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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LA MUSIQUE ACTUELLE ET SES FAUSSES NOTES

- PREMIÈRE PARTIE -

L’homme et la musique, un lien magique, un lien qui s’organise autour de sept petites notes que les compositeurs gèrent dans tous les tons et à tous les temps, en les arrangeant, les multipliant et les disposant à l’infini.


DE LA MUSIQUE DE DIVERTISSEMENT À LA MUSIQUE DE LOISIR

La musique a toujours possédé un certain mystère et un pouvoir attractif sur les êtres. Avec elle cohabitent un certain art de vivre, une vision culturelle où se mêle simplicité et élitisme. Si ses vertus réparatrices contre le stress et les douleurs existentielles ont déjà été soulignées, la musique possède également une autre force : celle de rassembler les gens autour d’une même cause, d’un même combat, fraternel et fédérateur.

Par le passé, l’histoire de la musique s’est toujours construite autour de valeurs identitaires. De la classe ouvrière au monde bourgeois, de la rue à la salle de concert, la musique était avant tout le reflet d’une classe sociale, d’une idéologie. De façon caricaturale, nous pourrions dire que la chansonnette était pour l’ouvrier et l’opéra pour le bourgeois. Pour la majorité des gens, la musique ne devenait un divertissement que lorsqu’il y avait place pour la liberté, comme durant les fêtes villageoises, les mariages, les cérémonies ou lors des veillées.


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Jusqu’au début du 20e siècle, la musique n’est pas encore une source de profit, une rente financière appréciable. Sa valeur refuge est encore la représentation identitaire (bal, cérémonie…) et le concert. Ses messages sont toujours lourdement ancrés dans la tradition et le folklore. La musique sait très bien honorer la fête comme le deuil.


Puis ce fût le grand essorage du 20e siècle avec l’arrivée de ses outils diaboliques, que furent le rouleau, le microsillon et le magnétophone. Ces petites machines révolutionnaires précipitèrent en quelques décennies la musique dans le domaine économique, sans que personne ou presque ne condamne, ni ne s’aperçoive que quelque chose était en train de mourir à petit feu.

Au fil des années, la musique purement acoustique cède le pas, la pratique instrumentale s’intensifie et l’écoute de la musique se banalise dans les foyers. Ses fonctions premières, identitaires, se diluent et disparaissent petit à petit. Pour certaines personnes, la musique ne devient que du bruit et des conflits de générations éclatent. La musique finit par diviser au lieu de rassembler. Un pas est franchi.

C’est à ce moment là que les intérêts économiques commencent à vouloir imposer leurs visions, leurs ‘bonnes valeurs’ créatives. Des musiciens se révoltent, essayent de faire entendre leur voix, mais rien n’y fait. Concerts, disques, salles de spectacle… rien ne semble pouvoir échapper à cette puissante économie de marché qui, en rapportant chaque année des sommes mirobolantes, semble nous dicter quelle musique nous devons écouter et vers quelle liberté nous devons aller.

La musique n’est plus un divertissement occasionnel, mais bien un loisir quotidien. On appuie sur un bouton et la musique surgit de la boîte magique. C’est facile… peut-être trop d’ailleurs ! La musique devient désir et réalité, quand on veut, où l’on veut. Les œuvres deviennent de purs produits de consommation que l’on zappe sans ménagement. On surfe sur des dizaines de titres, et que retient-on en fin de compte ?… Pas grand chose ! La profusion, la multiplication de titres, font que ceux-ci se banalisent. Un artiste enregistre 12 titres et les gens n’en retiennent qu’un ou deux. Les compositeurs et les auteurs, à qui l’on doit historiquement tout, ne sont plus que des ombres. Ils deviennent des instruments asservis à la technologie et au système. Les musiciens, hier honorés, font aujourd’hui partie du mobilier. Leurs doigts ne sont plus que des mécaniques efficaces.

Les combats d’hier ont laissé place au vague à l’âme qui s’éternise. Le malaise est déjà prêt à s’installer… D’ailleurs, il est déjà là ! La cause majeure : la créativité, qui n’est plus au centre des débats. On crée, tout en réfléchissant au poids de l’œuvre produite, à son poids économique. Les artistes créateurs font du marketing. Ce n’est plus de la création spontanée, mais de la création… économiquement réfléchie !


MUSIQUE ET CRISE ÉCONOMIQUE

Face à une crise économique qui est solidement amarrée, face à des finances qui s’évaporent toujours trop vite, les gens s’adaptent. Ils achètent moins de CD et font l’impasse sur des concerts, tout en conservant un semblant d’activité culturelle grâce aux nouvelles technologies héritées de l’Internet (streaming, échange communautaire, etc.). La dynamique culturelle est ainsi quelque part préservée.

D’ailleurs, que se passerait-il si ces moyens très prisés sur le Net n’existaient pas ? Si la chasse à l’illégalité fait parfois la une des médias, ne devrions-nous pas nous poser les bonnes questions avant de condamner telle ou telle attitude ? Les Français adorent la musique, mais ils en profitent plus par les oreilles que par les yeux ! Pour la grande majorité d’entre eux, la communion musicale se traduit à travers des bals gratuits et des sorties en discothèque où résonne une musique formatée, au volume étourdissant, et cherchant à étourdir, à masquer le malaise existentiel. Jour après jour, l’élévation culturelle prend le chemin inverse, un chemin condamnable, conduit d’un côté par des médias généralement compatissants et de l’autre déformé ou amplifié par un Internet aveugle.

