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MUSIQUE DE FILMS


LE SAMOURAI – FRANCOIS DE ROUBAIX


Le Samouraï, un film policier qui a influencé de nombreux cinéastes, un film où le silence compte autant sinon plus que les paroles. L’observation du milieu et des méthodes policières sont signés Jean-Pierre Melville, grand spécialiste du polar à la française des années 50/60. Pour son dixième film, le metteur en scène a décidé de faire appel à un jeune compositeur bourré de talent, un compositeur novateur doté également d’un sens aigu pour tout ce qui touche à la mélodie… François de Roubaix.


FRANCOIS DE ROUBAIX

Seize minutes et trente-quatre secondes. La courte durée de la bande originale du Samouraï, n’a d’égal que dans le sens de l’épure du cinéma de Jean-Pierre Melville. En 1967, François de Roubaix n’a à son actif que deux films importants : Les Grandes Gueules et Les Aventuriers. Deux « films d’hommes » signés Robert Enrico. A l’écoute des musiques, Melville saisit toutes les qualités du travail orchestral conduit par le jeune compositeur.


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François de Roubaix est un musicien autodidacte dont la formation s’est essentiellement déroulée dans les caves des clubs de jazz de Saint-Germain, où il officie en tant que bassiste et tromboniste. Son père, Paul, réalisateur et producteur, aura une influence décisive sur une carrière de « metteur en son » qui débute en 1959 avec L’Or de la Durance, un court-métrage commandé par le ministère de l’agriculture.

A l’opposé de ses confrères retranchés dans la rigueur orchestrale, et échappant au cinéma de la « nouvelle vague », François de Roubaix est surtout connu pour ses expérimentations sonores (il sera l’un des tout premiers à créer le concept du home-studio). Autant séduit par Paul Schaeffer que par les Pink Floyd , de Roubaix s’adonne aux mélanges les plus improbables en combinant des arrangements pour petits ensembles à cordes avec ses synthétiseurs, et aux sonorités concrètes offertes par des matières brutes comme le verre, l’eau, le bois ou le feu.


LA BO DU SAMOURAI

Paradoxalement, la bande originale du Samouraï est une des œuvres les plus classiques de François de Roubaix. Pas de bruitages, pas de synthétiseurs, rien que des instruments « classiques » : orchestre à cordes, vibraphone, orgue Hammond, accordéon, flûte, trompette, piano…

Dans le film cohabitent deux univers qui se repoussent : la solitude du tueur à gages incarnée par Alain Delon et le monde de la nuit, son milieu, ses combines, et son atmosphère si particulière. Il en est de même pour la musique. Les séquences d’action du tueur solitaire font appel à des orchestrations bien différentes des scènes de cabaret ; ces dernières laissant échapper des thèmes nettement jazz et blues, justifiés parfois à l’écran par la présence d’un trio jazz (la pianiste - Cathy Rosier – sert de fil conducteur à l’intrigue du film).

Dans le scénario de Melville, Alain Delon incarne Jeff Costello, un tueur à gages plongé dans la grisaille tenace d’un Paris pluvieux. Son existence n’est dictée que par les missions que lui confient ses employeurs. A la manière de la contribution de Miles Davis pour Ascenseur pour l’échafaud, de Roubaix élabore un paysage fortement imprégné d’ambiances délétères et d’orgues Hammond blafards.

Le pianiste et organiste de jazz Eddy Louiss assure les notes bleues des thèmes Valérie, Jeff et Valérie et Jeff et Jeanne dans une bande-son composée à la hâte, en quinze jours, sous la conduite d’Eric de Marsan. « La consigne était simple. La musique devait fonctionner comme un portrait intérieur de Costello. Autrement dit, d’un personnage marqué par un passé et surtout un destin. Voilà ce que je devais exprimer : un fatum… », expliquera François de Roubaix.



Ce fatum instrumental est dévoilé durant les premières minutes (quasi muettes) du film. « Le Samouraï » et son thème d’introduction sont les alter ego de Jeff Costello-Alain Delon, tueur froid et déterminé. Une spirale de son d’accordéon en chute libre est suivie par une ponctuation de cordes non résolue, à la manière de Bernard Herrmann.

Le mystère qui entoure le personnage d’Alain Delon laisse place à une toccata pour orgue. Une musique dont les hauteurs vertigineuses ne renvoient que l’écho d’une solitude implacable. Une métaphore sonore qui puise également ses sources dans le Bushido, le code d’honneur des guerriers japonais : « Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n’est peut-être celle du tigre dans la jungle… »

Par Ch. Geudin et B. Cachin (Cadence Info - 10/2014)

En savoir plus : François de Roubaix et la musique de films


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