CLASSIQUE / TRADITIONNEL


FRANZ LISZT, LE CONQUÉRANT DU PIANO MODERNE

Tout comme Frédéric Chopin et Niccolò Paganini, Franz Liszt appartient à la génération des musiciens virtuoses. À son époque, sa renommée sera si considérable qu'il doit être considéré comme une immense star du piano avant l'heure. Le compositeur aura une influence auprès de quelques figures majeures du monde musical du 19e siècle et au-delà.


LA FOLIE D’UN PIANISTE D'EXCEPTION

Celui que l’on considérait comme le nouveau petit Mozart, devait grandir en possédant sous ses doigts le clavier d’un piano, instrument qu’il honorera durant une majeure partie de sa vie sans défaillir. Dès sa plus tendre enfance, Liszt émerveille par ses dons pianistiques.

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© Jean-Pierre Dalbéra (flickr.com) - Portrait de Franz Liszt jeune homme.

Né en 1811 dans une famille modeste, dès ses 9 ans, il joue devant la haute noblesse hongroise et à 11 ans, pour son premier concert à Vienne, Rossini l’acclame. Sa vie commence à tombeau ouvert, et c’est là l’une des nombreuses facettes de ce musicien dont l'existence est digne d’un roman aventureux.

Le 9 mars 1832, Franz Liszt a 21 ans quand il se rend à l’Opéra de Paris pour écouter le violoniste Niccolò Paganini. C’est le choc. L’attention de Liszt est entièrement captée par sa virtuosité, au point qu'il décide d'entreprendre le piano avec un regard neuf. Pour repousser les limites de l’instrument, le pianiste détenait deux atouts : une oreille juste et surtout de très grandes mains capables de produire des écarts pouvant aller jusqu’à une octave et demie. Cette disposition naturelle aura bien évidemment des incidences directes sur sa façon de composer et dans sa capacité à interpréter des répertoires de différentes natures.

Comme Mozart avant lui, celui que l'on surnommait enfant le “petit Liszt”, se transforme en un personnage légendaire, un roi de la scène...

À la fois puissante et sensible, dotée de mélodies romantiques comme de traits hautement techniques, la musique de Liszt touche un large public par sa façon d’appréhender les diverses facettes du jeu pianistique. Cela s’entend dans ses œuvres singulières qui vont du plus profond et dramatique jusqu’aux envolées courant après chaque note.

Aux énoncés mélodiques prévisibles succèdent des traits techniques construits de gammes, d'arpèges et de staccatos. Tout semble forgé dans les apparences d’un jeu qui ne serait que démonstratif ce qui, musicalement, est bien évidemment trop réducteur. Liszt développe conjointement un jeu horizontal et vertical comme pour démontrer, effectivement, que la technique n’a plus de secret pour lui et qu’il a déjà franchi l’épreuve en imposant des œuvres d’un autre tenant.

© Jean-Pierre Dalbéra (flickr.com) - Le grand piano Chickering offert à Liszt (musée Franz-Liszt / Budapest)


DES CONCERTS D’UN GENRE INHABITUEL

Lors de sa période dorée, entre 1839 et 1847, l’Europe tout entière vibre au son d’un piano interprété par un artiste dont la virtuosité soulève de béatitudes le public qui assiste à ses concerts. Le pianiste, qui ne manquait pas de charme, avait pour lui ce côté flamboyant qui savait conquérir l’auditoire féminin. Bien avant que naissent les phénomènes engendrés par les fans 100 ans plus tard, Liszt, à bien des égards, avait su transporter dans le cœur des femmes quelques passions débordantes.

Ses cheveux longs dissimulant les crispations du visage, la tête plongé vers l’avant, le pianiste entrait dans une sorte de transe lors de ses concerts, comme happé par le jeu conquérant des oeuvres interprétées, ce qui subjuguera nombre de ses “fans” jusqu’à l’évanouissement.


LE COMPOSITEUR GLINKA (ext. du film de Grigori Alexandrov - Kompozitor Glinka, 1952)
Dans cet extrait du film consacré à la vie du compositeur russe Mikhaïl Ivanovitch Glinka, on voit Franz Liszt (Sviatoslav Richter au piano) lors d’un concert suivi de sa rencontre avec Glinka (interprété par Boris Smirnov). L’enthousiasme mesuré de la haute société acquise à la cause du compositeur russe témoigne, malgré les convenances, un ascendant non dissimulé envers le pianiste hongrois.

Cette hystérie inconnue jusqu’alors allait susciter quelques témoignages. L’écrivain et poète allemand Heinrich Heine invente la Lisztomania, dont le rapprochement avec la Beatlemania dans les années 1960 indique clairement la dimension émotionnelle suscitée par le pianiste lors de ses concerts. Ce fait, si difficile à imaginer du point de vue historique, doit être replacé dans un contexte où la musique circulait autrement et où le nom précédait souvent de ses "on-dit" la renommée et l’excentricité d’un artiste.

À cet égard, Liszt marquera les musiciens de son époque, mais aussi les générations suivantes, jusqu’à toucher certains artistes contemporains en devenant une sorte d’icône, un pygmalion. Ce rapprochement au survol rapide est dû à son importance dans le domaine du récital pour piano et dont les qualités suprêmes sont de se produire seul sur scène et d’interpréter tout un programme de mémoire.

Après avoir connu une vie de “superstar du piano” et de conquêtes féminines, Franz Liszt décide en 1861 de prendre quelques distances avec cette vie mouvementée. À la grande surprise de son entourage, du public et des cours européennes, quatre ans plus tard, le pianiste prend la soutane et devient l’abbé Liszt.

Jusqu’à sa mort survenue en 1886, à l'âge de 74 ans, l’abbé ne renoncera pas pour autant à la musique. Et si les concerts appartiennent désormais au passé, Liszt s’engagera dans l’enseignement, notamment à l'Académie royale de musique de Budapest et continuera de composer humblement quelques œuvres débordantes de sentiments et de bienveillances, comme si l'homme, emporté par le mysticisme religieux auquel il avait donné foi, avait tout fait pour échapper à la folie qui l'animait.

Par Patrick Martial (Cadence Info - 05/2022)

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