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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


BIOGRAPHIE BEETHOVEN, LE « TITAN DE LA MUSIQUE »

Le nom d'un compositeur a dominé tout le 19e siècle : Beethoven. Chez cet illustre compositeur émane un poids, une autorité, tout l’éclat d’un symbole. Beethoven occupe dans l’histoire de la musique une place singulière : celle d'un souverain plébiscité et porté sur le trône par le consentement unanime des peuples. S’il tient son pouvoir dictatorial du suffrage universel, dans le domaine des arts, nul doute que c’est une particularité tout à fait exceptionnelle !


LE « CAS » BEETHOVEN


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L'élite et la foule, les professionnels et les amateurs, les aristocrates et les démagogues n'ont pas coutume d'admirer les mêmes hommes et les mêmes œuvres. Ils sont automatiquement divisés par leur éducation, leur milieu, leurs goûts héréditaires, leur tempérament et les limites de leur connaissance. L'unanimité de la ferveur ne s'est jamais faite autour de Rameau, de Bach, de Mozart, de Schubert, de Wagner, de Debussy et d'autres génies créateurs qui ont enrichi la musique de trouvailles plus fécondes, plus originales et plus décisives que celles de Beethoven. Pour lui, elle s'est réalisée au contraire sans effort, à la simple évocation de son nom.

Certains musiciens ont bien sûr relevé cette anomalie et estiment que la postérité sera amenée un jour à inventorier avec plus de précision et d'équité l'apport d'un musicien de génie dont la littérature a innocemment déformé ses traits et altéré l'image. Il est frappant de constater, en effet, que c'est moins aux musiciens qu'aux romanciers et aux poètes que Beethoven doit cette ferveur.

Le bien nommé « Titan de la Musique », que l'on a tendance aujourd'hui à remettre en discussion, est poursuivi par de fâcheux malentendus que l'on doit au cours des siècles à l'intervention abusive de la littérature dans l'histoire de la musique. Le « cas » Beethoven semble bien le démontrer une fois de plus, car le fait d'admirer en bloc et sans nuances une production aussi disparate et de ne pas soupçonner l'existence de l'abîme qui sépare les lieux communs qui foisonnent dans les neuf Symphonies, qui abondent dans les sonates et les quatuors enlèvent à cet hommage peu éclairé une bonne partie de sa pertinence. Et la préoccupation de découvrir à tout prix de la sublimité dans les propos les plus familiers de ce compositeur « romantisé » à l'excès, aussi bien dans sa vie que dans son œuvre, a finalement trop souvent faussé leur véritable caractère.


LUDWIG VAN BEETHOVEN, UN ÊTRE ENFLAMMÉ

Fils d'un chantre héréditairement alcoolique et de la veuve tuberculeuse d'un valet de chambre Ludwig van Beethoven vit le jour en l770. Son père, comme celui de Mozart, voulut le transformer en enfant-prodige et lui fit aborder à quatre ans l'étude du piano et, à huit, la carrière de virtuose. Son éducation musicale fut conduite sans grand discernement : un violoniste, un ténor, un compositeur et deux organistes en furent tour à tour chargés, mais Beethoven ne dut, en réalité, qu'à sa curiosité et à son acharnement d'autodidacte sa culture littéraire et artistique.

Organiste, pianiste et altiste, Beethoven acquit rapidement une réputation d'improvisateur qui éclipsa ses mérites d'exécutant. Protégé par de riches familles, il put bientôt suivre sans contrainte et sans soucis matériels sa vocation de compositeur. Le comte Waldstein voulut lui faire prendre, à Vienne, des leçons de Mozart, malheureusement la mort de sa mère, en le rappelant brusquement à Bonn, ne permit pas la réalisation de ce projet. Lorsque Beethoven retourna dans la capitale autrichienne en l792, Mozart était mort et ce fut Haydn qui se chargea de le faire travailler.

