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MUSIQUE DE FILMS


LA PLACE DU RAP AU CINÉMA

Le hip-hop représente un mouvement artistique que le cinéma ne pouvait ignorer. Comme une lame de fond, il émergea sur la toile dès le début des années 80 avec Wild Style de Charlie Ahearn, un film docu-fiction réaliste évoquant sa diversité culturelle...


DU DOCUMENTAIRE AU BIOPIC

Avec Wild Style réalisé en 1981, le cinéma aborde la culture hip-hop à la façon d'un documentaire en visant le quartier qui l'a vu naître, le Bronx, à New York. Cette mouvance présente toutes les apparences d'une révolution culturelle décisive en n'étant pas uniquement portée par le milieu du rap, mais aussi par un art pictural sans âge ; une libre expression de couleurs et de formes engagées nommée graffiti. Ajoutons à cela, la révolution de l'utilisation des platines disques en boîte de nuit, avec des DJs prêts à bousculer les codes de l'animation, et des danses engagées, constituées de nouvelles formes d'expressions et de figures acrobatiques, le break dance et le smurf.

© acsta.net – Affiche du film "Wild Style".

La découverte de cette culture et de ses premières personnalités au cinéma, via des groupes et des rappeurs comme Grandmaster Flash, Lady Pink, Universal Zulu Nation... va se poursuivre avec d'autres films pointus, évoluant au rythme de l'apparition de ses nouvelles personnalités. C'est ainsi qu'en 2006, le public goûtera musicalement à Block Party, réalisé par Michel Gondry ; un film dans lequel des stars naissantes et confirmés du rap joueront des coudes pour installer leur prolixe vocabulaire au tempo soutenu : Erykah Badu, Talib Kweli, Mos Def, Dead Prez, mais aussi Jill Scott, The Fugee ou encore The Roots et Kanye West.

Au regard d'un 7e art soucieux d'expliquer à ses spectateurs ce qu'est la culture hip-hop, sa portée, ses influences, parfois/souvent autour de démonstrations scéniques par des rappeurs(es) expérimentés, il y avait place également pour dessiner quelques portraits réservés à des personnnalités éminentes.

Dans la liste des nombreux biopics ou pseudos biopics, le cinéma a proposé quelques films de première importance. Par exemple, nous avons 8 Mile, réalisé par Curtis Hanson en 2002 et mettant en scène Eminem. La même année, Réussir ou mourir, de Jim Sheridan, qui évoque le destin du rappeur 50 Cent, sa musique et ses séjours en prison. Puis, en 2009, ce sera au tour du surnommé Biggie Samlls, dans le long-métrage Notorious B.I.G, un rappeur au flow imparable et interprété à l'écran par Jamal Woolard. Poursuivons de même avec le biopic consacré au goupe N.W.A, N.W.A – Straight Outta Compton, réalisé en 2015 par Gary Gray, qui dessine le parcours de cinq rappeurs exprimant leur rage et mettant en cause les abus des représentants de l'autorité... la police, bien évidemment !


POUR L'AMOUR DU RAP

Bien d'autres films pourraient être cités pour diverses raisons, comme les films Coffee and Cigarettes, The King of New York, Ghost Dog, voire Piège de cristal, de John McTiernan (1988), avec Bruce Willis dans une scène ou son chauffeur (De'voreaux White) lui impose par goût d'écouter Christams In Hollis des Run DMC. Néanmoins, au détour de cette liste écourtée, on remarque que ce cinéma-là se nourrit d'une présence masculine dominante. Le rap serait-il alors sexiste ? En tout cas, le cinéma s'en défend ! En 2017, il sempressait de faire honneur à la rappeuse des années 80, Roxanne Shanté, dans le film dramatique retraçant ses expériences amères, Roxanne Roxanne de Michael Larnell, incarnée à l'écran par Chanté Adams. Dans le « cinéma fiction  », le 7e art se rattrape également en confiant à la comédienne Danielle MacDonald, le rôle d'une jeune femme qui rêve de devenir la nouvelle star du rap dans Patti Cake$, de Geremy Jasper, en 2017.


