INSTRUMENT DE MUSIQUE


MAURICE MARTENOT : LES 'ONDES MARTENOT', NAISSANCE D'UN INSTRUMENT AVANT-GARDISTE

Nous sommes quelque temps avant la fin de la guerre 14-18. Maurice Martenot est un jeune et brillant pianiste, autant attiré par l’art d’enseigner que par les progrès d’une électronique naissante. Visiblement doué, ses premières recherches scientifiques retiennent l'attention...


LES 'ONDES MARTENOT', UNE DÉCOUVERTE ÉTONNANTE

Alors qu’il commande un petit poste de liaison radiotélégraphique dans les tranchées, Maurice Martenot (1898-1960) remarque l’extrême pureté des vibrations sonores qui pouvaient naître des lampes à trois électrodes. Après une première série de recherche conduite dans les années 1920, le discret inventeur produit un premier instrument qu’il s’empresse de faire connaître auprès du public.

Bien que devancé depuis quelques années par le Thérémine inventé en 1920 par le Russe Lev Sergueïevitch Termen, Maurice Martenot participe avec le même élan créatif que son rival à ouvrir les portes de la musique dans l’espoir de construire un monde sonore tourné vers l'avenir.


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© Jean-Louis Martenot - L'étonnant assemblage des 'Ondes Martenot'

L’occasion de présenter l’instrument se déroule en mai 1928 à l’Opéra de Paris où son invention surprenante fait l’effet d’une bombe. L’étonnant dispositif, si atypique à cause de son assemblage hétéroclite digne de la science-fiction, produit alors des sonorités aussi bizarres que surprenantes. Ce jour-là, le public assiste médusé à la démonstration du premier instrument radioélectrique français du 20e siècle.

Pour son inventeur, ce premier galop d'essai se solde par un grand succès. Dans ce domaine scientifique encore fragile de la musique électronique, les recherches conduitent par Martenot viennent d'aboutir au-delà de toute espérance après plusieurs années d’errances. Bien décidé à faire connaître son instrument, il décide de donner des récitals dans différents pays au début des années 30.

Toujours avec le soucis de placer les progrès de la science au service de l’art, Maurice Martenot continue ses recherches avec la ferme intention d’améliorer l'instrument. Ses expériences menées conjointement avec l’évolution de nouvelles techniques l’inciteront des années plus tard à transistoriser ses ondes.


LES ONDES MARTENOT DANS LA FRANCE DES ANNÉES 30

Pour bien comprendre la modernité des ondes Martenot, il faut plonger dans la France des années 30, à une époque où la musique populaire et même « savante » revendique encore sa créativité dans une dimension purement acoustique. Jusqu’à là, encore personne ne souhaite voir la musique se dévoyer dans un mariage de sonorités électroniques tout justes bonnes à produire d’étranges bruits. Pour un musicien, et à plus juste raison pour un compositeur, il est encore impossible d’imaginer ce que peut être une mélodie créée sur un matériau de base aussi insaisissable.

Or, ce qui est quelque part fantastique dans une France protectrice et enfermée dans des valeurs conservatrices, c’est l’attitude du musicien Maurice Martenot. À travers ses recherches, le musicien n’a jamais désiré imiter le timbre d’un instrument traditionnel, ne serait ce que pour plaire, au contraire, grâce à ses « Ondes » il a inventé de nouvelles formes d’expressions sonores encore inconnus ; tellement en avance sur l’époque que le risque d’être décrédibilisé par ses pairs allait quelque part de soi.


LES NOMBREUSES PARTICULARITÉS DES ONDES MARTENOT

L’instrument ne peut produire qu'un seul son à la fois, mais il offre une tessiture insoupçonnée qui va des infrasons aux ultrasons, tout en étant subordonné à un classique clavier de piano comportant 7 octaves dont 6 sont seulement visibles.

Grâce à l’utilisation combinée du clavier et de l’index de la main droite, que le musicien engage dans une bague reliée à un potentiomètre par un fil souple, le musicien arrive à produire des sons de différentes hauteurs. Ces deux formes de jeu combinées possèdent des possibilités expressives complémentaires. Pour faire simple, le jeu sur le clavier s’apparente à un jeu instrumental classique tandis que le « jeu de la bague » produit « l’expression vocale ».

