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(source AW Stats)

BLUES, SOUL, REGGAE, RAP, WORLD MUSIC...


LE RAP, UN MÉLANGE DE CULTURE ET D’INFLUENCES

Depuis 1975 où il apparaît dans les quartiers new-yorkais du Bronx, du Queens ou de Brooklyn lors des fêtes de quartier, le rap n’a eu de cesse de se diversifier pour asseoir sa différence. Puisant ses influences dans la culture parlée afro-américaine, avec les « dozens », ces joutes verbales pratiquées dans les rues et les prisons, ou à travers l’humour de quelques comiques noirs américains (Rudy Ray Moore, Richard Pryor…), ce sont surtout les "Last Poets", qui, dès 1970, en pratiquant une poésie urbaine militante sur fond de percussions, vont suggérer la naissance de ce nouveau langage musical.


DJ ET RAP SOCIAL

À la fin des années 70, des DJ comme le Jamaïquain Kool Hère ou Grandmaster Flash vont être les premiers à familiariser le public à cette façon de concevoir cette musique, en mixant sur deux platines des disques que l'on scratche et qui servent de base rythmique au rapper.


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En 1979, les premiers rappers homologués sur vinyle seront le trio Sugarhill Gang, poulains de la productrice Sylvia Robinson. Dès 1980, la première vague des rappers déferle : influencés par le doo-wop (Force MD's) ou le funk (Teacherons Three, West Street Mob). Ces pionniers parlent souvent d'eux-mêmes et évoquent dans leurs textes de nombreux fantasmes liés au luxe.

Cependant, pour se singulariser, dans une quête d’authenticité et de vérité, le rap trouve dans la pauvreté du quotidien, matière à rendre son discours beaucoup plus crédible. En 1982, The Message de Grandmaster Flash & The Furious Five lance le rap social, En 1984, le premier album de Run DMC et, surtout, le 45 tours Rock Box, marquent un tournant dans l'histoire du hip-hop (nom de la culture de rue dont le rap est une composante aux côtés de la danse, du graffiti et de l'art des platines).

Le rap abandonne ses oripeaux funky pour devenir une musique brute, à base de machines et de scratch. Les musiciens de studio vont pointer au chômage tandis que les acteurs du rap explorent alors les possibilités de l'électronique et de la technologie : Run DMC, Afrika Bambaataa et Soulsonic Force, Jonzun Crew, Planet Patrol, Newcleus, etc. Bambaataa fera figure de précurseur en reprenant un thème du groupe allemand Kraftwerk pour l'historique Planet Rock de 1982.

Quatre ans plus tard, l'association de Run DMC avec Aerosmith scellera l’impensable en unissant provisoirement rap et hard rock avec la reprise de Walk This Way», tandis qu’en 1991, c'est Public Enemy qui s'alliera à Anthrax pour une tournée et un disque en commun.

Le rap continue de se diversifier dans la seconde moitié des années 80. Il y a les Fatboys, qui font du rap comique pour un public enfantin, les rappers classés X comme Blowfly ou Two Live Crew, les rappers pop comme Tone-Loc, qui vend cinq millions de Wild Thing, single sur fond de guitare hard (emprunté aux Troggs).


LE RAP SE MONDIALISE

Après quelques années de suprématie new-yorkaise, le rap passe à l'ouest avec l'apparition des Californiens comme Ice-T, 7A3, Digital Underground, Boo-Yaa Tribe - groupe de six frères des îles Samoa et ex-membres des gangs de Los Angeles - ou encore NWA (Niggers With Attitude), venus du ghetto de South Central, infesté par les gangs meurtriers.

Sur le modèle de NWA, des dizaines de rappers apparaissent à Los Angeles : des Chicanes (Kid Frost, qui glorifie « La Raza », la race mexicaine), des Cubains (Mellow Man Ace, qui rappe en espagnol et en anglais), tous racontant les mêmes histoires terrifiantes de guerre des gangs et de violence urbaine.

Le phénomène rap finit par toucher l'ensemble de la planète, et des groupes apparaissent un peu partout : en Afrique du Sud (Prophets Of Da City), au Sénégal (Positive Black Soûl, qui a sorti son premier album international, Salaam, sur le label Island), en Allemagne (Die Fantastischen Vier), en Angleterre (London Posse, Gunshot), en Italie (Sanguê Misto, Articolo 31) et en France, bien sûr.

