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ABD AL MALIK, BIOGRAPHIE PORTRAIT DU RAPPEUR

Abd Al Malik n'est pas un rappeur convenu. L’artiste ne fait pas les choses à moitié ou plutôt pas comme les autres. Avant-hier, il produisait l’étonnant album Gilbraltar (2006) avec d’anciens musiciens de Jacques Brel, le pianiste Gérard Jouannest et l’accordéoniste Marcel Azzola. Ensuite l’album Dante (2008), habile mélange de hip-hop, de jazz et de slam, sera constitué de quelques samples dont le choix peut laisser perplexe, le Paris Mai de Claude Nougaro et Le petit garçon de Serge Reggiani. Enfin, son dernier album en date, Château Rouge, qui a déjà quatre ans, déroute une fois de plus en changeant radicalement d'orientation musicale.



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ABD AL MALIK, UN AUTRE LANGAGE ET D’AUTRES PROMESSES

L’artiste prend son temps, car sa ligne de conduite esthétique portée par sa préoccupation de l’opinion des gens réclament cela : «  Rien de bon ne peut sortir hors de l'amour et hors de l'acceptation de l'autre. », dit-il. Grand garçon au regard franc, Abd Al Malik possède une personnalité déstabilisante. Il ne se conforme pas aux idées que l'on peut se faire du rap et des rappeurs.

Déjà, son premier disque Le Face-à-face des cœurs, réalisé il y a tout juste 10 ans, et la parution de son livre Qu'Allah bénisse la France ! (chez Albin Michel) avaient singulièrement frappé les esprits chez ceux qui considèrent le rap comme un art hermétique. Certes, le style se veut subversif, mais il peut être artistiquement autre chose, surtout quand sa musique s'écarte des rythmes hypnotiques, et ses textes de leur flot continu. Dans sa plurialité, la musique blues transporte l'âme tout en gardant son cap. Le rap et même le hip-hop devraient-ils alors s'aligner toujours dans une direction unilatérale ? Abd Al Malik et par le passé Mc Solaar sont des artistes français singuliers dans ces courants qui semblent statiques.

Chez Abd Al Malik, c’est l’amour, la paix et la tolérance qui l’emporte. Le chanteur refuse d’emblée les vieux clichés et les anathèmes faciles. Depuis 2004, il poursuit évidemment cette quête, cette croisade toute personnelle. Le disque Gibraltar constitue sa véritable première révolution musicale dans le paysage conformiste du hip-hop hexagonal. On croise dans ce disque aussi bien des clandestins africains sur leurs embarcations de fortune dans le détroit de Gibraltar, que le récit audacieusement observé d'une bavure en banlieue. Abd Al Malik connaît bien cette actualité malheureuse, tout comme il connaît la destinée des gosses de cité qui jouent déjà aux hommes ou le quotidien d'un handicapé dans un hôpital.

L’artiste s’interroge ouvertement sur la place publique en distillant plus de questions que de réponses toutes faites. Abd Al Malik est dans la compassion, la retenu mais pas dans la rage. Il cultive les mots, mains tendues et cœur ouvert, en direction des exclus, expulsant avec ses mots les travers de notre société. Certains lui reprocheront son manque de radicalisation, et contrairement à d’autres rappeurs, de porter un discours trop consensuel. L'émotion, le vécu sont pourtant là, nécessaires et indispensables !


ABD AL MALIK - SOLDAT DE PLOMB


DES RENCONTRES INATTENDUES

L’altruiste Al Malik partage son univers avec des artistes de premier plan, des musiciens, comme le batteur Régis Ceccarelli, le contrebassiste Laurent Vernerey ou le talentueux accordéoniste Marcel Azzola, avec des interprètes pourtant si différent de lui, Mathieu Boogaerts et Keren Ann pour ne citer qu'eux. Des rencontres, toute nouvelle, qui renforcent l’idéologie musicale de l’artiste.

