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THE RAMONES, BIOGRAPHIE DU GROUPE PUNK ROCK

Rares furent les critiques rocks suffisamment clairvoyants pour percevoir dans les Ramones et dans leur premier album éponyme sortie au début de l’été 1976, un événement de portée historique. Dès le départ, les leaders de la scène alternative new-yorkaise donneront au rock un nouveau tournant. Pour la plupart des gens, si le groupe n'est pas pris au sérieux, il sera par contre révolutionnaire. Rangé dans la catégorie punk rock, ils vont devenir une référence…


CRÉATION ET PERSONNALITÉ DES RAMONES

Tout démarre à Forest Hills à New York avec une succession de noms d’emprunts... Né dans le Queens à New York en 1948, John Cummings devient Johnny Ramone (guitare). Né à Budapest en 1949, Thomas Erdelyi devient Tommy Ramone (batterie). Né dans le Queens à New York en 1951, Jeffrey Hyman devient Joey Ramone (voix lead). Quant à Douglas Colvin, né à Fort Lee en Virginie en 1951, il devient Dee Dee Ramone (basse).

Pochette du premier album des Ramones

Avant que le groupe ne soit constitué, Johnny et Tommy jouent dans une formation de « rock garage » nommée Tangerine Puppets. De son côté, Dee Dee vit en Allemagne de l’Ouest où son père est soldat. Quand lui et sa famille déménagent dans le Queens, Dee Dee devient alors membre de la tribu locale des marginaux. C’est un grand fan des Beatles inspiré par l’alter ego de Paul McCartney, Paul Ramon, nom qu’il utilisait quand il jouait avec les Silver Beatles. Bien décidé à changer de nom, il devient Dee Dee Ramone, et incite les membres du groupe de faire de même pour s'appeler les Ramones.

Le groupe ainsi formé se produit d’abord au CBGB à New York en 1974. À cette époque, la radio s’enflamme aux sons des groupes qui réalisent les meilleures ventes d’albums, Abba et The Osmonds pour ne citer qu'eux. Dès le début, l’univers proposé par les Ramones et tout autre. Leur prestation est une véritable claque pour la scène musicale d’alors. Parfois leurs performances ne dépassent pas 17 minutes pendant lesquelles ils jouent jusqu’à 13 morceaux ! Leurs titres ont la particularité d'être rapides et de courtes durées.

L’autre différence se situe dans leur apparence. Aujourd’hui, si les vestes en cuir sont communes, tout comme les t-shirts et les jeans moulants, à l’époque c’était inhabituel. Les années 70 sont symbolisées par la mode des pattes d’eph et les paillettes héritées de la vague disco. Les Ramones semblent débarquer de nulle part, avec leurs fringues et leur air snobinard. Cette différence fera justement que leur réputation va vite grandir.


RAMONES : 'TEENAGE LOBOMOTY'

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UN PREMIER ALBUM

Les Ramones sont très précis et bien préparés à affronter la scène. En 1975, l’auteur et journaliste Danny Fields les découvre. Également promoteur de musique, il leur décroche un contrat chez ‘Sire Records’ et, en 1976, ils sortent leur premier album intitulé Ramones.

Le premier morceau de cet album qui s’intitule Blitzkreig Bop est une super manière d’aborder les Ramones. C’est très représentatif de leur style. C’est direct et ça vous arrive en plein dans la figure ! C’est fort également, car le groupe aborde des sujets controversés comme la guerre et la violence. Les titres Beat on the Brat ou Now I Wanna Sniff Somme Glue sont à ranger dans la même catégorie.

La production de ce premier album coûte peu, à peine plus de 6 000 dollars. C’est un micro-budget, et comme pour les albums suivants, la particularité de leurs séances en studio est de jouer les titres dans le même ordre qu’en concert pour conserver une certaine spontanéité.

