MUSIQUE DE FILMS


VLADIMIR COSMA : 'REALITY', LA CHANSON CULTE DU FILM 'LA BOUM'

Pour le compositeur Vladimir Cosma, la chanson Reality issue du film La boum représente un des points culminants de sa longue carrière. Ce slow va s’imposer en 1980 tout comme le film et sa jeune actrice Sophie Marceau. Cette comédie familiale et gentillette devient si populaire qu’une suite lui sera donnée deux ans plus tard avec La Boum 2.


MISE EN CONTEXTE DU FILM 'LA BOUM' ET DE SA MUSIQUE

Quand elle se présente intimidée au casting du film La boum, Sophie Maupu, mais pas encore Sophie Marceau, ne se doute évidemment pas que le film de Claude Pinoteau va transformer sa vie. Celle qui devient Vic à l’écran incarne une jeune fille en quête de repère. Son jeu spontané, sans filtre diront certains, traverse l'écran et touche toute une génération d’ados qui se reconnaît en elle.

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© Cobravictor (flickr.com) - Sophie Marceau en 1980

À sa sortie, en décembre 1980, au bout de quelques jours et malgré un départ difficile, le metteur en scène Claude Pinoteau, l’inspiratrice et scénariste du film Danielle Thompson, l’équipe technique et tous les acteurs comprennent qu’il se passe quelque chose, que ce film provoque un engouement auprès des jeunes ados. Le bouche à oreille se met à fonctionner... Les parents accompagnés de leurs enfants se donnent rendez-vous dans les salles de cinéma. Les entrées se comptent rapidement par centaines de milliers. Sophie Marceau, révélée par le film, a alors droit à tous les égards en recevant des dizaines puis des centaines de lettres de ses fans.

En 1980, le mot « boum » vient juste d’apparaître dans le langage branché. La scénariste Danielle Thompson récupère l'idée pour construire son scénario avec le réalisateur Claude Pinoteau ; sa minutie la poussant à demander à sa propre fille de devenir conseillère technique pour bien comprendre ce que signifiait à cette époque avoir une « crise d’adolescence ».

Le résultat : un film crédible sur les mœurs des jeunes adolescents confrontés aux premiers émois amoureux, au premier baiser, et à leur relation conflictuelle avec des parents parfois dépassés. On soulignera par ailleurs le jeu naturel des jeunes comédiens qui a contribué grandement à la réussite du film.

Aujourd'hui, alors que plus de quarante années se sont écoulées, les souvenirs reviennent en tête avec le sourire au bord des lèvres. La boum n’a rien perdu de sa flamme auprès de ceux qui avaient le même âge que les jeunes comédiens à la sortie du film. De fait, l'attachement pour ce film ne serait-il pas simplement qu'une question de génération ? Oui, certainement, car les mœurs ont bien changé depuis. Certaines paroles de la chanson Reality suffisent à le démontrer en « restaurant » dans le cœur de nombreuses personnes, une époque bien différente de celle d’aujourd’hui : « Dreams are my reality / A wonderous world where I like to be / Illusions are a common thing / I try to live in dreams / Although it's only fantasy » (Les rêves sont ma réalité / Un monde merveilleux où j'aime être / Les illusions sont chose courante / J'essaie de vivre dans les rêves / Bien que ce ne soit que du fantasme)


LE SLOW, UNE DANSE OUBLIÉE ?

© Gaumont international (wikipedia) dbcovers.com - L'affiche du film

La première caractéristique de la chanson Reality est d’être un slow. Cette danse enlacée, qui n’est plus vraiment à la mode de nos jours, était dans les années 80 indissociable des soirées privées comme des soirées en discothèque. C’était l’instant où les sens s’éveillaient, où les corps se touchaient à l’abri d’une lumière tamisée jusqu’à faire naître quelques désirs.

Pour les gens qui ont désormais dépassé le cap de la quarantaine, le slow symbolise quelque part la jeunesse, la liberté, l’insouciance, et bien sûr l’amour, le grand amour auquel on croît dès que l'on a 14/15 ans. Écouter un slow, c'est un peu comme si la nostalgie vous prenez par la main pour redonner sens à votre vie ; au parcours romantique et initiatique de chacun. Gare alors aux mauvaises langues qui proclament : « Le slow est mort ! »

Désormais, grâce à Internet, Reality et bien d’autres slows continuent de vivre leur existence. À cause de l’importance accordée à la mélodie, à cause de sa mise en relief, au moment de tendre l’oreille et de porter son attention, un bon slow reste toujours sentimentalement attachant. C’est comme une porte ouverte qui vous invite à rêver. Ce n’est pas une question d’âge mais juste une façon de ressentir, vous comme moi, le rapport au temps.