PATTI CAKE$ : "PBNJ"

© acsta.net – Affiche du film "Fatal", le rap jusqu'à la parodie.

Toute cette filmographie américaine ne doit pas nous faire oublier le cinéma français, certes plus modeste dans ce domaine, mais qui a eu quelques tentatives fructueuses, comme le film Yves de Benoît Forgeard, sorti en 2019, à travers un scénario pour le moins étrange et dans lequel un réfrigérateur connecté dialogue avec le rappeur Jérem, interprété par William Lebghil. La nuance, ici, est d'avoir laissé un peu de place à de l'humour, un détachement aux aspects plaisants et insolites que l'on rencontre guère dans le cinéma consacré à la culture rap.

Autre exemple parlant, dans un ton qui laisse place à la parodie. Fatal pour Fatal Bazooka, interprété et réalisé par Michaël Youn en 2010. Le comédien est dans ce film un rappeur très « bling bling  » qui angoisse à l'idée qu'on lui chipe sa place « number one  ». Autour du rappeur « over the top  », les trois personnages indispensables : son manager (Fabrice Eboué), son compositeur (Vincent Desagnat) et son préparateur physique (Jérôme Le Banner).

Mais encore... Au cinéma, la vision de la culture hip-hop et de son maillon, le rap, peuvent être illustrés par des rappeurs passant derrière la caméra. Ainsi, Abd El Malik dans son film Qu'Allah bénisse la France (2014), traduit en images son éponyme roman autobiographique, de l'enfant d'immigrés devenu délinquant et qui parviendra, grâce à sa volonté de réussite, à transformer son avenir. Puis, dans un autre style, nous avons Comment c'est loin, réalisé par Orelsan et Christophe Offenstein en 2015, et dont l'histoire nous plonge au cœur d'une réalisation musicale par des rappeurs habitué à s'atermoyer sur leurs obligations artistiques.

Évidemment, la liste serait bien plus longue si l'on devait énumérer toutes les scènes dans lesquelles le rap est cité ou quand celui-ci dépeint à coup de phrases chocs ses convictions et ses revendications. Le désir prenant le dessus, citons les deux films tentaculaires suivants :Do The Right Thing, de Spike Lee (1989), qui explore les conflits de communauté et les moyens accordés à la lutte sociale, et Dangerous Minds de John N. Smith (1995), lequel décrit la vie dans les ghettos marquée par une violence omniprésente.


COOLIO : "GANGSTA'S PARADISE" (du film "Dangerous Minds)

L'univers du rap divise, mais rassemble souvent autour de ses fléaux que sont le trafic de drogue et la loi des bandes rivales. Le cinéma ne manquera pas d'arguments pour le souligner dans de nombreuses scènes, notamment la prison, où la violence l'emporte généralement, rythmée par un titre de rap (Colors, de Dennis Hopper – 1988) ou dans le quotidien de la vie carcérale (Un prophète, de Jacques Audiard – 2009).

Finalement, à dire vrai, le rap, bien plus que la culture hip-hop dans sa globalité, a réussi à infiltrer tous les lieux : l'école, la rue, les bars, et même l'hôpital (Roi et Reine d'Arnaud Desplechin – 2004). Cependant, la meilleure illustration de l'image du rap au cinéma, et à travers lui de la culture hip-hop, ne pourrait rationnellement se soustraire à l'univers des DJs, fidèles ambianceurs des soirées nocturnes, et qui, au-delà du flow persistant et des danses aux figures acrobatiques, constituent l'épine dorsale de son versant dynamique et sonore, à l'image du documentaireScratch de Doug Pray, réalisé en 2011. Constitué d'interviews de GrandMixer DXT et d'Afrika Bambaataa, Scratch retrace l'histoire des DJs depuis les années 70, et tout particulièrement les experts du scratch (1), indissociable du phénomène hip-hop.

1. Apparue avec le rap vers 1980, le scratch est une technique qui consiste à placer un vinyle sur une platine avec le bras de lecture posé sur un sillon et, à l'aide d'une main posée sur le disque, de réaliser des mouvements d'avant en arrière pour obtenir un son indéfinissable destiné à habiller un morceau de rap.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2023)

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