Puis, il y aura la complicité avec Jouannest. Entre le jeune rappeur et son aîné, pas de round d'observation. Gérard Jouannest : « Avant de connaître Malik, j'avoue que je ne me suis pas beaucoup intéressé au rap, parce que ce que dans ce que j'entendais, il n'y avait pas de musique, mais un rythme, un bruit. Ca ne m'intéressait pas. À l’inverse, dans ce disque, même en dehors de ce que nous avons fait ensemble, il y a des musiques, une ambiance qui m'intéresse. »

Alors que Jouannest s’installe au piano pour improviser, l’auteur Al Malik écrit le texte qui rime. « Comme avec Jacques, il écrit à mesure de ce qu'il entend, la musique lui donne l'idée des mots. C'est la même ambiance. » précisera Jouannest. La musique fluide, riche et romanesque s’allie alors à la voix nette et tranchée du rappeur-conteur.

Abd al Malik refuse le cloisonnement des genres, le chacun-pour-soi des esthétiques et des milieux artistiques : « Je ne compartimente pas. Quand j'ai écouté Brel pour la première fois, j'y suis rentré immédiatement parce que pour moi ce n'était pas une question de chanson ou de rap, mais seulement la force des mots, la force de l'interprétation et surtout une musique incroyable. On naît quelque part, dans un courant musical, dans un style ou dans une époque, forcément. Mais ce qui fait qu'on est un artiste, c'est la capacité à transcender son genre. Je ne pense pas que ce soit quelque chose de conscient, quelque chose qui se réfléchisse : c'est du domaine de l'être. ». Trois titres naîtront de cette association inattendue entre un premier prix de piano du Conservatoire et un jeune adulte de la banlieue de Strasbourg.


CHÂTEAU-ROUGE EN FIL ROUGE

Son dernier opus, Château-Rouge, est tout aussi perturbant, toujours aux antipodes de ce qu'on attend. Abd Al Malik abandonne pour un temps rap et slam. La chanson parlée laisse place à un discours musical nettement plus électro, pop, rock, voire R’B. Qui s’en se serait douté ?

Le virage est à 180 degrés. Al Malik, qui s’est fait connaître par ses paroles dépouillées, aux franges de l’austérité, trace une fois de plus d’autres frontières. Pour l'accompagner dans cette mutation, Al Malik a choisi l’arrangeur Canadien Chilly Gonzales, un bidouilleur musical de la pire espèce, capable aussi bien de restaurer de vieilles chansons que de potasser de nouvelles lignes mélodiques pour en extraire toute leur singularité.

Ceux qui connaissaient l'univers d'Al Malik à travers les albums Gibraltar et Dante devront une nouvelle fois s’adapter. Château-Rouge flirte avec une certaine variété, avec des titres qui bougent et un Abd Al Malik qui chante. Le pari étant peut-être trop osé, tout ne sera pas réussi. L’album, assez inégal, comporte heureusement quelques jolies surprises.

Lorsqu'il chante en anglais, avec un accent ‘frenchy’, on prête de nouveau attention à ce qu'il dit, même si dans le fond le discours n'a pas changé. Quant à la forme, en dépit des apparences, elle reste finalement fidèle au credo d'un rappeur qui a toujours expliqué que pour lui, le hip-hop était l'art de fondre les musiques et les influences. Coïncidence ou pas, toujours est-il qu’il retrouve sur sa route, une nouvelle fois, le pianiste Gérard Jouannest pour le titre éponyme de l'album. Douze minutes d'un dialogue entre un piano, une voix et quelques bruitages de circonstance. Le génial accompagnement pianistique de Jouannest, petit à petit, s'envole, prend ses aises, module jusqu'à poser délicatement quelques accords abstraits. Quant à Abd Al Malic, il est le recitant, le poète d'un long monologue chargé de vérité, d'un vécu sans détour, un conteur des temps modernes... histoire de montrer que, s'il ne se renie pas, c'est qu'il a encore beaucoup de choses à dire.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2014)


ABD AL MALIK - MISS AMERICA


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