Le public va adhérer, même le critique de rock Robert Christgau, souvent sévère avec les nouveaux groupes, déclarera : « J’adore, peu importe qu’il y ait des blagues douteuses au sujet des nazis, c’est juste fantastique. »

Leurs différences et leur avant-gardisme feront que les Ramones ne connaîtront jamais de grand succès commercial, même si on leur doit d’être le point de départ du punk rock. Le groupe se lance en 1974-1975 à une période où le rock est pesant en tentant de démontrer sa grandeur et son aboutissement. Les grands groupes d'alors estiment que ce genre musical venu des années cinquante est sérieux en remplissant des stades. Or, les Ramones prendront le contre-pied de cette tendance...

Tout survient en 1976, quand les Ramones vont en Angleterre pour jouer au 'Round House' à Londres. Là, ils jouent avec les Flamin’ groovies. C’est un moment crucial pour le groupe mais aussi pour l'histoire du punk rock. Les Ramones rencontrent les Sex Pistols et les Clash et leur prestation déclenche vraiment la naissance du mouvement punk rock britannique.


RAMONES : 'CALIFORNIA SUN'

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DE 'LEAVE HOME' À 'END OF THE CENTURY'

Leur second album Leave Home sort en janvier 1977. À l’intérieur, le morceau Pinhead qui s’inspire du film Freaks tandis que Shock Freeman traite de la thérapie par électrochocs. Aux antipodes de ces deux titres, il y a aussi California Sun consacré aux surfeurs ; une façon de démontrer que les Ramones ont plusieurs facettes. Ils ont ce côté fun et innocent des années 60 qui côtoient des titres délibérément de mauvais goût.

Dix mois plus tard, les Ramones sortent Rocket to Russia. Ce troisième album témoigne de leur évolution musicale et comprend plusieurs classiques : Teenage Lobomoty, Sheena is a Punk Rocker. Cet album est celui qui marche le mieux en se hissant à la 49e place du hit-parade américain. On peut considérer le titre Sheena is a Punk Rocker comme leur premier tube… si être n°81 est digne d’un tube ! C’est en tout cas le premier morceau à mentionner sur la pochette le mot « punk rock », ce qui officialise le nom du mouvement.

Épuisé par les tournées, Tommy Ramone décide d'arrêter la scène pour endosser le rôle de producteur. Le plus mélomane du groupe est alors remplacé par Marky Ramone, puis Mark Bell. Ce dernier est une sorte de pilier de la scène punk rock new-yorkaise en ayant joué dans 'Richard Hell and the Voidoids', un autre groupe précurseur du punk.

Leur quatrième album, Road to Run, marque un tournant dans l’univers musical du groupe. D’abord les morceaux durent plus de 3 minutes, ensuite on y trouve des titres acoustiques et même des ballades. Les fans et les critiques associent alors l’album à une tentative de passer plus souvent à la radio, ce qui signifie vendre plus et devenir plus commercial. Peut-être à cause de ce "contre-emploi sonore" qui ne colle pas à leur image, l’essai ne fonctionne pas, et le groupe se met les fans de la première heure à dos, visiblement déçus par cette volonté de se vendre à tout prix.

© Pixabay

Le film Rock’n’Roll Hight School (Le lycée des cancres – 1979) est significatif de l’image du rock de l’époque quand le groupe, allant dans le lycée où règne une obsession pour le rock, est confronté au principal de l'établissement qui cherche à bannir ce style musical. Le personnage de fiction Riff Randel, fan du groupe, invite alors le groupe pour saccager l’école.

Un temps, Phil Spector tentera de produire les Ramones avant Rocket to Russia, mais c'est après le film Rock’n’Roll High School, qu'il passera à l'action en produisant End of the Century. L’approche artistique spontanée des Ramones mêlée à celle très méticuleuse de Phil Spector lors de la création de l'album est une association vouée à finir dans les larmes. Les Ramones trouvent ça très difficile, toutefois Spector semble les comprendre, peut-être plus qu’ils ne se comprennent eux-mêmes.

End of the Century est certainement leur plus grand succès en se hissant à la 14e place du hit-parade britannique alors que, paradoxalement, les Ramones détestent l'album. L’histoire raconte que Spector, qui avait une obsession pour les armes, avait la manie de les mettre en joue. Cette expérience très difficile pour les Ramones les poussera à ne plus travailler avec le producteur, même si grâce à lui, le groupe accédait enfin à une sorte de grandeur musicale.


