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(source AW Stats)

MUSIQUE & SOCIÉTÉ


AIR GUITAR, L'ART DE MIMER SES GUITARISTES FAVORIS

De tout temps, la musique rock s’est caractérisée par ses tendances à tout exagérer. De ses modes vestimentaires à ses shows très démonstratifs, elle a toujours su mettre en valeur les différentes personnalités de ses serviteurs, des plus illustres jusqu’aux plus inconnus. Si cette démesure se focalise souvent sur le chanteur, avec sa voie cassée et ses cris perçants, l’autre personnage important de la scène rock est bien le guitariste, surtout quand il exprime à travers ses solos une virtuosité bien maîtrisée.


LES ‘GUITARS HEROS’

Sautant ou se penchant sur son instrument, le guitariste de rock déploie toute une technique et une énergie faisant passer un musicien classique pour quelqu’un de complètement dépassé et coincé ! Le public, qui aime toujours le côté ‘provoc’ de la musique rock, porte également son attention sur le batteur, surtout quand celui-ci gesticule comme un beau diable, faisant rouler ses toms dans un solo de batterie programmé par avance. Face aux jeu des musiciens, les spectateurs répondent à leur tout en sautillant sur place dans une énergie communicative.

Sur scène, même si posséder le ‘gros son’ est un atout pour n’importe quel groupe de rock, ce style musical a considérablement évolué sur de nombreux plans, tant logistique que technique. Les musiciens de rock sont devenus aujourd’hui globalement plus performant, notamment les guitaristes dont la technique n’a plus rien à voir avec celle des débuts de l’histoire du rock, façon Chuck Berry.


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Leur personnalité, conjuguée à une virtuosité souvent débordante, capable d’éclipser la célébrité du groupe dans lequel ils jouent, finit par produire leurs effets en influençant toute une jeune génération de guitaristes rock. Devenus de véritables ‘guitars heroes’, leur image médiatique de musicien virtuose a même fini par s’imposer bien au-delà de la sphère musicale en étant détournée, pastichée, dans le seul but de servir une autre cause peut-être moins noble, mais plus étonnante et drôle… l’AIR GUITAR


L’AIR GUITAR OU L’ART D’Y CROIRE

Utilisant à bon compte toute les clichés et les attitudes de tel ou tel guitariste, allant jusqu’à reprendre les quelques rictus accompagnant la transe de l’improvisation, quelques hurluberlus cherchant à se faire remarquer se sont dit : pourquoi ne pas imiter le comportement scénique d’un Van Halen ou d’un Carlos Santana ?

Tel un mime ‘Marceau’ qui n’aurait ni la grâce, ni la poésie, mais qui n’aurait pas peur du ridicule, l’air guitar singe ainsi la virtuosité des guitaristes sans qu’aucun instrument ne soit utilisé. La force de cet ‘art’ est de nous transporter dans un monde invisible qui prend racine et puise sa source dans un monde musical bien réel.

Dans ce genre de discipline, on peut imaginer que celui qui est le plus ignare en musique peut légitimement espérer un jour se voir sur scène avec un public qu’il aura conquis. Le plus chanceux deviendra alors, peut-être, un grand spécialiste que les médias se disputeront.

Même si tout ceci est quelque part surréaliste, ce comportement nous renvoie directement à notre enfance, quand nous imitions les grands artistes que nous aimions, chanteurs, musiciens, acteurs… Bien que ceux qui pratiquent cette discipline ne soient plus en âge d’être des enfants, ni des adolescents – ce sont souvent des trentenaires – ils aiment participer aux championnats qui se présentent pour révéler au public toute leur verve créatrice… Parfois, poussés par le challenge et la ferveur communicative, il arrive que des concurrents en prenant des risques se mettent à ‘déraper’… Aussitôt, le public réagit et la sanction ne se fait pas attendre. Attentif aux moindres gestes, à une attitude décalée ou à un mouvement en désaccord avec la musique, le public se met alors à siffler ou bien tombe dans une sorte d’hilarité et qui semble dire… Au suivant !

Déguisés ou pas, et même si quelques-uns sont devenus des ‘stars’ en étant invités dans des spectacles d’artistes populaires, ne vous méprenez pas, leurs prestations sont souvent méticuleusement préparées. Les vidéos sont vues et revues, travaillées dans les moindres détails. Les déplacements dans le décor d’un studio de télévision ou sur une scène sont étudiés, calculés méticuleusement. Toutefois, lorsque l’improvisation s’en mêle, celle-ci est toujours la bienvenue. Un grain de folie supplémentaire, qui refuserait cela ? Certainement pas le public !

La gesticulation scénique est très exagérée, car en air guitar tout repose sur le mimétisme et sur l’inventivité gestuelle. L’air guitar doit sceller l’étonnement dans le public, quitte à le provoquer par tous les moyens. Parfois, un look vestimentaire bien étudié peut suffire à pimenter le spectacle. D’ailleurs, le public est toujours plus attentif aux effets scéniques provoqués par le ‘guitariste’ que par la musique sur laquelle s’appuie la démonstration…

Bien évidemment, pour le concurrent, la musique a une grande importante puisqu’elle conditionne obligatoirement son jeu scénique. Généralement, le choix de la musique se porte sur des mélodies populaires, connues de tous, capables de stimuler le public et d’aider celui qui ‘combat’ sur la scène.

L’air guitar ne consiste donc pas uniquement à imiter un musicien en brassant de l’air. L’énergie déployée doit être communicative pour que la magie opère auprès du public. Celui ou celle qui produit le spectacle doit certes incarner un guitariste, mais avec un petit plus indéfinissable, un ‘petit plus’ qui fait oublier pendant un laps de temps, que tout ceci n’est qu’une imposture, un jeu de gamin.


