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MUSIQUE DE FILMS


QUI CHANTE DANS LES FILMS MUSICAUX, ACTEURS OU SOSIES ?

Qui chante dans les films musicaux ?... Cette question, beaucoup de spectateurs se la posent, lorsqu’ils assistent, médusés, à la performance vocale d’un acteur ou d’une actrice dans un film. Aujourd’hui et plus qu’hier, la perfection cinématographique sème le doute dans la tête de ceux qui ont vu des films comme La Môme ou Cloclo. La mise en images, le montage et la perfection du jeu d’acteur conduisent à se demander légitimement : "Qui chante dans le film, l’acteur ou une doublure vocale ?"


LE CASTING : LE PHYSIQUE MAIS AUSSI LA VOIX

Alors qu’un film comme Podium parodie l’univers des sosies et ses pâles imitations, d’autres films comme La Môme ou Gainsbourg, vie héroïque vont plus loin en racontant quelques événements majeurs survenus dans l’existence de vedettes populaires. C’est pourquoi, dans ce genre de films, la carrière artistique doit être retracée avec une certaine fidélité, et la vie sentimentale romancée, mais pas trop, avec juste ce qu’il faut de poésie, de charme et de mélancolie. Parfois, une parcelle de vérité fera débat lorsqu’une scène montrera la vedette sous ses mauvais jours, en prise avec les tourments qui l’assaillent. Pour l’acteur, le rôle est souvent un rôle de composition exigeant où tout son talent est mis à contribution. Il doit être capable d’exprimer toute une panoplie d’émotions face à la caméra, mais bien plus encore…


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Le casting s’opère en fonction de critères bien précis. En premier lieu, celui du physique. Si le personnage est connu médiatiquement, son apparence physique l’est également. De même, les faits (époque, contexte social et politique, dialogues, comportements, etc.) doivent être suffisamment authentiques pour donner de la consistance au personnage. Pour cela, toute une équipe se met en place. On fait appel à des historiens, des biographes, mais aussi aux amis proches et à la famille. Les moindres mouvements, les moindres déplacements face à la caméra seront alors étudiés, décortiqués.

Le personnage doit être aussi proche que possible de l’original. Avec un peu/beaucoup d’imagination, la mise en scène et les différents truquages donneront aux traits de Marion Cotillard l’apparence d’une Piaf ou à Jérémie Rénier le professionnalisme d’un Claude François. Au cinéma, le cadrage, l’éclairage, le maquillage et le montage sont-là pour gommer les quelques altérations physiques. La taille, le teint de la peau ou le vieillissement ne sont rien. Le cinéma a depuis longtemps surmonté ce genre de difficulté. Et si cela ne suffit pas, il existe depuis quelques années les procédés d’incrustation qui permettent de réaliser en plateau, mais aussi en live des images virtuelles saisissantes de réalisme.

La télévision, qui a été la première à inaugurer cette approche technique, ne s'est pas gêner pour créer des duos inédits entre des artistes disparus et d’autres bien vivants. Ce sera le cas de Gilbert Bécaud, mais aussi de Piaf avec la chanteuse Sophie Delmas pour une représentation unique à l’Espace Cardin en 2005. Le jusqu’au-boutisme ira jusqu’à reconstituer numériquement une partie du corps d’Edith Piaf !

Ensuite, la voix du chanteur ou de la chanteuse. Si celle-ci est connue et si elle possède un timbre particulier, sauf coïncidence heureuse, côté acteur, il n’y a rien à faire. Une voix comme celle de Piaf est si célèbre qu’il est bien difficile de la reproduire fidèlement sans prendre des risques. La magie cinématographique, malgré sa puissance, a également des limites. Elle ne peut pas tout faire ! Alors, pour contourner ce qui semble inaccessible, elle va devoir ‘tricher’ avec la réalité…

En admettant que la voix parlée corresponde à peu près à la voix originale avec ses intonations et son débit, et en admettant que l’acteur ou l’actrice ait des dispositions dans le chant, le passage à la voix chantée ne doit pas entraîner un changement de timbre trop important. La tolérance entre les différentes intonations vocales doit rester acceptable. Ce passage de transition entre la voix parlée et la voix chantée est souvent le principal handicap pour le metteur en scène et son équipe technique. Difficile, voire impossible à reproduire à la perfection, la voix parlée ou chantée ne peut être qu’une imitation plus ou moins fidèle.