Derrière la façade lisse des nouveaux talents, des tournées organisées à grands renforts de publicité ou des dernières nouveautés proclamées ‘indispensables’, existent de nombreux enjeux économiques qui nous plongent tout droit dans l’actualité : concerts annulés, droits d’auteurs bafoués, loi Hadopi version 1, 2, 3…, éditeurs et producteurs criant misère… A cela, nous pourrions ajouter : compositeurs en mal d’inspiration et interprètes à la technique parfaite mais sans état d’âme ! Non, le bateau n’a pas encore coulé, mais quelle que soit l’importance de toutes ces causes et de ces faits, quels qu’en soit les bénéfices et les directions prises, la musique ne peut se réduire à la simple addition d’intérêts économiques, même justifiés. Aurions-nous oublié que la musique n’a de raison d’être que parce qu’elle a toujours su transcender nos existences ? Qu’elle stimule le rapprochement des cœurs ?

Le rayonnement international de la fête de la musique semble répondre à ce genre d’attente. En seulement trois ou quatre années, cette manifestation nationale s’est imposée, saluant l’arrivée de l’été et des beaux jours. La musique s’illumine alors, suscitant des vocations chez des personnes de tout âge, de toutes nationalités, sans qu’aucune graduation de valeur ne viennent s’imposer. Tous les styles de musique cohabitent dans la bonne humeur. Ici, l’économie de marché ne peut récupérer à son avantage un tel événement, car l’ordre et le désordre cohabitent, le côté spontané des différentes manifestations échappe à son contrôle. Seules les municipalités sont garantes de l’organisation, en proposant aux musiciens des lieux précis où ils pourront s’exprimer. Le temps de la cacophonie sonore semble appartenir au passé. Les médias présentent le plus souvent des spectacles avec des artistes populaires, ce qui ne reflète pas l’esprit de la fête de la musique qui est avant tout une manifestation de rue, simple et conviviale.


MUSIQUE ET POLITIQUE

Chaque année de nouveaux festivals voient le jour. Les concerts se multiplient et les municipalités font briller leurs cuivres. Maires, conseillers généraux et ténors de la politique voient là l’occasion de répondre à l’attente de la jeunesse, souvent décriée, mais toujours en ligne de mire. La musique est le symbole même d’une certaine démocratie, d’un certain élan fraternel capable de rehausser l’image du ‘mécène’, de transgresser les règles formelles pour qu’existe une certaine cohabitation intergénérationnelle.

Musique classique, jazz, rock ou electro, œuvre contemporaine de Xenakis ou rap intellect façon MC Solaar, festival de piano ou de guitare, tout est aujourd’hui admis, toléré. L’époque où Mozart était un serviteur du pouvoir est révolue. Même les fautes de mauvais goût qui traînent ici ou là cohabitent. Pourtant, un doute, une interrogation subsistent, certes pas toujours visibles, ni souhaitables : doit-on abandonner des pans entiers de la musique aux seuls mécanismes du marché ?… Heureusement, la puissance publique et son administration sont là pour veiller.

Quand l’économie de marché cherche à conduire, à imposer sa vision d’une main de fer, l’État et les communautés territoriales interviennent et remplissent des fonctions indispensables comme celles de sauver du naufrage une œuvre perdue, de subventionner une série de concerts ou un projet artistique. Sans ces nombreuses actions, la pérennité des orchestres philharmoniques, de l’opéra ou de la chanson engagée seraient menacée. Toutes les expressions culturelles sans solvabilité seraient vouées à disparaître tôt ou tard. Cela, l’Etat l’a bien compris. Il sait que quand une œuvre ou un orchestre est trop assujetti au dictat économique, c’est la culture qui court le risque de s’appauvrir et la musique de dépérir.

Les aides financières ont plusieurs sources. Elles proviennent des subventions privées, celles des entreprises et des particuliers qui aident au financement (généralement en échange de quelques déductions fiscales), des collectivités locales et territoriales, et plus particulièrement des communes qui apportent généralement la plus forte contribution. Quant au ministère de la culture, il intervient en finançant près du quart des ressources.

Toutefois, le financement n’est pas exempt de défauts. Il est surtout enrobé de lourdeurs administratives qui freinent souvent l’élan et la détermination des intervenants, qu’ils soient porteurs d’un projet ou simples mandataires. Parfois, les choix du ministère de la culture provoquent des polémiques par son approche purement institutionnelle de la musique. Tout y est régi, statué à travers des lois, des décrets, voire des principes. C’est un univers sans lien direct avec la nature même de l’art, un univers malheureusement trop rigide et trop critique pour offrir un dialogue spontané avec les artistes et intervenants du milieu professionnel.

Certaines personnalités en vue, du milieu artistique et de la politique, continuent de prôner l’élitisme : celui qui fait vivre tout un orchestre sur des fonds publics pour une question de prestige, de rayonnement international. Leur politique : soutenir la primauté de l’excellence, même quand l’audience reste confidentielle. Ainsi l’Opéra, qui ne représente environ que 5% du public, absorbe un tiers du budget de la musique. L’argent de l’Etat sert principalement au financement des grandes institutions permanentes de la musique. L’élitisme ferait-il alors avancer une société, comme le soulignent certains ? L’idée n’est pas nouvelle, mais continue d’exister, malgré les tempêtes qu’elle a provoquées par le passé (Pierre Boulez et l’Ensemble Intercontemporain, par exemple).



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