MUSIQUE DE FILMS


STEPHEN SONDHEIM, PORTRAIT D'UNE LÉGENDE AMÉRICAINE

Aux États-Unis, Stephen Sondheim est une légende vivante. On lui doit notamment les chansons de West Side Story, mais en France, l’artiste n’est connu que de quelques initiés. Stephen Sondheim est pourtant l'un des derniers grands compositeurs et paroliers vivants de la comédie musicale de Broadway, du temps glorieux où se côtoyaient gens de théâtre et chanteurs. À l’orée de ses 90 ans, le vieux monsieur a conservé des souvenirs précieux de cette époque marquée par une forme de culture populaire qu'il porta à son sommet.


L’APPRENTISSAGE DES SHOWS


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Stephen Sondheim (années 70)

Né en 1930, Stephen Sondheim est un fils de Juifs new-yorkais travaillant dans la mode. Après le divorce de ses parents, il se choisit comme père de substitution celui d'un copain de classe : Oscar Hammerstein II (1895-1960), librettiste star, connu pour ses associations avec les compositeurs de Show Boat (Jerome Kern) et de La Mélodie du bonheur (Richard Rodgers).

Stephen Sondheim est comme né dans la comédie musicale en assistant dès l’âge de 6 ans à la représentation de The Boys from Syracuse, des célèbres Rodgers et Hart (inspiré par La Comédie des erreurs, de Shakespeare). À l’adolescence, Oscar Hammerstein l' invite à la première de Carousel, à New Haven. Ce que l’on sait moins c’est que l’adolescent a déjà écrit une comédie musicale, que malheureusement Hammerstein jugera nulle. En revanche, l’auteur lui propose un programme d'apprentissage qui consiste à écrire quatre shows...

Alors que le premier doit s’inspirer d’une pièce qu’il aime, le deuxième doit être tiré d'une pièce qu’il doit améliorer, et le troisième sera une adaptation d'un roman ou d'une nouvelle. Quant au quatrième, il sera issu de son imagination. Stephen Sondheim mettra six ans pour boucler le programme, une sorte d'évaluation qui lui permettra de comprendre certains "mécanismes" propre aux écritures.

En 1954, à l’âge de 24 ans, Stephen Sondheim compose Saturday Night, mais le producteur meurt d'une leucémie foudroyante et la production est arrêtée. C’est à cette époque qu’il apprends que Leonard Bernstein cherche quelqu'un pour travailler sur une version moderne de Roméo et Juliette, située dans le West Side. Aussitôt, Sondheim passe une audition chez Bernstein, dans une petite pièce toute noire où il aimait travailler.

Sondheim était pris par des sentiments partagés. Il désirait être accepté, mais il avait aussi la peur d’être catalogué comme librettiste, alors qu'au fond écrire de la musique l'intéressait davantage. Hammerstein finit par le convaincre que ce genre d'expérience pourrait être enrichissante et qu’il aurait tout le temps d'écrire ses propres « musicals » par la suite. Sondheim ne l'a jamais regretté, évidemment, même s’il a confié ne pas aimer certaines des paroles de chansons, les trouvant trop affectées, très différentes de ce qu'aurait dû être le langage des Jets et des Sharks.


LE FORUM EN FOLIE, OUVERTURE (1962)


FAIRE LE CONTRAIRE DE CE QUI EST RECOMMANDÉ

Après avoir écrit les lyrics de Gypsy (1959), Stephen Sondheim obtient enfin son premier grand succès comme compositeur avec A funny thing happened on the way to the forum (1962, porté à l'écran par Richard Lester sous le titre Le Forum en folie). Pour la quinzaine d'œuvres qui suivront, la formule est trouvée : un dramaturge bâtit la structure et écrit les parties parlées, Sondheim signe musique et paroles des chansons.

Entre l'épaisseur dramatique de ses comédies musicales, les intrigues tirées de vraies pièces de théâtre et les personnages à la psychologie fouillée, le genre s'enrichit du contraste entre le dialogue, qui permet d'être profond, et la musique. Alors que l'opéra donne aux personnages plus de grandeur que de complexité, Stephen Sondheim retiendra la leçon de Hammerstein : « Toujours chercher, y compris en faisant le contraire de ce qui est recommandé. » C’est Ainsi que Company (1970) ne sera plus une comédie musicale classique en n'ayant aucune intrigue, mais une suite de tableaux autour d'un homme qui hésite à s'engager affectivement et observe la ronde des couples autour de lui.

En 1979, Stephen Sondheim propose Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street sur un livret de Hugh Wheeler et inspiré de la pièce éponyme de Christopher Bond. L’auteur-compositeur rend ici hommage à Bernard Herrmann, le génial musicien de cinéma qui a beaucoup travaillé pour Hitchcock (Sondheim ira jusqu’à créer une légère dissonance dans les cordes comme le compositeur de Psycho).


MADONNA : SOONER OF LATER (du film Dick Tracy - 1990)


Si l'auteur de Gypsy et de Follies est passionné par les musiques de films, notamment celles de son adolescence et dont les signatures ont pour nom Franz Waxman, Erich Korngold ou Max Steiner, Sondheim trouve les comédies musicales au cinéma particulièrement ennuyeuses, estimant que « tout devient factice dès que les personnages se mettent à chanter. Ce n’est que quand le film est totalement coupé du réel que cela peut marcher, comme avec le 'Magicien d'Oz' ». Toutefois, Soundheim se laissera aller à écrire quelques musiques pour le cinéma dont Stavisky d'Alain Resnais (1974), Reds de Warren Beatty (1981) et Dick Tracy de Warren Beatty (1990) dont il recevra l’Oscar de la meilleure chanson originale pour Sooner or Later, interprétée par Madonna.

Fêté en 2010 en grande pompe pour son quatre-vingtième anniversaire avec des concerts hommages au 'Lincoln Center' à New York et au 'Royal Albert Hall' à Londres, Stephen Sondheim a depuis rédiger ses Mémoires, Finishing the hat, sorti en 2011 aux États-Unis recense et commente ses différentes œuvres.

Cadence Info (11/2019)
(source A. Ferenczi - Stephen Sondheim, le maître du musical)


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