L’ACTEUR ET LA CHANSON

Quelques acteurs savent chanter juste, mais pour eux, la carrière dans la chanson s’arrête le plus souvent dès que la caméra cesse de tourner. Cependant, quelques artistes téméraires osent franchir le pas en tentant l’aventure en dehors des plateaux. C’est souvent à cause d’une rencontre ou d’une opportunité fortuite qu’ils enregistrent un disque. Ils aiment chanter et ne courent pas après une seconde carrière, même quand les tentatives sont plutôt réussies. Celles de Sandrine Kiberlain, de Gérard Darmon et de Lambert Wilson, dans des genres complètement différents, sont loin d’être ridicules.

Si, pour les acteurs, les incursions dans le domaine de la chanson sont peu récompensées, par contre, l’inverse n’est pas vrai. L’histoire du cinéma a connu et connaît encore des cas d’école, de ceux qui font de l'artiste de music-hall un authentique acteur. La route de la chanson conduit alors les pas de l’interprète vers des rôles de composition dramatique ou de comédie, sans qu’aucune faute de goût ou presque ne vienne ternir son image ; et si tous n’ont pas fait carrière dans le cinéma, leur passage devant les caméras a souvent retenu l’attention des critiques comme des spectateurs. Citons parmi les plus connus : Charles Aznavour, Yves Montand, Serge Reggiani, Johnny Halliday, Lio, Michel Jonasz et Marc Lavoine.


DE LA VOIE PARLÉE À LA VOIX CHANTÉE

Généralement, la voix parlée d’un chanteur ou d’une chanteuse est peu connue du public. Théoriquement, elle est donc plus facilement admise (cas des doublages de voix pour les films étrangers). Dans ce cas, et si le timbre de voix de l’acteur n’est pas trop éloigné de celui du chanteur, la bande son l’utilisera. Le débit et l’intonation seront alors travaillés et répétés avec obstination jusqu’à atteindre une sorte de perfection.

Pendant le tournage, il arrive parfois que l’acteur chante ou fredonne avant les prises pour canaliser son énergie. Il doit se convaincre que son jeu sera efficace quand le clap retentira. L’acteur connaît son rôle à la perfection : les gestes et les mimiques maintes fois répétés suivent de près les pas de danses et les paroles de la chanson. Il connaît tout cela par cœur, sur le bout des doigts… sauf qu’au montage final, sa voix sera ôtée et remplacée par celle d’un « sosie vocal ». Ce sera la dernière retouche pour que le héros du film soit parfait. Le cinéma aura ainsi atteint son but : celui de convaincre le spectateur que sans sa magie toute puissante, rien n’est envisageable.

Chaque jour sur le tournage, Jérémie Rénier et Marion Cotillard faisaient leur vocalise. Le professionnalisme exigeait cela. Ils savaient qu’au montage, leur voix serait remplacée par d’authentiques interprètes. Ces « sosies vocaux » passaient un casting tout comme les acteurs. Dans le film La Môme, la voix de Piaf se mêlait à celle de la chanteuse Jil Aigrot, alors que pour le film Cloclo, la production fit appel à trois sosies vocaux de Claude François pour atteindre une sorte de perfection. Qui l’aurait cru ?

Outre les qualités vocales nécessaires et indispensables, il existe également les problèmes liés à l’accent qui parfois disparaît ou se transforme quand la voix passe d’un état d’âme dans un autre. C’est ainsi qu’un des sosies sélectionnés pour le film Cloclo et originaire de Marseille sera écarté à cause de son accent inapproprié.

Le mixage son est la phase la plus importante. De lui va dépendre la crédibilité de l’acteur à l’écran. Pour le film Cloclo, les attaques de phrases et les respirations de Jérémie Rénier ont été mélangées et intégrées avec les chansons chantées par Claude François et les « sosies vocaux ». Un véritable travail d’orfèvre. Un travail méticuleux qui prend énormément de temps et demande un débordement d’énergie pour seulement deux ou trois plans de quelques secondes.

Parfois, il existe des exceptions qui conduisent l’acteur à tenir le rôle de bout en bout, sans fausses notes, sans décalages. Eric Elmosnino fera de sa composition artistique sur la vie de Gainsbourg, l’aboutissement d’un travail ‘héroïque’ en prenant des cours de chant durant des mois, simplement pour être au plus proche de l’ami Gainsbarre… car c’est bien la voix d’Eric Elmosnino que l’on entend chanter dans la bande son. Qu’importe alors si la voix de M. Gainsbourg n’est pas exactement la même, si le film y gagne en cohérence et en personnalité !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2013)


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