CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LES CONCERTS CLASSIQUES DU TEMPS DE MOZART ET DE HAYDN

Durant une période assez longue, les compositeurs écrivaient pour des instruments quelconques sans que leurs particularités sonores interviennent en tant qu'éléments constitutifs, au point que les parties instrumentales se bornaient la plupart du temps à renforcer les parties vocales en les doublant. Jusqu’au milieu du 17e siècle, il n’existait pas encore d’orchestres symphoniques véritablement constitués qui soit en mesure de répondre parfaitement aux exigences d’un compositeur comme Mozart…


LA NAISSANCE DES CONCERTS PARISIENS

Au 18e siècle, les principaux centres de la vie musicale étaient Londres, Mannheim, Paris, Vienne et les cours de Berlin et de Dresde. Alors que l’origine sociale du public payant s’élargissait, les concerts qui lui étaient destinés augmentaient encore plus vite. Le système des abonnements était devenu familier et les concerts ressemblaient en bien des points à ceux qui nous assistons aujourd’hui, seule la composition des programmes différait en ayant un ordre dicté, semblait-il, par le hasard…


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Avant d’assister à un grand concert, le public ne connaissait pas toujours de façon précise son déroulement : un concerto pour soliste, quelques arias d’opéra, deux ou trois pièces de virtuosité, une symphonie, une ouverture… ce qui entraîner parfois, par manque de concertation, une part d’improvisation à la dernière minute. Habituellement, l’œuvre la plus importante était placée au début et le concert s’achevait par une pièce courte et tendre – une tradition qui durera jusqu’au début du 20e siècle. L’accent était généralement mis sur le soliste ; les virtuoses étant déjà les idoles du public.

© Music in the Eighteenth Century - Affiche du Concert Spirituel du 15 août 1754

Tout commence à Paris, quand le flûtiste Anne Philidor fonde en 1725 le 'Concert spirituel'. À l’origine, il s’agissait de présenter des œuvres religieuses les jours où les représentations théâtrales et les concerts de musique profane étaient interdits. Ils avaient lieu dans une salle des Tuileries et les musiciens venaient surtout de l’orchestre de l’Opéra.

Le 'Concert spirituel' restera pendant longtemps l’endroit idéal pour un compositeur qui voulait entendre jouer sa musique. Plus tard, dans les années 1780, plusieurs autres séries de concerts verront le jour dans la capitale, dont les 'Concerts de la Loge Olympique' pour lesquels Haydn composa les six symphonies Parisiennes. À l'arrivée de la Révolutionn seul le 'Concert spirituel' survivra. Les 'Concerts de la Loge Olympique' reprendront après une interruption et continueront d’exister jusqu’à la moitié du 19e siècle.

L’exemple français sera imité. À Leipzig, où J.-S. Bach ne disposait que de ressources musicales chichement comptées, le compositeur organisa tout de même ses concerts Liebhaber, transformés trente ans après sa disparition en Gewandhauskonzerte, encore célèbres aujourd’hui.


LA MULTIPLICATION DES SALLES DE CONCERT

Les lieux dont il vient d’être question ne sont que des exemples parmi d’autres. Dès les dernières décennies du 18e siècle, les salles édifiées spécialement pour les concerts se multiplient. Celles comprenant plus de 1 000 places sont nombreuses, mais toutefois moins spacieuses que les grands opéras qui pouvaient accueillir plus de 3 000 spectateurs. Ce mouvement devait se poursuivre au 19e siècle dans une grande partie de l'Europe.

Nombre de grandes salles de concert seront notamment édifiées en Angleterre. À Londres, le 'Hanover Square Rooms' (1775), divisé en plusieurs salles, avec pour la plus spacieuse plus de 1 000 places, deviendra le rendez-vous privilégié des Londoniens. La série des concerts présentée par Johann Christian Bach, un des fils musiciens de Jean-Sébastien, et Carl Friedrich Abel (gambiste qui avait travaillé avec celui-ci à Köthen) s’y transporta. Cette salle passa ensuite à d’autres organisateurs de concerts, dont Johann Peter Salomon qui fit venir Haydn à Londres dans les années 1790. Des concerts y furent régulièrement organisés jusqu’en 1874.


