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CHANSON


LES COMEDIES MUSICALES FRANCAISES,
DES SUCCES AUX FLOPS

La consécration artistique à travers les comédies musicales ne date pas d’aujourd’hui. A force d’envier les triomphes de Broadway, de nombreux auteurs et compositeurs français se sont dit : Pourquoi pas nous ? Hélas, la recette qui fonctionne aux Etats-Unis se transpose très mal sur notre territoire. Question de feeling, peut-être, question de culture, sûrement ! Ce n’est pas faute d’avoir essayé. En 1967, Jacques Brel et L'homme de la Mancha en avait fait l’amère expérience. Car des bides, il y en a eu et il y en aura encore. Quelques explications s’imposent…


IL ETAIT UNE FOIS LA COMEDIE MUSICALE FRANCAISE

Paris n’étant pas Broadway, il fallait que les auteurs et compositeurs trouvent une recette qui fonctionne, qui fasse oublier cette domination écrasante qui influence depuis les années 30 les scènes du music-hall et indirectement les plateaux de cinéma. Ils devaient miser gagnant en créant des comédies musicales à l’égal de Hair ou de Hello, Dolly !, sans avoir à en rougir, sans faire profil bas, mais au contraire en relevant le défi avec notre culture et notre vision du spectacle.


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Les échecs des comédies musicales françaises ont souvent été dus, en premier lieu, à la culture artistique qui, en France, jusqu’aux années 60, est héritée de l’opérette (marseillaise) et de Tino Rossi. Le regard que portaient les professionnels du music-hall sur l'art de la comédie musicale n’avait rien à voir avec l’élégance naturelle de Fred Astaire, l’humour de Bob Hope ou le bonheur de Gene Kelly chantant sous la pluie.

Cette mise en images dédiée au cinéma n’était en fait que le prolongement des comédies musicales inventives et modernes que Broadway semait comme des petits cailloux. Contraste saisissant avec une France encore endormie qui proposait le plus souvent des musiques « rococos » et des histoires sans queue ni tête et souvent ennuyeuse. Etait-ce un manque de moyens ? Pas si sûr !

Dans la France des années 60, c’est davantage à travers le film musical que des tentatives de comédies musicales trouveront un certain écho auprès du public. A ce titre, Les demoiselles de Rochefort et antérieurement Les parapluies de Cherbourg, malgré la difficulté de la tâche, réussiront l’exploit de tirer vers le haut l’exercice difficile de la comédie musicale à la française, sans épouser les contours du genre américain et en apportant une touche tout à fait personnelle.

Il faudra attendre 1973 et La Révolution Française, première comédie musicale en forme d’opéra rock, pour qu’un premier signe positif arrive enfin. D’une conception moderne, La Révolution Française ouvre une brèche en mélangeant une page de l'histoire française avec des chansons enfin à la page. Ecrite par Raymond Jeannot et Claude-Michel Schönberg sur un livret de Jean-Max Rivière et Alain Boublil, certaines chansons trouveront un écho très favorable auprès du public, ce qui leur vaudra plusieurs passages télévisés dans des émissions de variétés. La distribution permettra de mettre en valeur quelques artistes encore peu connus, comme Alain Bashung ou Gérard Blanc (des Martin Circus).


LES MARTIN CIRCUS ET ALAIN BASHUNG - FRANCAIS, FRANCAIS
(LA REVOLUTION FRANCAISE)


L’autre grand sursaut d’orgueil nous parviendra à la fin des années 70 avec Starmania. Le public aura attendu patiemment quelques années pour qu’un nouveau projet francophone tienne la route. Tout comme La Révolution Française, Starmania est encore une sorte d’opéra-variété-rock, mais pas vraiment Hair, malgré quelques cheveux longs qui traînent encore ici ou là, pas vraiment Le Magicien d'Oz, en déroulant son action dans un monde futuriste sombre et dangereux. Avec Starmania, le compositeur Michel Berger et le parolier Luc Plamondon ont réussi à attirer l’attention des Anglais - un public difficile et exigeant -, et dans une moindre mesure celle des Américains, ce qui est déjà en soit un exploit. A partir de cette référence, souvent citée en exemple, tout semblait possible à présent.

A la suite de Starmania, d’autres comédies musicales tenteront leur chance. Citons : Les Misérables (1985), adaptée du roman éponyme de Victor Hugo (musique : Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, paroles : Jean-Marc Natel), avec Maurice Barrier, Jean Vallée, Yvan Dautin et Rose Laurens ; La Légende de Jimmy (1990), second opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, avec Diane Tell et Tom Novembre ; Paul et Virginie (1992), d’après le roman de Bernardin de Saint-Pierre (musique et paroles Jean-Jacques Debout) avec Emmanuel Curtil et Claire Keim. Ces comédies musicales, même si elles n’obtiennent pas la même notoriété que Starmania, vont avoir le mérite de fidéliser le public français à un modèle artistique qui misait perdant quelques années auparavant.

A la fin de l’année 1998, une comédie musicale va faire l’effet d’une bombe à retardement : Notre-Dame de Paris. Rapidement plébiscitée dans de nombreux pays (Canada, Belgique, Suisse, à Londres comme à Las Vegas), elle sera pour le public français une véritable attraction, un moteur suscitant un engouement sans faille pour la comédie musicale, sans que personne ne sache vraiment encore aujourd’hui quelles en ont été les véritables raisons : la popularité de l'histoire, la qualité des chansons, le talent des artistes, l'originalité de la mise en scène ou la qualité de l'adaptation. L'ensemble peut-être ? Difficile de répondre.

