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CHANSON


SALVATORE ADAMO : INTERVIEW À BÂTONS ROMPUS AUTOUR DE SA VIE

Après avoir reçu une Victoire de la Musique d’honneur pour ses 50 ans de carrière et avant la sortie d’un prochain album qui sortira courant 2015, le chanteur Salvatore Adamo a surfé sur la vague la plus porteuse du moment : celle des albums de reprise. Le disque Adamo chante Bécaud réinvente l’univers de "Monsieur 100 000 volts" à travers quelques chansons plus ou moins célèbres du chanteur disparu. En attendant l’éventuel désir d’un disque consacré à Nat King Cole, Salvatore Adamo s’est confié à Catherine Célia dans un long entretien à bâtons rompus.


INTERVIEW SALVATORE ADAMO


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Bonjour Salvatore... Est-ce que toutes ces chansons que l’on connaît par cœur de vous ont été écrites pour la plupart ici, chez vous à Bruxelles ?

Salvatore Adamo : J’ai quelques chansons de mes vingt ans qui ont été écrites qu’encore je n’habitais pas ici.

Mais est-ce un lieu qui conjugue le privé et aussi l’activité professionnelle ?

S. Adamo : J’ai mon petit coin studio à la cave, et j’ai ma petite pièce de travail en haut. Mais, en fait, je travaille beaucoup plus quand je suis en voyage sur la route. Dans la voiture, c’est là que les idées viennent, dans l’avion… après j’attends d’être ici pour faire des maquettes, comme on dit, mais l’inspiration n’est pas liée à un lieu.

Vous pourriez être casanier ?

S. Adamo : Je ne pense pas. C’est-à-dire en rentrant d’une tournée, je peux rester une semaine chez moi, sans bouger…

C‘est un peu le repos du guerrier ?

S. Adamo : C’est un peu le point de mésentente avec mon épouse Nicole, parce qu’elle adore voyager. Moi, je voyage beaucoup professionnellement et je me retrouve quinze jours, trois semaines, un mois à des milliers de kilomètres de chez moi, donc quand je rentre, je n’ai pas trop envie de ressortir.

Y’a-t-il un pays où vous n’êtes pas allé en tant qu’artiste ?

S. Adamo : Oui, bien sûr. En fait, je suis connu dans la latinité, et puis quelques exceptions comme le Japon, la Corée…

Les États-Unis ne vous ont jamais tenté.

S. Adamo : J’y suis allé plusieurs fois et j’y ai chanté. Les salles étaient pleines, mais je ne suis pas vraiment connu par les Américains.

C’est une culture, une civilisation qui vous intéresse ?

S. Adamo : Oui, qui m’intéresse depuis très longtemps. Dans l’inspiration musicale, ils ont tout. Ils ont eu Sinatra, Dylan… Alors on peut comprendre qu’ils soient assez hermétiques, assez indifférents à ce qui se passe ailleurs. Il faudrait un coup de chance énorme pour être vraiment connu par les Américains.

Jouez-vous au naïf ou êtes vous naïf ?

S. Adamo : Je ne le joue pas, je le suis… mais en le sachant. Je suis conscient de ma naïveté, ce qui finalement est sans doute une sorte de lucidité, mais cela ne m’empêchera pas de me laisser avoir et de me laisser berner parce que je suis naïf.

Vous avez été souvent trahi ?

S. Adamo : Oui, mais j’ai cette faculté de résilience. Il m’est arrivé de recroiser des gens qui m’ont trahi, mais j’ai fait comme si de rien n’était.

Vous savez pardonner…

S. Adamo : Oui ou plutôt j’oublie. Je garde le souvenir de la trahison, ce qui veut dire que je n’ai pas vraiment pardonné puisque c’est toujours là, mais je ne manifeste pas ma rancœur. Je deviens indifférent. Quand on me trahit, je peux ignorer la personne. Je vis sans. Je coupe les ponts. Voilà !

Votre ville vous a honoré, c’était il y a un an. Vous fêtiez votre anniversaire, vos soixante-dix ans…

S. Adamo : J’ai étrenné mon « sept », oui.

Ça a été un carrefour, un basculement le fait que l’on arrive à cet âge-là ?

S. Adamo : Ce sont les gens qui vous le rappellent et qui mettent le doigt dessus. Sinon, je n’ai pas dû sauter un obstacle pour passer du « six » au « sept ». Pour moi, le passage le plus difficile ça été du « deux » au « trois », de vingt-neuf à trente ans. Je ne sais pas pourquoi. J’ai eu l’impression qu’on m’arrachait de mon adolescence, qu’il fallait que je devienne adulte. Puis, de « trois » à « quatre », ça été moins dur. D’ailleurs, Anna Magnani, quand on lui demandait qu’elles avaient été les dix plus belles années de sa vie, elle répondait, de vingt-neuf à trente.

Vous aimez que l’on fête votre anniversaire ?