HAYDN ET MOZART

À la différence de Haydn qui exigeait rarement qu’un orchestre se surpasse, Mozart possédait une grande intégrité artistique et refusait de s’abaisser au niveau de la «  musique facile ». Certes, il usait parfois d’effets pour plaire au public, mais il ne compliquait pas la tâche des interprètes au-delà de ce qui était nécessaire pour exprimer ses idées musicales. La virtuosité pour elle-même est absente de ses œuvres, et si on jouait moins souvent la musique de Mozart que celle de Haydn, c’est qu’elle était souvent d’une exécution difficile.

Bien que la musique de Haydn ne soit pas, elle aussi, toujours facile à exécuter, comme la plupart de ses contemporains, le compositeur s’adaptait autant que possible à la réalité sans pour autant sacrifier son inspiration. C’était un musicien de la vieille école, un artisan fournissant les « produits » qu’on exigeait de lui. Dans ce domaine, Mozart était tout différent !

Haydn (portrait peint par Thomas Hardy) et Mozart (portrait peint par Barbara Krafft)

En refusant la facilité, Mozart avait surtout permis aux musiciens d’orchestre d’élever leurs compétences techniques. S’il se trouvait qu’un orchestre ne puisse jouer ce qu’il avait écrit, Mozart en rendait responsables les interprètes, le chef d’orchestre ou encore le manque de temps pour les répétitions. Lui-même musicien d’orchestre expérimenté, il savait parfaitement ce qu’une préparation soignée permettait d’obtenir.

Une partie de la musique de Mozart n’était sans doute accessible qu’aux meilleurs orchestres, mais même ceux-ci ne la jouaient pas souvent. Le 'Concert spirituel', dont l’orchestre était un des meilleurs de son époque, jouera Mozart 15 fois, alors que Haydn y figurera 250 fois pendant la même période. Cette rareté d’exécution aura pour conséquence directe de réduire la publication d’une partie de ses œuvres et par là même de plonger le jeune Wolfgang dans de sombres difficultés financières.


DE L’INFLUENCE DU COMPOSITEUR AUTRICHIEN…

De ce qui précède, doit-on en déduire que la technique des musiciens d’orchestre de l’époque était inférieure à ce qu’elle est de nos jours ? C’est sans doute le cas, mais les musiciens d’aujourd’hui estiment que la musique de Mozart, qui associe les difficultés d’ordre technique et musical, est toujours une des plus exigeantes. Pour être interprétée à la perfection, elle demande une grande précision technique alliée à une grande liberté d’exécution.

Parvenir à cet objectif exige de chaque musicien une interprétation irréprochable et de l’orchestre une préparation fort minutieuse. C’est ainsi que la musique de Mozart a grandement contribué à élever la qualité des exécutions. Les exigences artistiques du compositeur ont peut-être eu des conséquences désastreuses pour lui, mais la postérité ne peut que lui être reconnaissante de son intransigeance.

À l’instar de Haydn, Mozart cherchera à tirer le meilleur parti possible de chacun des instruments et de l’orchestre dans son ensemble. Au cours de ses voyages, Mozart rencontrera des traditions orchestrales différentes qui influenceront son travail de compositeur. Son utilisation de la clarinette, consécutive à son séjour à Mannheim, sera un exemple encore suivi même après que le compositeur Weber l’eut encore développée. L’orchestration transparente de Mozart et son exploration sensible des possibilités de chaque instrument, poursuivie au 19e siècle notamment par Mendelssohn, deviendra un terrain idéal que nombre d’autres compositeurs chercheront à atteindre.

Par S. Kruckenberg (Cadence Info - 08/2020)
(Source ext. : L’orchestre symphonique et ses instruments, Ed. Gründ - 1995)


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