Cependant, le maniement de l’instrument devient plus subtil quand les deux moyens d’expression (clavier et bague), commandés par les gestes de l’interprète, donnent naissance à un vibrato aux oscillations variables en vitesse et amplitude. À cet effet s’ajoute la main gauche et le pied qui agissent sur la dynamique et le timbre (chaque timbre pouvant être obtenu avec une résonance également variable au gré des envies).

On songe dès lors au spectacle donné par un musicien jouant ainsi pour la première fois devant un public des années 30… D’autant que pour être assez complet sur le mode de fonctionnement de l’instrument, il est nécessaire d’évoquer le tiroir qui se situe à proximité de la touche d’intensité et d’expression.

À l’intérieur de celui-ci se trouvent les jeux de timbres, amplifiés par les trois diffuseurs dont les rôles respectifs définissent l’enrichissement du timbre. Le premier est un classique haut-parleur, le second baptisé « Palme » (il en a la forme) procure un phénomène d’écho (spatialisation du son), tandis que le troisième procure des résonances métalliques.

Grâce à la combinaison de tous ces dispositifs, les Ondes Martenot créent de multiples effets sonores absolument libres et en constant mouvement dans le temps, ce qui signifie que la possibilité d’une maîtrise absolue de cet instrument, doté d'impondérables, conditionne sa véritable expression sonore, et par là même son originalité. Une prouesse technologique pour l’époque !

Les Ondes Martenot permettent grâce à l’inertie pratiquement nulle de l’électricité, d’agir à la fois sur la hauteur, la puissance, le timbre, l’attaque et la durée, une sorte d’ADSR enrichi avant l’heure, mais aussi en suivant une progression infinitésimale sur chacun de ses paramètres !


LE CHANT DES ONDES (bande annonce du documentaire réalisé par Caroline Martel - 2013)
Poursuivant le rêve inachevé du plus sensible des instruments électroniques de musique, ce documentaire est une référence pour tous ceux qui souhaitent vivre l'aventure des 'Ondes Martenot' au temps passé et présent..

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LES ONDES MARTENOT AU CŒUR DE LA MUSIQUE

Les Ondes Martenot ont ouvert la lutherie électronique dans une dimension où la conduite de l’expression musicale est dépendante d’une gestuelle aussi précise qu’influente sur le résultat sonore. Face à un parc d’instruments acoustiques ancestraux aboutis, les Ondes Martenot devaient dans les années qui ont suivi sa création passionner de nombreux compositeurs qui se sont emparés de ses possibilités sonores expressives en les intégrant au cœur de leurs orchestrations.

Les Ondes Martenot se sont répandues aussi bien dans la chanson que dans la musique de films, la musique classique contemporaine, et même les émissions de radio où ses particularités sonores étonnantes servaient tout particulièrement à illustrer d’angoissantes histoires dramatiques. L’instrument est aujourd’hui enseigné au Conservatoire de Paris.


À PROPOS DE MAURICE MARTENOT

Si son invention la plus célèbre reste les Ondes Martenot, Maurice Martenot était vraiment un visionnaire ; un musicien en avance sur son temps qui avait choisi de s’attacher aux questions pédagogiques et plus particulièrement à la psychopédagogie appliquée à l’enseignement de la musique.

Comme en témoigne son parcours professionnel, Maurice Martenot sera toujours partagé entre la rénovation d’une éducation musicale conservatrice (Martenot mettra au point une méthode avec ses deux sœurs) et des espoirs placés dans les progrès de la science pour ouvrir la musique à de nouvelles applications.

Citons dans le domaine musical sa fondation de l'Institut psychopédagogique d'éducation musicale en 1932 ; sa participation à la création du ‘Studio d'essai’ pour la Radiodiffusion française aux côtés de Pierre Schaeffer en 1942 ; l’ouverture d'une classe dédiée aux Ondes Martenot au Conservatoire de Paris en 1947 et les publications suivantes : « Les Principes fondamentaux d'éducation musicale » en 1967 et dix ans plus tard « Se relaxer : Pourquoi ? Comment ? » qui sera réédité sous le titre « La Relaxation active » en 1998.

Dans le domaine scientifique, Maurice Martenot fera de nombreuses avancées. Citons son nouveau mode de mise en vibration des cordes ; le diffuseur Palme en 1950 ; l’invention du clavi harp en 1953 - un petit instrument très léger de deux octaves conçu comme un guide-chant et se jouant en actionnant des tiges métalliques ; l’amélioration des Ondes Martenot avec de nouvelles lampes en 1960 suivi en 1979 de l’achèvement de sa transistorisation.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 02/2020)


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