CHANSON


PORTRAIT YVES MONTAND DE BOADWAY AU CINÉMA

Cette page fait suite à BIOGRAPHIE YVES MONTAND, UN ARTISTE AUX MILLE VISAGES


YVES MONTAND : BROADWAY ET MARILYN MONROE

Durant l’été 59, Montand prépare son futur show à Broadway. Sur le sol américain tout doit être parfait. Travaillant près de 10 heures par jour, le chanteur finit par épuiser ses musiciens, mais à Auteuil, le cadre est idyllique. Le couple vient d’acheter une belle demeure toute blanche, aux lignes pures. L’imposante maison devient pour Yves et Simone ‘le lieu le plus proche du bout du monde’, un véritable havre de paix, mais également un univers convivial où vont se retrouver une communauté de copains et se nouer des tas de projets : tournées, films, livres…


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La même année, le couple part aux États-Unis et Yves Montand projette au cœur de Broadway sur la scène du Henry Miller Theater de New York, son spectacle méticuleusement préparé. Devant lui, les actrices les plus célèbres sont venues l’applaudir : Marlène Dietrich, Lauren Bacall, Ingrid Bergman, sans oublier la sex-symbol du 7e art Marilyn Monroe… La presse est dithyrambique. Le ‘français’ séduit le tout New York. Après le spectacle, Marilyn confiera : ‘Montand est formidable, il chante avec son corps‘.

Oui, Montand a du charme et un exceptionnel charisme. L’artiste possède cet heureux pouvoir de séduction qu’il dilapide à bon escient devant un public conquis. En prenant d’assaut l’Amérique, le ‘french lover’ réalise enfin son vieux rêve de gosse. Son spectacle triomphe et lui ouvre les portes d’Hollywood…

Après la cérémonie des Oscars, qui voit Simone Signoret obtenir l’Oscar de la meilleure actrice, Montand reçoit une proposition de la Fox pour tenir le premier rôle dans une comédie de Georges Cukor, ‘Let’s Make Love’… ‘C’était une folie de refuser, c’était une folie d’accepter’, dira plus tard Simone Signoret. Le titre prémonitoire du film va être au centre d’un scandale qui fera la une des journaux. En attendant, Montand fait son entrée dans le temple du cinéma américain par la grande porte aux côtés de l’icône du cinéma des années 50, Marilyn Monroe…

Simone et Yves s’installent au Beverly Hills Hotel sur Sunset Boulevard. Ils sont voisins de palier du couple Marilyn Monroe et Arthur Miller. Une complicité toute naturelle anime les deux couples qui ne se quittent plus. Tandis que Miller écrit encore et toujours, Montand et Marilyn répètent leur rôle. Le soir venu, lors des dîners, les regards entre les stars deviennent éloquents…

Yves Montand et Marilyn Monroe (1960 - Let's Make Love)

Ce film, il va falloir le faire maintenant…’, soupire Montand. Mais l’acteur a un lourd handicap, celui de donner la réplique à Marilyn sans connaître un mot d’anglais. Pas du tout rassuré, Montand met un point d’honneur à apprendre, à digérer l’élocution de la langue en quelques semaines… Cela vire même à l’obsession durant les premiers jours de tournage, au point qu’il oublie parfois de donner la réplique à l’une des plus belles femmes du 7e art.

Marilyn, également en proie à des peurs maladives, encore plus viscérales que les siennes, ne le rassure pas… Un matin, lors d’une répétition, elle lui glisse à l’oreille : ‘Vous allez voir ce que c’est que de jouer avec la pire actrice du monde’… Montand : ‘Vous avez peur, mais pensez un peu à moi… Je suis perdu !’ Cet aveu inattendu délivre et libère quelque part le trac de Marilyn. Elle ressent que l’homme qui se tient debout devant elle, à l’apparence si sûre, est également un être fragile, un homme très éloigné de l’image que les journaux valorisent et encensent. Après tout, si les deux comédiens partagent leur trouille, pourquoi ne pourraient-ils pas se rassurer mutuellement, maintenant que Montand a saisi la vulnérabilité de Marilyn… et que Marilyn a percé la fragilité de Montand ?

