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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


CLAUDE DEBUSSY : NOËL DES ENFANTS QUI N'ONT PLUS DE MAISONS

La chanson a toujours eu des vertus éducatives permettant, tout en douceur, d'inculquer des valeurs aux enfants. Entre 1914 et 1918, ces « chansons pour les enfants » visent à éveiller et aviver le sentiment patriotique, comme dans l’étonnante « prière » de Claude Debussy : Noël des enfants qui n'ont plus de maisons.

DES CHANSONS IMPRÉGNÉES D'AMOUR DE LA PATRIE

Les enfants sont embarqués comme le reste de la population dans la guerre. Beaucoup doivent aider leur mère, quand ils ne deviennent pas prématurément chef de famille… La chanson les aide parfois à accepter sans pleurer, avec fierté, la mort du papa, en soulignant qu'il fut un héros vaillant. Elles sont aussi imprégnées d'amour de la patrie et de haine de l'ennemi, comme ce Guillaume s'en va-t'en guerre écrit par Théodore Botrel contre Guillaume II, sur l'air célèbre de Malbrough.

La chanson que livre Debussy en 1915 évoque des enfants qui n'ont « plus de maison » : la référence aux territoires envahis est on ne peut plus claire. « Le pouvoir s'est beaucoup servi des scènes barbares à l'encontre des civils – viols de femmes et tueries d'enfants – restreintes en nombre de victimes, mais montées en épingle pour retourner les derniers pacifistes et activer la haine de l'ennemi. La chanson sert aussi à cela. », commente Serge Hureau, directeur du ‘Hall de la chanson’.

Ce n'est pas le papa qui est mort ici, mais la maman. Et l'auteur laisse entendre qu'elle a eu de la chance puisqu'elle n'aura pas à supporter la mort de son mari… Comble d'un certain cynisme, il s'agit d'un chant « de Noël », période pacifiée, pacificatrice. Or ici les mots disent le contraire : aucun cadeau ne sera fait à l'ennemi. Et les petits orphelins, eux, ne réclament qu'une chose : la victoire aux enfants de France, que les enfants d'Allemands subissent un sort équivalent. L'innocence bafouée, il faudra attendre la fin de la guerre pour que l'enfance revienne.


UN CLAUDE DEBUSSY MÉCONNU

Composé et mis en texte par Claude Debussy, « Noël des enfants qui n'ont plus de maisons » date de 1915. Voici son texte :

« Nous n'avons plus de maisons ! / Les ennemis ont tout pris, jusqu'à notre petit lit ! / Ils ont brûlé l'école et notre maître aussi. / Ils ont brûlé l'église et monsieur Jésus-Christ.  / Et le vieux pauvre qui n'a pas pu s'en aller ! / Nous n'avons plus de maisons ! / Les ennemis ont tout pris, jusqu'à notre petit lit !… Bien sûr ! /papa est à la guerre / Pauvre maman est morte / Avant d'avoir vu tout ça. / Qu'est-ce que l'on va faire ? / Noël, petit Noël, n'allez pas chez eux, / n'allez plus jamais chez eux, punissez-les ! / Vengez les enfants de France ! / Les petits Belges, les petits Serbes et les petits Polonais aussi ! / Si nous en oublions, pardonnez-nous. / Noël ! Noël ! Surtout, pas de joujoux, / Tâchez de nous redonner le pain quotidien. / Nous n'avons plus de maisons ! / Les ennemis ont tout pris, jusqu'à notre petit lit ! / Ils ont brûlé l'école et notre maître aussi. / Ils ont brûlé l'église et monsieur Jésus-Christ. / Et le vieux pauvre qui n'a pas pu s'en aller ! / Noël ! Écoutez-nous, nous n'avons plus de petits sabots, / Mais donnez la victoire aux enfants de France ! »

Cette chanson a d'abord été mise sous le tapis par Claude Debussy, qui s'agaça jusqu'à sa mort le 25 mars 1918 de son succès, puis par ses ayants droit et éditeur. Non rééditée, elle est peu évoquée et reste souvent taboue pour ses admirateurs. Elle montre un Debussy composant pour un chœur d'enfants, une chanson de haine de l'ennemi, qui plus est dans l'endroit de l'amour, la prière.

Les artistes, très européens, s'admirent plutôt de pays à pays, se rendent visite, correspondent, malgré les haines. Pas Debussy qui, contrairement à nombre de confrères admirateurs de Beethoven et Wagner, exprime son refus de la grandiloquence germanique. Sa correspondance d'avant-guerre contient quelques pamphlets déniant un quelconque héritage de la musique allemande dans son œuvre.

Par Jean-Yves DANA (Cadence Info - 07/2015)

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