On a prétendu que cet enseignement n'avait eu aucune influence sur la technique du jeune musicien déjà attiré par les recherches de l'école de Mannheim : l'examen de ses premières symphonies démontre, au contraire, que ce compositeur de vingt-deux ans avait tiré le plus grand profit de ses contacts avec le vieux « Maître des Saisons ». Après Haydn, des professeurs comme Schenk. Salieri et Albrechtsberger complétèrent sa formation technique.

À Vienne, auprès de quelques nobles familles qu’il fréquente, le jeune Beethoven prend l’habit d’enseignant. Les jeunes filles de la plus haute société se disputent alors ses leçons. C'est au cours de son professorat mondain que Beethoven s'enflammera pour un certain nombre de ses élèves : la comtesse Babette Keglevies, Giulietta Guicciardi, Thérèse de Brunswick et sa sœur Joséphine, Bettina Brentano, Amalie Sebald, Thérèse Malfatti, sans oublier la cantatrice Magdalena Willmann, Mme de Frank et quelques autres grandes dames ou artistes.

Le mystère de la vie sexuelle de l'auteur de Fidelio n’ayant jamais été éclairci, je n'ajouterai pas de commentaires nouveaux à l'abondante documentation contradictoire accumulée par les historiens qui, après avoir étudié de près cette énigme, n'ont pu ni se mettre d'accord sur l'identité réelle de la fameuse « immortelle bien-aimée », ni découvrir le véritable caractère des relations que le musicien entretint avec ses idoles successives. Beethoven fut-il un puritain, un amoureux transi, un « platonique », un sensuel ou un galantin ? Nul n'a le droit de l'affirmer avec certitude.


UN COMPOSITEUR À L'ÂME TOURMENTÉE

À vingt-six ans, les premiers symptômes de l'affection qui allait le priver du sens de l'ouïe commencent à altérer son caractère et à faire naître en lui une maussaderie et une misanthropie qui ne cesseront de se développer. À quarante neuf ans le compositeur est devenu complètement sourd et ne peut plus communiquer avec ses semblables qu'à l'aide de petits « cahiers de conversation » dont il reste encore aujourd’hui, précieusement conservés, de nombreux exemplaires. Ces « cahiers » nous apportent sur la vie intime et les réflexes du malheureux « emmuré » des révélations aussi instructives qu'inattendues.

À la disgrâce de cette infirmité qui mit fin à sa carrière de pianiste et de chef d'orchestre vinrent s'ajouter d'irritants soucis familiaux. Son frère Caspar Anton étant mort, Beethoven, avec son habituel sentiment du devoir, se consacra à la tutelle de son neveu Karl qu'il se proposait d'arracher à l'influence d'une mère dont il n'approuvait pas la conduite. Menant cette lutte avec la rudesse naturelle de son tempérament emporté, Beethoven ne tarda pas à s'engager dans d'inextricables difficultés d'autant plus que son pupille, encore adolescent, se révéla indigne de sa sollicitude. Ses dernières années furent assombries par la cruauté de ces épreuves physiques et morales, et c'est après un douloureux déclin qu'il s'éteignit à cinquante-sept ans.

L’étude attentive de son caractère ne nous livre que des indications psychologiques contradictoires : à la fois tendre et grossier, sensible et brutal, idéaliste et matérialiste, apôtre de la fraternité humaine et misanthrope irréductible, libertaire agressif acceptant docilement les libéralités de ses aristocratiques mécènes, moraliste austère titubant dans les estaminets, être affectueux et insociable, sans oublier son humeur d’ours des cavernes. Beethoven offre ainsi un mélange déconcertant de qualités et de défauts antinomiques. En fait, les auteurs des biographies trop titanesques du « surhomme » lui ont fait du tort, car ils n’ont pas compris que le surhumain est beaucoup moins émouvant que l'humain et qu'en nous révélant les tares et les faiblesses de ce pauvre être torturé, les historiens sans préjugés l’ont rapproché de nous au lieu de l'éloigner.



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