Pendant quelques jours, une grève du personnel interrompt le tournage du ‘Milliardaire’. Les plateaux de la Fox demeurent fermés, quasi-désert. Tandis que Simone s’envole pour Rome où elle doit interpréter un film, Arthur Miller part travailler avec John Huston le script du prochain film de Marilyn, ‘The Misfits’… Yves Montand se retrouve alors seul en compagnie de Marilyn pour un tête à tête dans le bungalow du Beverly Hills Hotel

Quand il revient à Paris en juillet 1960, la presse alléchée par le scandale attend Montand à la descente de l’avion. Tout sourire devant les photographes, l’acteur a la mine des mauvais jours lors des retrouvailles avec Simone. Celles-ci seront douloureuses. Mais Simone est une femme formidable qui réagit avec à-propos : ‘Vous connaissez beaucoup d’hommes qui seraient restés insensibles en ayant Marilyn Monroe dans ses bras !’. Toutefois, l’épisode Hollywoodien ne deviendra pas un quelconque vaudeville écrit par un quelconque auteur inspiré, mais une sensible déchirure qui démontrera, après coup, l’existence d’un avant et d’un après Marilyn.


YVES MONTAND, L’HOMME MUR TAILLÉ POUR LE CINÉMA

Au début des années 60, Montand traverse une période difficile. Marqué par la disparition de son guitariste et ami Henry Crolla, Montand, hanté par le temps qui passe, constate que sa jeunesse est à présent derrière lui. Plus que jamais, le chanteur tente d’échapper à cette nouvelle angoisse par le travail. En cette année 63, il donne là, peut-être, son dernier récital. Montand souhaite tirer le rideau sur ses années de scène pour se consacrer exclusivement au cinéma… Dans les 30 ans qui vont suivre, il ne fera en effet que deux grands retours à la chanson, en 1968 et en 1981.

En 1964, il tourne ‘Compartiment tueurs‘, un premier film d’un jeune réalisateur grec Costa Gavras. Pour Montand, le milieu des années 60 correspond à une période charnière dans sa carrière. Son visage buriné par le temps, marqué par les griffures de la vie, montre un homme qui a mûri. Avec son regard chargé d’émotion, il peut maintenant affronter sereinement les rôles qui l’attendent. Les films qui suivront, ‘La guerre est finie’, ‘Z’ ou encore ‘L’aveu’ seront des films durs, politiquement engagés et pour lesquels l’acteur s’investira à fond, laissant exploser enfin tout son magnétisme, toute sa force.

Le chanteur engagé des années 50 s’est métamorphosé en un acteur authentique capable d’imprimer sur la pellicule la présence qu’il montre sur scène. Alors qu’il traverse mai 68 avec le regard d’une personne trop âgée pour en partager l’enthousiasme, mais également les illusions, Montand passe à l’Olympia quelques mois après les événements des barricades…

Durant les années 70, l’acteur enchaîne film sur film. Il en tournera plus d’une vingtaine dans la décennie. Devenant un véritable comédien caméléon, passant allègrement d’un rôle dramatique à un rôle de comédie avec la même aisance, la même profondeur, le comédien joue la carte du professionnalisme à fond… Si Montand adore faire le pitre, faire rire les amis, il n’en est pas pour autant vraiment heureux, tranquille et relâché. Derrière la caméra, la peur de ne pas être à la hauteur, de mal interpréter une scène est toujours omniprésente. Au détour d’une séquence, les apparences viriles de l’acteur cachent parfois un homme à la fragilité bien féminine.

Montand est un être solitaire. Ce métier, si exigeant, n’a fait qu’accentuer ce comportement-là. Semblant enfermé, replié sur lui-même, à la recherche d’un mot ou d’un mouvement, il explose soudainement, de façon irascible et injuste. À ceux qui lui reproche son égocentrisme, il leur répond : ‘Oui, je suis narcissique. Si je ne me nourris pas moi-même, qui le fera ?… Tout tourne autour de toi. C’est la loi du spectacle… Autrement, change de métier !


MONTAND ET SA DERNIÈRE TOURNÉE MONDIALE

Le 7 octobre 81, Montand retrouve la scène de l’Olympia qu’il n’avait plus occupée depuis 13 ans (à l’exception d’un concert donné en faveur des réfugiés chiliens en 1974). C’est pour lui une marche triomphale que la tournée mondiale déjà programmée confirmera. Au Brésil, il chante dans un stade en a cappella ‘Les bijoux’, devant 20 000 personnes qui écoutent captivées les rimes magiques de Baudelaire. Alors que le public ne saisit pas toute la profondeur du texte, la seule présence de l’artiste suffit à imposer le silence et le respect !