S Adamo : J’ai plutôt le caractère de faire les choses sobrement, en famille. Je suis introverti. Je suis heureux d’être là encore. On atteint un âge où si je m’en vais, on ne dira plus : « Tiens ! il est mort jeune. », bien qu’aujourd‘hui à cet âge là… on est post-ado !

L’âge vous a apporté quoi ?

S. Adamo : Logiquement, vous vous attendez à ce que je vous dise : la sérénité.

Venant de vous, non…

S. Adamo : Autant je garde les choses en moi, autant je suis bouillant à l’intérieur. La flamme est toujours là, et parfois j’ai l’impression qu’elle a envie de redevenir un incendie… et je peux la concrétiser par des chansons. Là, je viens de rendre un hommage à Gilbert Bécaud. Je vais rentrer en studio pour mon prochain disque où j’ai des chansons…

Qui sont déjà écrites ?

S. Adamo : Elles sont déjà maquettés. On a juste hésité dans l’ordre. On a d’abord préféré enregistrer l’hommage à Bécaud avant de rentrer en studio au mois de février pour les nouvelles chansons.

Et vous évoquerez l’âge dans l’une d’entre-elles ?

S. Adamo : Oui, d’une certaine façon. J’ai une chanson qui s’appelle : Je mets des bémols.


ADAMO - JE REVIENS TE CHERCHER


Après le décès précoce de votre père, vous deviendrez responsable de votre famille. Il fut votre manager pendant quelques temps. Était-ce une bonne idée de l’avoir à vos côtés ?

S. Adamo : C’était la meilleure idée. À qui pouvez-vous faire plus confiance qu’à votre propre père ? Je ne m’occupais de rien. Je savais qu’il pensait comme moi, et c’est ça qui fut le plus difficile à retrouver.

Est-ce que vous pensez aussi qu’il a pu être votre garde-fou ? Vous, vous avez commencé très jeune en connaissant le succès, est-ce que vous auriez pu perdre la tête ?

S. Adamo : Ca aurait pu être possible. Oui. Quand j’avais tendance à vouloir « m’envoler », j’avais la main de mon père sur mon épaule.

Et par la suite, est-ce que cela vous est arrivé ?

S. Adamo : De perdre la tête ? Je ne pense pas, parce que le chemin était tracé. Les principes étaient inculqués une bonne fois pour toute, et gravés. Moi-même, j’ai essayé de les retransmettre à mes enfants. Je pense aussi qu’il y a une question de caractère à la naissance… Mon père était quelqu’un d’extraverti, c’est lui qui faisait le clown lors des fêtes de famille. Et moi, je tenais plutôt de ma mère qui était très réservée, qui cousait et chantonnait dans son coin… C’est elle qui m’a donné la façon de chanter quand elle fredonnait ses siciliennes, en retenue.

L’amitié pour vous, Salvatore, c’est important. Vous avez beaucoup d’amis ou vous les comptez sur les doigts de la main ?

S. Adamo : J’ai, en toute modestie, beaucoup de personnes qui m‘aiment et ça me touche énormément… Je parle du public, des quelques personnes qui ont fait un pas vers moi, qui se sont rapprochés. Ce sont des amitiés qui comptent, importantes. Il y a bien sûr les proches, et là, comme vous le disiez, je les compte sur les doigts de la main.

Est-ce plaisant de voir ses chansons reprises par d’autres, qu’elles ne vous appartiennent plus ?

S. Adamo : C’est ce qui puisse arriver de mieux à une chanson qu’elle soit reprise. Vous savez quel est le plus grand plaisir que j’ai eu ?… J’étais dans la rue et j’ai entendu siffler Mes mains sur tes hanches et la personne ne m’avait pas vu. C’était juste une coïncidence et ça, c’est la vraie consécration d’une chanson… Cela donne une énergie, une envie extraordinaire d’aller plus loin.

Vous dites souvent que c’est le moment de l’enregistrement d’un album qui est déterminant pour vous, et qui est sans doute le plus crispant.

S. Adamo : Crispant, parce que la chanson naît spontanément, et que vous en faite une maquette comme vous le sentez, et puis, vous la confiez à l’arrangeur. Ensuite, il faut fixer la date d’enregistrement et, peut-être, que ce jour-là vous ne serez pas dans l’humeur juste pour l’interpréter… Comme un peintre qui va retoucher son tableau, j’ai alors envie de retourner au studio pour réenregistrer un bout, mais ce n’est plus possible. Alors, il reste la scène, et sur scène on la fait telle qu’elle doit être.

Y’a eu dans votre vie une période où vous étiez sans voie. Un jour vous avez eu un accident de voiture et, à partir de ce moment-là, pendant quelques temps, vous n’avez pu exprimer vos paroles.

S. Adamo : La voix était là, mais j’ai le souvenir de certains énervements dans la mesure où je ne pouvais m’exprimer qu’en écrivant sur une ardoise.

Vous avez eu beaucoup de pépins de santé.

