QUELQUES SUGGESTIONS...

CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LA NAISSANCE DE LA MUSIQUE CONCRÈTE

À sa naissance, la musique concrète devait rencontrer une succession de difficultés. Cet art musical avant-gardiste apparu en 1948 proposait une approche révolutionnaire sur le traitement et l’agencement des sons via l’utilisation de diverses techniques provenant à la fois de l’enregistrement sonore et de sa reproduction. Si Pierre Schaeffer est le premier à proposer cet art musical aux formes acousmatiques, d’autres compositeurs vont rapidement s’associer à sa démarche. D’abord Pierre Henry, puis Pierre Boulez et Olivier Messiaen…


LE PARTICULARISME DE LA MUSIQUE CONCRÈTE

Introduisant une série de concerts sur les débuts de la musique électro-acoustique, le compositeur Michel Chion posait une question pertinente : « Pourquoi Paris fut-il le lieu de naissance d'une telle musique ? » Peut-être à cause d'une certaine tradition de sensualisme musical, d'attention à la substance sonore, qui se trouvait déjà chez Berlioz ou Debussy. Cependant, plus d’un demi-siècle après, la musique concrète est restée une démarche typiquement française, qui s'est jusqu'ici peu exportée.


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© GRM - Pierre Schaeffer

Le particularisme de la musique concrète a résisté à toutes les volte-face esthétiques, aux modes successives de l'écriture. Elle est restée presque une musique sauvage, abstraite dans sa construction. Elle paraît, aux yeux d'une certaine avant-garde officielle, perpétuer le scandale d'une sorte de bidonville musical en bordure des cités nouvelles : fondée ou non, c'est bien l'idée que beaucoup se font encore d'elle. Faut-il dénier ce particularisme ?

Non, il est vrai que si la musique concrète n'est pas faite tout à fait contre les autres musiques (dont, au contraire, elle affine et renouvelle l'écoute), elle réclame cependant une nouvelle oreille, une autre disponibilité ; elle bouleverse l'expérience d'écoute, réclame qu'on se dérange, et qu'on ne se contente plus des critères d'écoute traditionnels.

La musique concrète est née à Paris, suite à un incident technique : un sillon de disque fermé. Ce fragment inlassablement répété, véritable objet sonore détaché de son contexte, éveille en Pierre Schaeffer — alors ingénieur-musicien au Club d'essai de la RTF — le désir d'en fabriquer d'autres, cette fois volontairement. De là à enregistrer des « bruits », il n'y a qu'un pas, que Schaeffer franchit avec enthousiasme.


LES PREMIÈRES ŒUVRES DE MUSIQUE CONCRÈTE

Les premiers essais se font à l'aide de tourne-disques. Les sons sont coupés de leurs attaques, écoutés à l'envers de leurs déroulements, etc. Ainsi naissent les premières manipulations à base de musique « concrète » et les premières Études de Pierre Schaeffer : Étude aux chemins de fer, Étude aux tourniquets... (1948).

En 1948, le musicien Pierre Henry se joint aux travaux de Pierre Schaeffer, et c'est ensemble qu'ils composent la Symphonie pour un homme seul, première symphonie de musique concrète, révélée en 1950 à un public stupéfait. Pour bien comprendre cette aventure française, dont Pierre Schaeffer fut le génial initiateur et qui devint très vite une aventure collective, il faut fixer quelques points de repère dans les dix premières années de la musique concrète.

Le 18 avril 1948, le terme de « Musique concrète » apparaît dans un texte de Pierre Schaeffer : « pour bien marquer la dépendance où nous nous trouvons, non plus à l'égard des abstractions sonores, mais bien des sons concrets, pris comme des objets entiers, irréductibles à telle ou telle composante du solfège » ; c'est l'époque des premiers « mixages », transpositions du son en vitesses différentes (78 t. et 33 t.), lectures du son à l'envers ; Pierre Schaeffer compose ses premièresÉtudes (Noire, Violette, au Chemin de fer, au Tourniquet, etc.).

Le 20 juin, c'est le premier « concert de bruits » à la radio (Club d'essai).

1950 : Schaeffer reçoit son premier magnétophone à bande ; le 18 mars, c'est le premier concert public de musique concrète : on y donne la Symphonie pour un Homme seul de Pierre Schaeffer et Pierre Henry.

En 1951, Pierre Schaeffer et Pierre Henry composent Orphée 51 ; ce sont aussi les premières utilisations de potentiomètres. En octobre de cette même année les statuts du "Groupe de recherches de musique concrète" sont approuvés par le directeur de la Radio ; Pierre Boulez vient au Groupe et réalise Étude sur un son.

En 1952, Pierre Schaeffer publie À la recherche de la musique concrète qui contient notamment ses deux premiers et passionnants « journaux » sur ses travaux ; Olivier Messiaen vient au GRMC, il compose Timbres Durées ; aux USA, Merce Cunningham élabore une chorégraphie sur la Symphonie pour un homme seul.

1953 : mise au point de nouvelles techniques de « micro-montage d'échantillons millimétriques de bande magnétique » ; Stockhausen écrit à Paris Étude « aux mille collants » ; Jean Barraqué : Étude ; André Hodeir : Jazz et Jazz...

La même année, la création d'Orphée, « opéra concret » (P. Schaeffer et R Henry) au Festival de Donaueschingen déclenche un effroyable tumulte. Shaeffer raconte que « le combat cessa faute de combattants. Seul demeura dans la salle, pour finir, un effectif distingué et favorable : c'était l'armée française d'occupation, qui nous félicitait. C'est ainsi que nous perdîmes la bataille de Donaueschingen, et que nous fûmes plongés des années durant dans la réprobation internationale, tandis que se levait, dans le ciel de Cologne, une aube propice à l'ennemi héréditaire et électronique. »

1954 : réalisation de Déserts de Varèse qui marque la première rencontre de l'orchestre et des « sons organisés » ; première publique à Paris sous la direction de Hermann Scherchen, et scandale sans précédent ; Varèse effondré se réfugie chez le jeune Xenakis.

En 1955, chorégraphie de Maurice Béjart sur la Symphonie pour un homme seul.


PIERRE SCHAEFFER ET PIERRE HENRY : SYMPHONIE POUR UN HOMME SEUL
MIchelle Seigneuret, Maurice Béjart et les artistes du Ballet de l'Étoile (1957)


1957 : premier passage d'un compositeur yougoslave au Groupe, Ivo Malec ; il compose Mavena.

1958 : le "Groupe de musique concrète" devient le "Groupe de recherches musicales". Luc Ferrari y compose deux Études ; lannis Xenakis, Diamorphoses ; Pierre Schaeffer, Étude aux sons animés.

1960 : création d'un "Service de la recherche de la RTF" auquel s'intègre le GRM ; un Festival de la recherche a lieu en juin à Paris ; on y joue les œuvres réalisées au sein du groupe par Michel Philippot, André Boucourechliev, François-Bernard Mâche, lannis Xenakis.

Déplorant la pauvreté des moyens dont disposaient les chercheurs et de l'intérêt immédiat des compositeurs vivant à Paris ou à proximité de la France - même si certains d'entre eux devaient ensuite traiter ces travaux de « bricolages misérables » (Stockhausen) -, ce bref aperçu chronologique des 10 premières années de musique concrète reflète l'effervescence qui entourait la naissance de ces œuvres et de leurs repercussions internationales.

Cadence Info (12/2018)
Source : Brigitte Massin, La révolution électro-acoustique


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