DE L’AIR GUITAR À L’AIR ‘FOURRE-TOUT’

Au début des années 2000, la discipline se propage, créant l’étonnement et la curiosité. Tandis que le jeu vidéo ‘Guitar Hero‘ s’en inspire, c’est Internet qui va réellement vulgariser la discipline en diffusant de nombreuses vidéos. Ensuite, tout va aller très vite…

En 2002, la France suit le mouvement et organise ses premiers championnats et trois ans plus tard, une fédération d’air guitar voit le jour. Dès 2007, face à l’ampleur du phénomène, les championnats sont pris en main par des institutions souvent reconnues (fondation Cartier…) et se déroulent dans des lieux réputés (musée d’Art Moderne…). La presse surenchérit à coup d’articles faussement dithyrambiques, tandis que la télévision, bien obligée, suit le mouvement et présente les ‘phénomènes’ dans le cadre de leurs émissions de variété (TF1, M6 avec ‘Nouvelle Star‘ ou Canal Plus et sa séquence qui fera date : air actu)

Evidemment, le phénomène air guitar ne pouvait se cantonner à cette seule imitation instrumentale. Pourquoi alors ne pas imaginer un ‘air batteur’ , un ‘air saxophone’ ou un ‘air chanteur’ ? C’est ainsi qu’à partir de 2007, l’air guitar va être débordé de tous les côtés… jusqu’à devenir un ‘air biniou’ en Bretagne et un ‘air sexe’ au pays du soleil levant !

Le guitariste soliste va également se décliner en ‘air group‘, avec une plus grande folie, un ‘délire’ encore plus drôle. Dans ce cas, c’est toute une bande de super héros qui surgit sur la scène. Du rappeur au technoman, tout y est ou presque. En France, des artistes comme Matthieu Chedid ou Camille se rallient à la cause en soutenant les initiatives (le groupe Airnadette, qui a ouvert la voie du air group, passe en première partie de Matthieu Chedid à Bercy).


‘AIR MUSIC’ ET CRÉATIVITÉ

La naissance d’un telle discipline pose à nouveau la question de la créativité face à l’imposture. Tout ceci demande du recul, surtout de nos jours, où la frontière entre le virtuel et le non-virtuel n’a jamais été aussi perméable . Quand Internet joue de son influence en ne respectant plus le cadre pour lequel il a été pensé, il y a de quoi perdre tout repère !

D’ailleurs qui sait si demain nous n’assisterons pas à des ballets de danse programmés ou improvisés à la sauce ‘air’ ? Peut-être que derrière cette supercherie, nous assistons aujourd’hui et sans le savoir, à une certaine forme d’art populaire, transplantée et transformée pour convenir à certaines valeurs actuelles ?… Après tout, il y a bien longtemps, Joe Cocker et bien d’autres se sont parfois amusés à mimer sur scène le jeu des guitaristes comme celui des flûtistes !

Dans l'air du temps...

Cette ‘discipline musicale’ n’est ni vraiment de la musique, ni vraiment de la danse, elle se situe sur une frontière à mi-chemin entre réalité et virtualité. Très tendance auprès des jeunes, elle est dans l’air du temps. Elle incarne une certaine liberté d’expression en n’étant pas, pour le moment, trop encadrée et trop professionnalisée. C’est le public qui lui a accordé son aval et ce sera lui qui décidera également de son avenir glorieux ou de sa fin programmée.

Le public ne s’y trompe pas, il sait qu’il assiste à un spectacle parfois décousu, sans réelle identité musicale. S’il accepte une telle bifurcation artistique, c’est que, peut-être, la ‘vraie musique’ n’est plus en mesure d’apporter sa part de rêve ou de folie. D’ailleurs, l’existence de ce phénomène est-il vraiment dû au hasard ? Ne révèle-il pas un profond malaise qui plane sur la musique depuis longtemps ?


HYPOTHÈSE… FARFELUE ?

Normalement construite autour de valeurs concrètes, la scène musicale glisserait ainsi tout doucement dans un emploi virtuel, sur des bases parfaitement inconnues il y a à peine une dizaine d’années. Son avenir nous échapperait donc…

Déjà, avec l’arrivée de la technologie et du tout numérique, un pas important avait été franchi, celui de donner aux machines un grand pouvoir de suggestion sur la construction musicale. Aujourd’hui, personne n’est encore en mesure de savoir si demain des compositions ne seront pas calibrées uniquement dans l’intention de servir ce nouveau genre de spectacle.

Certes, l’air music transporte ses valeurs artistiques sans faire de vagues, sans détruire chez le véritable musicien un quelconque idéal. Cette ‘discipline artistique’ doit être considérée avant tout comme un jeu, comme une manifestation bon enfant. Toutefois, en accordant une crédibilité tenace, le public tire involontairement ou volontairement le signal d’alarme. C’est le star-système qui est visé, lui et sa façon de tourner en rond, lui qui ne produit plus rien de sensationnel, incapable de s’élever pour suivre un Internet qui sème le désordre.

Dans ce genre de spectacle, chacun peut voir ce qu’il a envie, un vrai show ou une pantalonnade. Pour la génération Internet, c’est tout ce qu’il y a de plus normal, puisque chacun y va de sa ‘vidéo créative’. Les sites communautaires, tels YouTube ou Daily Motion, reflètent parfaitement cet engouement..

Bien sûr, comme pour tout phénomène social, des sponsors frappent depuis longtemps à la porte et se relayent pour organiser, avec les meilleurs représentants de chaque discipline, des tournées de démonstration en France mais également à l’étranger… De quoi dégoûter n’importe quel musicien qui chercherait à construire une carrière, pas à pas, avec exigence et dévotion !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 05/2011)

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