Inspirés du roman de Victor Hugo, le compositeur Richard Cocciante et le parolier Luc Plamondon ont réussi avec le metteur en scène Gilles Maheu à concilier le difficile héritage d’une histoire dramatique où se mêle rivalité et amour impossible. Notre-Dame de Paris révèlera le talent de chanteuses et chanteurs devenus aujourd’hui célèbres : Garou, Hélène Ségara, Patrick Fiori ou encore Daniel Lavoie.

Le succès rencontré par Notre-Dame de Paris ne sera pas sans conséquence. Elle relancera si bien l’intérêt des spectacles musicaux en France qu’une vague déferlante de projets les plus invraisemblables verra le jour. Tout assemblage de chansons basé sur des livrets plus ou moins bien construits deviendra une comédie musicale en puissance ! Le pire était à redouter et arriva...


LES BIDES DE LA COMEDIE MUSICALE... OF COURSE !

Les années 2000 s’arrosent, sauf pour la comédie musicale. Il ne se passera pas une année sans qu’une nouvelle comédie musicale française ne voit le jour et ne prenne l’eau. Vous avez dit : Les Mille et Une Vies d’Ali BabaA Quoi Bon, chantent-ils en chœur. A quoi bon, en effet ! Que faire quand, à la base, l’histoire est stupide, la mise en scène tombe à plat et que les chansons sont mauvaises ? La catastrophe étant annoncée, il n'y a donc rien ou presque rien qui puisse sauver Les Mille et Une Vies d'Ali Baba ? Oui, d’autant plus que même la chanson Rabbi Muffin interprétée par Mc Solaar – séquence musicale qui se veut drôle en remake de Rabbi Jacob – confirme le ratage monumental.

Il y a deux raisons sine qua non pour qu’un spectacle de comédie musicale fonctionne. La première, celle de posséder de bonnes chansons, avec des paroles placées dans le contexte - c'est préférable -, et des musiques ni trop avant-gardistes, ni trop passéistes ; la seconde raison étant de proposer des décors, des costumes et une mise en scène originale et travaillée. Le spectacle doit toujours justifier le prix des places souvent élevé.

Autre exemple de bide : Cindy, version futuriste d’une Cendrillon de banlieue en 2002. Cette fois-ci Luc Plamondon co-auteur avec Romano Musumarra a dû se dire qu’on ne peut pas triompher à chaque fois. Mauvais goût et gouffre financier auront sonné le glas de cette Cendrillon des temps modernes au bout de trois mois. D’ailleurs, n’y a-t-il pas meilleur verdict que de voir les spectateurs quitter la salle avant la fin de la représentation ? Cindy (interprétée par la chanteuse Lââm) l’aura vécue. Seul rescapé du naufrage l’album, qui deviendra disque d’or avec 100 000 exemplaires vendus. Allez, comprendre !

Plus près de nous, en 2011, Dracula, l’amour plus fort que la mort, de Kamel Ouali. Dracula ferait-il peur ou existerait-il une forme de saturation auprès du public ? Le vent ne souffle pas toujours dans la bonne direction. Les chansons ont été matraquées à la radio mais n’ont pas rencontré le public. L'encéphalogramme est plat. Attention, il y a danger ! Dracula serait-il retourné dans sa crypte pour se mettre à l’abri de tout ce « ouin ouin » ?

Et côté cinéma, que faut-il penser du film musical Glitter avec Maria Carey en 2001 ? Un flop, une anti-comédie musicale à l’américaine qui vaudra à la chanteuse un Razzie Awards pour pire actrice de l’année. Dur, dur de devenir une artiste de comédie musicale ! Que voulez-vous, tout le monde n’est pas à l'image de Ginger Rogers ! Et puis, il faudrait arrêter de croire que le public gobe tout. C’est en prenant les gens pour des imbéciles que l’on devient souvent, soi-même, l’imbécile de service : « J’essaye de ne pas penser à ce que les critiques ou les gens diront. Je ne peux pas me concentrer sur ça si je veux bien jouer. » dira la chanteuse, comme pour s’excuser. Si le film se veut jeune, frais, sexy et in, les chansons sont out tout comme la mise en scène qui est sans relief. Bref, l’association "star de la chanson" et "cinéma" a voulu jouer gagnant et, au final, a perdu sa mise en jeu. Malheureusement pour Maria Carey, le flop du film a aussi entraîné dans sa chute les chansons. Très peu se vendront et la chanteuse vivra une dépression sévère au point de tout arrêter, songeant même au suicide !

ABAISSONS LE RIDEAU

Serait-il temps de tout arrêter avant qu’il ne soit trop tard ? Le filon est-il totalement épuisé, le public lassé, ou alors la raison, pour ne pas dire la sagesse, serait-elle de laisser reposer les esprits un certain temps ; de prendre du recul, et de se demander si les chansons et les sujets étaient calibrées pour ce type d’exercice particulier ? La comédie musicale doit naviguer entre réalité et rêve. Ce curieux équilibre, si difficile à saisir, ne doit jamais être inféoder à des modes, car les modes par nature ont un temps d’existence toujours limité. Mieux vaut alors dans ce cas abaisser le rideau et songer à d'autres aventures moins capricieuses.

Par Elian Jougla - 07/2015

L'AVIS DES INTERNAUTES

nom : Tania
message : Cet article est intéressant, cependant, il y a eu beaucoup d'autres comédies musicales que celles mentionnées, je pense notamment au '10 commandements' qui a rencontré un vif succès. Pourquoi l'article le passe sous silence ? (posté le 11/08/2017)

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