Si la musique rap a fait l’objet de violentes attaques venues de la "Moral Majority" (notamment de la militante noire des droits civiques Dolores Tucker, qui mènera une croisade anti-gangsta rap avec le sénateur républicain Bob Dole), elle n’eut de cesse de se radicaliser, se voyant apposer pour l'occasion une marque d'infamie (ou d'authenticité, c'est selon) avec le sticker "Parental Advi-sory/Explicit Lyrics" (« avertissement aux parents : paroles explicites ») créée à la fin des années 80 sous l'impulsion de Tipper Gore, femme du futur vice-président des États-Unis et du PMRC, un organisme prônant le retour aux valeurs morales.

Rien ne semble vouloir freiner son développement. La musique rap est devenue une industrie, et si elle a perdu une part de son autonomie, elle a imposé ses canons à l'industrie du disque. Les producteurs de rap tels que Pète Rock, Prince Rakeem (du fameux Wu-Tang Clan, ce groupe de Staten Island qui a redéfini le genre), Dr Dre (producteur de Snoop Doggy Dog) ou Teddy Riley (qui a toujours eu une approche hip-hop, même s'il a surtout été catalogué « new jack swing ») ont amené dans les grands studios leurs recettes de bricoleurs des platines et en ont fait profiter le monde entier.

Malgré une course au profit qui a engendré une génération de rappers sans talent particulier, uniquement préoccupés par les passages radio, le rap demeure encore aujourd'hui, aux Etats-Unis, la plus puissante voix de la communauté noire. Comme le disait KRS-One en 1990 : « Le rap est la dernière forme d'expression du peuple noir. Le peuple noir a créé toutes les musiques que vous entendez dans la rue, elles ont toutes des racines africaines. La musique rap est un engin révolutionnaire pour changer les fondements racistes de la société américaine. » Un quart de siècle plus tard, à la simple vue de certains événements racistes qui ont défrayé l'actualité, le doute est hélas encore permis !


LE RAP FRANÇAIS

Début 1996, l'hebdomadaire américain Newsweek consacrait un long reportage au « seul art qui compte en France : l'art de la rue » et estimait que « la langue française s'adapte très bien au rap, mieux qu'au rock ». Même si ce compliment avait pour autre effet de dévaloriser le reste de la culture française, force est de reconnaître que le diagnostic était juste quant à l'art de la rue : le rap français se singularise par son dynamisme et sa créativité, allant jusqu'à intéresser les publics étrangers.

Dès le début des années 80, un certain nombre d'artistes et d'animateurs de radio s'intéressent à cette nouvelle forme d'expression et commencent à rapper des textes sur les ondes. En 1983, Gérard Presgurvic écrit pour le groupe Chagrin d'amour l'amorce d'un premier rap à la française, Chacun fait c'qui lui plaît, qui rencontre un très grand succès.

Sur Radio Nova, le DJ Dee Nasty encourage toutes les formes d'expression de la culture hip-hop naissante et, en 1984, TF1 accueille - brièvement - une émission intitulée Hip Hop. Cinq ans plus tard, les premiers rappers français sortent de l'anonymat. Reproduisant le phénomène américain, des jeunes banlieusards (maghrébins, antillais, africains et aussi « gaulois ») s'inventent une culture et racontent leur quotidien sur fond d'instrumentaux empruntés au funk américain.

En 1990 paraît l'album Rapattitude, une compilation regroupant une dizaine de groupes (NTM, Assassin, Tonton David, etc.) représentatifs de la scène rap et raggamuffin hexagonale de l’époque, tandis que M6 propose l'émission Rapline (jusqu'en 1993). Toujours en 1990, MC Solaar sort son premier Bouge de là, aussitôt plébiscité et bientôt suivi de l'énorme impact de son album Qui sème le vent récolte le tempo, et NTM étonne par sa violence hardcore comme par sa critique virulente des institutions.

Toutefois, la banlieue parisienne (Saint-Denis pour NTM, Villeneuve-Saint-Georges pour MC Solaar, Sarcelles pour Ministère A.M.E.R., Montfermeil pour Démocrates D, etc.) n'est pas le seul creuset du rap français. Celui-ci se pratiquera aussi, et avec talent, à Marseille avec IAM ou Massilia Sound System, à Toulouse avec les rappers occitans de Fabulous Trobadors et dans bien d'autres villes et banlieues de province.

Symptôme collé à l'exemple américain, le rap made in France sait toutefois trouver sa langue originelle, entre la préciosité de MC Solaar, la « tchatche » ensoleillée d'IAM ou des Trobadors et le verlan des autres. Son aventure et son rayonnement sont tout à la fois l'expression d'une richesse et d'une crise d’intégration.

Par O. Cachin (Cadence Info - 02/2016)


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