le sponsor de l’émission ‘Chrysler Corporation’ exige de faire deux autres prises sans contact interracial. Pour contrer la censure, l’avocat de Petula fait alors le forcing dans le studio pour ne garder que la prise qui voit figurer Petula aux bras du chanteur Noir. Cet accident, pourtant insignifiant, fera la une des journaux. Le représentant de Chrysler sera licencié et le programme diffusé le 8 avril 1968, quatre jours après l'assassinat du Dr Martin Luther King.


PETULA CLARK : CALL ME (1966)

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Pendant cette période, Petula Clark n’a eu de cesse d’encourager de nouveaux talents. Ces efforts ont ainsi soutenu le lancement de Herb Alpert et de son label 'A&M'. C’est elle aussi qui a invité le compositeur et arrangeur français Michel Colombier à devenir son directeur musical, une occasion que saisira le muicien français pour lancer sa propre carrière aux États-Unis (Colombier co-écrira la partition du film Purple Rain avec Prince ainsi que plusieurs succès pop (Wings) et plusieurs bandes sonores pour le cinéma américain).


LES ANNÉES DE TRANSITION

Durant les deux décennies suivantes, Petula écume les scènes et les shows télévisés (The Sound of Petula, de 1972 à74), se produisant dans des clubs aux États-Unis et en Europe. Les succés s’enchaînent : Melody Man (1970), The Song of My Life (1971), I Don't Know How To Love Him (1972), The Wedding Song (There Is Love) (1972) et Loving Arms (1974).

La chanteuse surfe un temps sur la vague disco et ne se trouve jamais à court d’argument quand elle apparaît dans des publicités pour la presse et la radio : 'Coca-Cola Corporation', les automobiles 'Plymouth', 'Burlington Industries', 'Chrysler Sunbeam' ou 'Sanderson Wallpaper' au Royaume-Uni. Elle s’offre même un featuring avec les marionnettes du 'Muppet’s Show' et joue dans plusieurs comédies musicales à Londres ou à Broadway dont une adaptation théâtrale du Boulevard du Crépuscule.

En 1980, Petula Clark fait sa dernière apparition au cinéma dans la production britannique Never Never Land et à la télévision dans la mini-série française Sans Famille (1981).

Alors que la comédienne s'éloigne du cinéma et de la télévision, elle revient au théâtre à la demande pressante de ses enfants, trente ans après l'avoir quitté. Maria von Trapp, le personnage qu'elle interprète dans The Sound of Music (1981) s'ouvre à des critiques positives. Le succès de la pièce est au rendez-vous, au point d'exiger une rallonge de sept mois de représentations pour répondre à la forte demande. Citons aussi ses rôles dans Candida de George Bernard Shaw (1983) et Someone Like You (1989/1990) ainsi que sa performance dans Norma Desmond (2004) avec plus de 2 500 représentations !

Entre-temps, un nouveau remix disco de Downtown, intitulé Downtown '88, verra le jour et lui permettra de revenir dans le Top Ten du Royaume-Uni en décembre 1988.


PETULA CLARK AU TEMPS PRÉSENT

En 2000, Petula présente un spectacle mettant en valeur sa vie et sa carrière, devant un large public au Théâtre Saint-Denis de Montréal. Puis, en novembre 2006, la chanteuse fait l'objet d'un documentaire de la BBC intitulé ‘Petula Clark ‘: Blue Lady’ où elle apparaît en compagnie de Michael Ball et de Tony Hatch lors d'un concert au Theatre Royal. En février 2007, une compilation intitulée Duets sort avec pour invités Dusty Springfield, Peggy Lee, Dean Martin, Bobby Darin et les Everly Brothers, entre autres. En novembre 2011, à 78 ans, Petula Clark se produit au Casino de Paris et présente plusieurs nouvelles chansons, dont une qu'elle avait récemment écrite avec son ami Charles Aznavour : Pour être aimée de toi


PETULA CLARK : SACRIFICE MY HEART (2016)

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Aujourd’hui encore, point de retraite ou de mise à l'écart. Malgré son âge avancé, la chanteuse continue de se produire sur les scènes internationales. En 2016, elle sortait un nouvel album, From Now On, précédé d’une tournée promotionnelle au Royaume-Uni et d’une tournée aux États-Unis en novembre 2017.

Pour résumer sa carrière et sa réussite, Petula Clark a misé sur une grande part de sacrifices plutôt que d'avoir à composer avec les modes et les renoncements. « Il faut savoir se sacrifier si tu veux entrer dans le show-business… mais beaucoup de gamins essayent d’en faire partie pour être des stars. Ils veulent du glamour. Il y a surtout un mot pas très sexy que l’on entend rarement, c’est courage. », dit-elle comme une conclusion à son parcours.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2020)


DISTINCTIONS

En 1998, Petula Clark est nommé 'Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique' par la reine Elizabeth II.

En 2012, Petula Clark est élevé à l'Ordre des Arts et des Lettres par la ministre de la Culture Aurelie Filippetti.


LES SINGLES MARQUANTS DES ANNÉES 60

  • Prends mon cœur ("A Fool Such as I") (1960)
  • Garde-moi la dernière danse (Save the Last Dance for Me) (1961)
  • Marin (Sailor) (1961)
  • Roméo (1961)
  • Ya Ya Twist (1962, avec Johnny Hallyday)
  • Chariot (I Will Follow Him) (1962)
  • Les Beaux Jours (Ramblin' Rose) (1963)
  • Cœur blessé (Torture) (1963)
  • Je me sens bien auprès de toi (Dance On) (1963)
  • Ceux qui ont un cœur (Anyone Who Had a Heart)" (1964)
  • Dans le temps (Downtown) (1964)
  • Un jeune homme bien (Well Respected Man) (1965)
  • Call Me (1966)
  • C'est ma chanson (This is My Song) (1967)
  • La Dernière Valse (The Last Waltz)" (1967)
  • Tout le monde veut aller au ciel (1967)

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