SOUS LES DOIGTS DE VLADIMIR COSMA

Vladimir Cosma, on ne le présente plus, tant ses musiques de films ont illustré le cinéma français de ces cinquante dernières années. Sa grande spécialité : les comédies. C’est dans ce domaine que sa « patte » est la plus reconnaissable avec ses mélodies légères et souvent gaies.

Le succès rencontré par ses musiques a néanmoins soulevé quelques critiques. Quelques âmes tatillonnes lui ont reproché son approche commerciale un peu trop appuyée et sa façon de broder ses mélodies sans autre profondeur… « Si elles peuvent convenir au répertoire de la chanson, la musique de films c’est autre chose », pourraient dire certaines éminents spécialistes de la musique de cinéma. Or, par certains aspects et certaines orchestrations utilisées (par exemple l’emploi de la flûte de pan dans Le grand blond avec une chaussure noire), les musiques de Vladimir Cosma ont souvent permis de créer la surprise dans des comédies parfois poussives en les singularisant par leur personnalité imagée. Comme quoi, l’utilisation d’une musique de films n’est jamais innocente !

© Sebb wikipedia - Vladimir Cosma au festival de courts métrages 'Gérardmer Fantastic'Arts' de 2009.

Pour le réalisateur Claude Pinoteau, travailler avec Vladimir Cosma, cela ne pouvait pas être un faux pas, d’autant qu’en 1980 le compositeur a déjà derrière-lui une pratique très solide de ce type de cinéma depuis qu’il a croisé la route d’Yves Robert (Alexandre le Bienheureux en 1968) et de Pierre Richard (Le distrait en 1970).


QUAND LA CRÉATION EST EN VACANCES…

Durant l’été 1979, Vladimir Cosma est tranquillement en vacances au bord de la mer quand la société Gaumont le contacte. Comme d’habitude ou presque, la dernière roue du carrosse, la musique, doit être écrite dans l’urgence. On lui accorde huit jours, ni plus ni moins, pour composer la musique du film. Sa priorité est de trouver le thème fédérateur, le thème central, et c’est sur un vieux piano électrique Wurlitzer que Cosma va le rechercher.

La farniente n’étant plus à l’ordre du jour, le compositeur parvient à extirper de son clavier une mélodie toute simple dont les trois notes de départ, si significatives, lui donnent le sentiment qu’il est sur la bonne voie. Reality prend alors vie petit à petit. Pour le reste on verra plus tard… D’accord, encore faut-il trouver la voix qui viendra se poser dessus !

RICHARD SANDERSON, L'HEUREUX ÉLU

Gilbert Montagné est pressenti. Le chanteur qui n’est pourtant pas à ce moment-là au top de sa carrière refuse, prétextant que son talent d’interprète ne doit pas masquer son talent de compositeur. Les producteurs finissent par choisir un chanteur inconnu venu d’Angleterre, Richard Sanderson. Il a 27 ans, du charme et surtout une belle voix fine qui colle parfaitement à la musique de Cosma, aux sonorités aériennes du synthé, de la guitare et des violons.

Quand le film sort, pour de nombreux ados, il existe alors une similarité entre la Vic du film (Sophie Marceau), ses déboires sentimentaux, ses parents, et la présence inconditionnelle au premier plan de la mélodie Reality dessinée à tous les tons. Cet air-là occupe en effet une place de choix dans les moments clés du film. Le succès ne se fait pas attendre. La chanson passe non-stop sur les antennes des stations de radio durant des mois à la grande surprise de son auteur Jeff Jordan, alias Vladimir Cosma.

RICHARD SANDERSON : 'REALITY' (DU FILM 'LA BOUM')

Aujourd’hui, la chanson Reality est bien plus qu’un ancien tube. Elle est devenue culte. C’est un phénomène sociologique qui a marqué toute une génération. À sa sortie, elle n’a pas touché que les ados, les parents, devenus depuis des grands-parents, deviendront tout autant addict de cette mélodie en entendant Richard Sanderson chuchoter à leurs oreilles : « Met you by surprise / I didn't realize / That my life would change forever » (Je t'ai rencontré par surprise / Je n'ai pas réalisé / Que ma vie changerait pour toujours)

Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2021)

'Reality' du film 'La boum'
Musique : Vladimir Cosma
Paroles : Jordan Lieberman / Scott Radinsky / Mike Harder / James Cherry
Année de création : 1980


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