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MUSIQUE & SOCIÉTÉ.


ACTIVITÉ MUSICALE ET TROUBLES MENTAUX

L'activité musicale, serait-elle susceptible d'engendrer des troubles mentaux ? Selon deux études conduites à quelques années d'intervalles par les mêmes auteurs et publiées dans les magazines "Scientific Reports" (2019) et "Translational Psychiatry" (2023), les musiciens développeraient un facteur de risque plus accru de dépression, voire de trouble bipolaire en fonction de leur activité.


LES MUSICIENS FACE AUX MALADIES PSYCHIQUES

Dans le rapport présent dans "Translational Psychiatry" de janvier 2023, il est écrit en introduction que « les problèmes de santé mentale observés chez les individus musicalement actifs s'expliquent partiellement par un risque génétique préexistant de dépression et de trouble bipolaire et reflètent probablement une pléiotropie horizontale (lorsqu'un gène influence plusieurs traits), plutôt que des influences causales de santé mentale sur l'engagement musical, ou vice versa (appelée pléiotropie verticale). »

Ce constat est quelque part rassurant, car de nombreuses études se rapportant sur la pratique de la musique démontrent que cette activité engendre une meilleure santé physique et mentale. La musique étant par essence un moyen de communication, elle favorise les liens sociaux. Tout ou partie de ce bénéfice est déjà constaté dans le domaine de la musicothérapie et lors d'interventions musicales en milieu clinique. Toutefois, évoquer le trouble bipolaire n'est pas anodin, d'autant que les deux récentes études ont rapporté plus de dépression et de névrose chez les musiciens professionnels et de type psychotique auprès de l'amateur.

Selon la Haute Autorité de Santé, le chiffre généralement rapporté – entre 1 et 2,5 % de personnes touchées par le trouble bipolaire –, serait sous-évalué. Pour tout dire, derrière cette maladie psychique et chronique définit par l'Assurance maladie comme étant « responsable de dérèglements de l’humeur avec le plus souvent une alternance d’états d’exaltation et de dépression  », plane quelques interrogations sur les causes de son développement. L'Assurance maladie rajoute : « On sait toutefois qu’il existe, chez les personnes malades, des troubles biologiques dans le fonctionnement et la communication des cellules du cerveau, ainsi que des anomalies génétiques.  »

Suivant les études publiées par "Scientific Reports" et "Translational Psychiatry", les musiciens détiendraient un facteur de risque génétique plus élevé. Sans aller jusqu'au trouble bipolaire, l'activité pourrait conduire à des épisodes dépressifs, allant de la perte de plaisir à la tristesse pathologique et à l'angoisse ; ces phénomènes étant le plus souvent occasionnée par la pression permanente, l'obligation de la perfection avec peu espace pour un quelconque lâcher-prise.

Déjà, la première étude réalisée en 2019 portait sur 10 500 personnes et confirmait cette relation mettant en cause l'activité musicale. L'analyse avait placé en évidence un lien entre la pratique accrue d'un instrument et des symptômes dépressifs et psychotiques caractérisés en premier lieu par l'épuisement professionnel. L'approfondissement poursuivi par la seconde étude a suggéré des travaux en utilisant des méthodes de génétiques moléculaires auprès de personnes pratiquant une activité musicale régulière. Les chercheurs (suédois) ont ainsi analysé l’ADN de 5 648 participants après avoir recueilli des infos sur leur pratique artistique, créative et sportive, mais également concernant la santé mentale autodéclarée et les diagnostics psychiatriques basés sur des registres nationaux.

Une fois les données recueillies, les chercheurs ont constaté que les variantes génétiques impliquées dans les pathologies se recouvraient avec celles produites par les obligations musicales. De fait, il ressortait de cette dernière étude que les musiciens, qui présentaient une menace accrue de dépression et de trouble bipolaire, avait une activité musicale très intense – supérieure à la moyenne – que ceux qui n’avaient pas ou peu de risque génétique élevé.

Certainement, plus complexe à analyser est le rapport entre la personne prédisposée à jouer d'un instrument et le risque encouru à développer une dépression, même quand elle ne joue d'aucun instrument. L'une des responsables de l'étude publiée en janvier 2023, Miriam A. Mosing (professeur agrégé au Département de neurosciences du Karolinska Institutet à Stockholm, en Suède), précise que « le lien global entre faire de la musique et la santé mentale est extrêmement complexe, et que des facteurs familiaux et génétiques peuvent influencer à la fois la musicalité et la santé mentale.  »

Par Patrick Martial (Cadence Info - 03/2023)

Consulter le rapport sur l'enquête issue de "Translational Psychiatry", entre l'engagement musical et la santé mentale (fichier PDF en anglais)

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