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EARTH WIND & FIRE : "ALL'N ALL", LA MAGIE DU "PROGRESSIVE FUNK"

Au croisement des musiques soul, funk et jazz, le groupe Earth Wind & Fire marquera les années 70 et 80 par sa production élogieuse, accédant aux sommets autant par les compositions et les arrangements qu'au travers d'une mise en place aussi précise que le tranchant d'un scalpel. La simple vue de la pochette de leur huitième album All'n All, forcément pharaonique, est porteuse de signes : harmonies à haute tension, rythmes percutants, textures vocales soignées se partagent des titres dansants qui ne cèdent en aucun cas à la banalité.


IMPOSER SES PROPRES RÉFÉRENCES

Cette formation, révélée en Europe lors de sa tournée avec Carlos Santana en 1975, avait déjà marqué les esprits en signant plusieurs hits : Do The Bus Stop, Yum Yum, Shining Star... Formé en 1969 à Chicago par Maurice White, l'ancien accompagnateur du pianiste Ramsey Lewis avait engagé une dizaine de musiciens, dont son frère, le bassiste Verdine White, pour constituer Earth Wind & Fire et produire une musique qualifiée de « progressive funk ».

© Columbia ebay image – Earth Wind & Fire au complet, en 1977 (photo extraite de la pochette du simple "Serpentine Fire").

Se ressourçant directement des rythmes d'Afrique Noire, mélangés à du blues, du rock jusqu'au jazz de Chicago, la musique d'Earth Wind & Fire (Terre, Vent et Feu, les trois éléments dérivés du signe Sagittaire de M. White) n'attendra pas longtemps pour s'installer au box-office. Extrêmement populaire aux États-Unis, les premiers albums se vendront chacun à près de deux millions d'exemplaires et leur huitième, All'n All, ne changera pas la règle, même en plein tumulte de vague punk. Face à cette fanfaronnade sonore, Maurice White souriait et ne s'en préoccupait guère. Depuis 1971, l'année de sortie du premier disque et de la participation du groupe à la bande-son du film culte Sweetback Badass Song, Earth Wind & Fire ne cessait pas de prendre de l'ampleur.


JUPITER

La maturité musicale contenue dans All'n All démontre parfaitement le chemin parcouru. Quand sort le disque, le groupe vit sur la lancée de leur précédent opus Spirit et de ses deux hits Saturday Nite et Getaway. À ceci s'ajoute une production scénique exemplaire, soulevant auprès du public des expériences toujours plus audacieuses et spectaculaires, damnant le pion aux shows de Parliament/Funkadelic avec lasers, guitaristes en lévitation et des moments de magie (notamment la disparition du groupe de la scène, une illusion conçue par le magicien Doug Henning).


UNE MUSIQUE DANSANTE ET CULTURELLEMENT ÉLABORÉE

Bien que le nom même de ce groupe relève du symbolisme astrologique et que les paroles de leurs chansons évoquent fréquemment des mystères galactiques, les musiciens composant Earth, Wind & Fire produisent une musique bien terre à terre, sophistiquée et élaborée, parfois technique comme s'il s'agissait de jazz-rock à un niveau digne des meilleurs big band de jazz, si comparaison, il y a.

All'n All constitue un mélange rare de lyrisme, d'ardeur et de progression artistique qui accompagne son auditoire vers des formes musicales aussi dansantes que diablement inventives. Dès lors, quand une telle symbiose se produit, il n'y a rien d'étonnant à ce que le disque coupable récolte quelques lauriers, un Grammy pour la meilleure performance vocale ou un autre pour un instrumental. Les oreilles – même celles mal éduquées – remarqueront le soin apporté à la prise de son par les studios californiens "Hollywood Sound", d'une qualité extrême de bout en bout.


RUNNIN'

Dans ce huitième album, du beau monde a été réuni. Le disque comprend quelques invités dont le pianiste Eddie Del Barrio, le trompettiste Chuck Findley et le percussionniste Paulinho Da Costa, mais pour quiconque a écouté un jour du Earth Wind & Fire, il est impossible d'échapper à la section de cuivres et à ses arrangements d'une efficacité redoutable. Pour All'n all c'est le Brésilien Eumir Deodato et l'Américain Thomas Washington qui ont « formaté » leurs diverses interventions. Et si la voix de Maurice White illustre la majorité des chansons, par ailleurs, comment échapper à l'intervention du chanteur Philip Bailey sur la romance I'll Write A Song For You. Ce dernier réalise à cet endroit une prouesse vocale d'une finesse extrême, tout en subtilité, comme il n'en arrive guère.

Quand on écoute d'une traite All'n All, on comprend bien mieux pourquoi cet album a été certifié triple platine. Du titre d'ouverture (Serpentine Fire) en passant par le dynamique Jupiter, l'interlude Brazilian Rhyme, jusqu'à la conclusion (Be Ever Wonderful), l'auditeur a toutes les chances d'être capturé par la remuante magie sonore du groupe. Barack Obama, peut-être, fut-il l'un des premiers à éprouver cela. N'ayant jamais dissimulé son admiration envers Earth Wind & Fire, le 44e président des États-Unis les avait conviés en février 2009 à se produire à la Maison Blanche. C'est dire !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 06/2023)


I'LL WRITE A SONG FOR YOU

Earth Wind & Fire
Album "All'n All"
Sortie le 21 novembre 1977
Chez Colombia
Produit par Maurice White
Singles : Serpentine Fire, Fantasy, Jupiter et Magic Mind.


À CONSULTER

EARTH WIND & FIRE, L'HISTOIRE DE MAURICE WHITE

Fondateur du groupe Earth Wind & Fire, Maurice White aura accompli son rêve, celui de rassembler Blancs et Noirs autour d'une musique populaire taillée pour la danse.


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