Quelques mois plus tard, à New York, Montand donnera 7 représentations à guichet fermé au Metropolitan Opera. Le temple de l’art lyrique, qui n’avait jamais accueilli un chanteur de variété, ovationnera l’artiste pendant 20 minutes. C’est l’apothéose d’une carrière.


MONTANT, L’HOMME ENGAGÉ

À partir de la fin des années 70, un Montand nouveau s’affirme, plus militant que jamais. Ses combats multiples enflamment le cœur des opprimés. Il sera là, pour les ‘boat-people’ qui fuit le régime communiste vietnamien. Il sera là, après la chute du communisme à Prague en compagnie de Vaclav Havel. Il sera là, en Israël, pour soutenir les juifs soviétiques chassés de l’Union Soviétique. Il sera là, quand il s’agira de soutenir en 1988 l’opposition démocratique chilienne luttant contre la dictature de Pinochet. Autant de signes qui démontrent, que l’âge avançant, Montand n’est plus seulement un artiste reconnu à travers la planète, mais un homme toujours prêt à défendre une cause juste, une injustice.

Sa voix résonne bien au-delà. Quand il parle aux médias, Montand ne fait pas du ‘Montand‘. Face à l’objectif inquisiteur, l’artiste devient simplement un homme qui évoque ses idées, parle de ses convictions, de sa vie, simplement avec son caractère et sa sensibilité. Montand devient un phénomène tout à la fois médiatique et politique parce que ses passages télévisés bousculent les idées toutes faites. Les téléspectateurs ont toujours aimé ça, la désinvolture et l’affirmation de l’être. Montand ose dire parfois tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Après chaque passage télévisé, l’artiste fera souvent la une des journaux politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche…

Cependant, l’artiste relativise et ne compte pas se lancer dans l’arène politique. Ses expériences passées lui ont appris que l’acte politique n’est pas à prendre à la légère, que les décisions ne peuvent être conduites efficacement que par des hommes expérimentés, des hommes de terrain curieux de tout. Le Montand engagé trouvera qu’il est plus judicieux de s’entourer de ses amis pour une partie de belote ou de pétanque à Saint-Paul-De-Vence, que de lorgner vers des responsabilités politiques, aussi honorables soient-elles.


LES DERNIERS JOURS

En 1985, pendant le tournage de Manon des sources de Claude Berri, Montand apprend le décès de sa compagne Simone, emportée par la maladie. Montand, qui avait trop souvent assisté à son autodestruction par l’alcool, était comme absent lors de l’enterrement, hanté par un deuil qui ne devait jamais finir… ‘Les morts ne sont pas absents, ils sont invisibles… On ne refait pas sa vie, elle continue’, dit tristement Montand.

Durant le festival de Cannes qu’il préside en 1987, l’acteur officialise sa liaison avec Carole Amiel, une assistante de cinéma qu’il connaissait depuis fort longtemps. Deux ans plus tard naîtra son unique enfant Valentin. Montand a alors 68 ans et l’âge d’être un grand-père. Qu’importe, la vie continue et l’homme de music-hall n’a pas encore abattu toutes ses cartes !

Alors que la comédie musicale ‘Trois places pour le 26‘ (1988) de Jacques Demy est un échec commercial, Montand prépare un retour fracassant sur scène en 1991. Cela doit être un grand show qui aura lieu à Bercy. Il répète âprement dans son petit théâtre de la maison d’Auteuil son nouveau spectacle, mêlant chansons et danse aux sons aventureux de quelques rythmes electro… À mi-voix, il récite pour son fils Valentin, un poème qui résonne comme un adieu : ‘Cette musique que j’aime n’est pas la mienne / Et le monde qui vient c’est le nôtre / C’est le tien / Tu auras peur comme j’ai eu peur / Tu auras mal là où j’ai eu mal… / Une journée nous sépare / Tu es le tout petit matin, Valentin / Je suis la tombée du jour, mon amour.

Ivo Livi dit Yves Montand décèdera à l’âge de 70 ans, en 1991, alors que le tournage de son dernier film ‘IP5 : l’île aux pachydermes‘ venait de s’achever. Son corps repose au cimetière du Père-Lachaise, auprès de sa compagne éternelle Simone Signoret.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2014)
Source : Ivo Livi, dit Yves Montand de Patrick Rotman).


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