S. Adamo : J’ai bien donné. Oui !

Dès l’âge de sept ans avec une méningite…Vous êtes resté plusieurs mois hospitalisé…

S. Adamo : Plus d’un an. J’ai un immense respect pour les médecins, et je dis sans flagornerie que pour moi le médecin le plus anonyme est plus important que le chanteur le plus connu… Il est plus utile concrètement.

Étes-vous un homme curieux de tout ?

S. Adamo : Absolument. Je suis curieux des matières que j’aurais pu étudier et dont j’ai été coupé trop tôt. Près de notre maison dans le Midi, à Mouans-Sartoux, y’a des colloques et y’a des esprits extraordinaires qui viennent prendre contact avec le public et qui explique, comme s’ils avaient à faire avec des enfants, les avancés de la génétique, de l’astrophysique, et moi-même, je redeviens alors l’élève. C’est devenu indispensable pour moi d’aller puiser à des sources dont je me suis éloigné.

Vous êtes un autodidacte. Est-ce que c’est un regret de ne pas avoir fait d’études ?

S. Adamo : J’ai étudié certaines choses, mais j’aurai aimé aller plus loin. En fait, j’adore écouter, mais mon métier veut que je parle de moi et… je suis un peu gêné des fois…

Est-ce que vous vous trouvez intéressant ?

S. Adamo : Pas toujours. J’ai des excès, comme ça, où je dis des choses intuitives, intéressantes, toujours spontanées, mais je ne possède pas de culture structurée. J’ai des bribes venant de droite et de gauche.

Vous êtes instinctif ?

S. Adamo : Oui. Je me suis souvent trompé, aussi, mais si nous parlons de l’art, je suis instinctif et intuitif. Je pense avoir un certain sens pour le bon goût.

Est-ce que c’est un filon les albums de duo ?

S. Adamo : J’ai beaucoup hésité avant d’accepter d’enregistrer mon album de duo (ndlr :Le bal des gens biens – 2008), parce que comme on le disait au début, je suis lucide. Je ne peux pas ignorer qu’avant moi il y avait eu Bruel et plusieurs autres… On dit de moi que je suis gentil et modeste, mais en fait, j’ai beaucoup d’amour-propre. Je le cache, mais quand je peux le manifester, je le fais savoir. Par exemple, je ne trouvais pas très digne de faire un album de duo alors que plusieurs l’avaient fait avant moi. Et j’ai dit : « Écoutez, si vous voulez vous en occuper, vous contactez les chanteurs que j’aime, et je vous dirais éventuellement. » L’idée était de Pascal Nègre et c’est Alain Artaud qui l’a concrétisé… Et puis, quand on a commencé à me dire, Alain Souchon a dit oui, Bénabar a dit oui, Yves Simon a dit oui, Thomas Dutronc a dit oui… Et Juliette qui m’a sollicité. J’étais très touché. J’imaginais que je n’existais pas dans son univers. Et ça, ça m’a motivé pour le faire… Mais pour Bécaud, cela faisait trois ans que je voulais lui rendre hommage. On m’avait dit : « Tiens, tu devrais faire un album concept. » Et j’ai parlé de Bécaud…

Vous l’aviez rencontré ? Vous connaissiez l’homme ?

S. Adamo : J’étais allé plusieurs fois à des premières, et les fois où je n’y allais pas, il m’écrivait.

Il était très différent de vous.

S. Adamo : Lui était extraverti. Il allait au bout des choses et plaçait son métier au-dessus de tout ; consciemment. Moi je suis tombé dans le piège de ne pas avoir su doser mes absences par rapport à mes amis, à mes enfants. Par contre pour Bécaud tout devait être « carré » ! Il a eu, comment dire, quelques nervosités devant certaines caméras et c’est malheureusement l’image qu’on a retenue de lui… Bécaud a un public d’une fidélité extraordinaire, et malgré son caractère spécial, il laisse des chefs-d’œuvre absolus… C’était un artiste à l’extrême.

Votre voix, on en a beaucoup parlé, surtout au début, beaucoup critiqué. Est-ce que vous l’aimez encore plus aujourd’hui ?

S. Adamo : Aujourd’hui, je commence à mieux percevoir la tessiture dans laquelle elle m’est la moins désagréable… J’ai acquis des graves, j’ai peut-être un peu perdu des aigus en chantant un ton plus bas qu’à mes débuts, mais j’aime bien le grain qu’elle a pris… Ce n’est pas une question d’opportunisme, mais j’aimerais bien rendre un jour hommage à Nat King Cole dont j’adore le timbre de voix.

Dans vos spectacles, rien n’est laissé au hasard. L’improvisation, vous l’aimez ou pas ?

S. Adamo : Je laisse toujours de la place à mes musiciens avec lesquels je travaille depuis plusieurs années. Ils ont une liste de cinquante chansons parmi lesquelles un soir où j’entends un spectateur ou une spectatrice crier un titre, si je peux faire plaisir, à moment donné je me tourne vers mes musiciens et ils le jouent. J’aime bien avoir cette liberté-là.

Propos recueillis par Catherine Célia
(source Thé ou Café – 11/2014)

Cadence Info (11/2014)


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