RAMONES : 'ROCK N' ROLL HIGH SCHOOL'

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ANNÉES 80 ET PREMIÈRES BROUILLES

Avec l’album Pleasant Dreams sorti en 1981, les Ramones tentent de rattraper la tendance du moment, mais au début des années 80, le punk rock a laissé sa place au heavy rock et au metal tout court. Les Ramones tentent alors de surfer sur cette vague. Pleasant Dreams n’est ni leur album préféré ni leur meilleur album, mais ils sont poussés dans cette direction par leur maison de disques.

Bien connu de la profession, c’est Graham Gouldman qui prend en charge la production de l’album. Johnny Ramone, mécontent, trouve que l’album ne sonne pas comme les Ramones. « C’est l’idée d’un autre » dire-t-il. Toutefois, le morceau The KKK Took My Baby Away est un grand moment pour Joey, car ça parle de Johnny Ramone qui lui avait volé sa copine, selon lui en tout cas.

Suite à cette histoire d'ordre privée, Joey et Johnny ne se réconcilieront jamais et cesseront de se parler. À partir de là, tout devient difficile... Joey et Marky boivent beaucoup et Dee Dee tombe dans la drogue. Tout s’effondre. Pourtant l’aventure continue avec la sortie de l’album Subterranean Jungle en 1983. Ce disque signe le retour des Ramones au style punk et brut des débuts, et plaît beaucoup aux fans.

Alors que Marky se fait virer à cause de son alcoolisme, la cohésion du groupe semble alors se resserrer autour de Richie Ramone, le plus bosseur et mélomane de l'équipe. Richie maîtrise les partitions de batterie exigeante des Ramones. Il compose également (Somebody Put Something in my Drink) et sert de tremplin au groupe.

En 1984 sort l'album Too Tough to Die. Tommy Ramone est de retour à la production. Il rassure car il comprend les Ramones comme personne. L’album inclut Howling at the Moon, Daytime Dilemnas, Endless Vacation. Avec cet album, les Ramones réaffirment leur talent en évitant de reproduire les erreurs des albums précédents. C’est punk, mais un punk contemporain des années 80 à l'image de Bonzo Goes To Bitburg, un titre ouvertement politique à l’encontre du président Reagan.

© flick.com

Tout de suite après la sortie de l’album Animal Boy en 1986, Richie quitte le groupe après cinq ans de participation, en partie pour ne pas avoir toucher d’argent de la vente des t-shirts, le plus gros revenu des Ramones. Richie est remplacé par Elvis Ramone, qui est plus connu sous le nom de Clem Burke, le batteur de Blondie (Blondie et les Ramones fréquentaient le CBGB). Mais Clem est viré après seulement deux concerts pour la simple raison qu’il ne peut pas suivre le rythme effréné des Ramones. C’est là que Marky, devenu sobre, réintègre le groupe à la batterie. À partir de cet instant, tout change car Dee Dee part. Il lutte contre son addiction à la drogue. Un certain CJ le remplace. C’est un jeune musicien enthousiaste et très dynamique.


LA FIN DE L'AVENTURE

En 1992, l’album Mondo Bizarro sort. Malgré son départ, Dee Dee écrit plusieurs morceaux pour le groupe. Selon lui, c’est une compensation au groupe qui paie sa caution pour le faire sortir de prison après ses problèmes de drogues. Mondo Bizarro compte les titres Tomorrow et She Goes Away. Le groupe, qui était chez 'Sire Records' depuis ses débuts, signe chez 'Radioactive' un nouveau contrat au moment même où ils deviennent très célèbres en Amérique du Sud.

En 1993, les Ramones apparaissent dans leurs propres rôles dans les Simpson, une série qu’ils adorent. L’épisode s’intitule Rosebud en référence à 'Citizen Kane'. L'année 1995 sera celle du testament. Le groupe sort en effet son dernier album, Adios Amigos. Ce disque inclut I Don’t Want To Grow Up de Tom Waits, ainsi que le très bon She Talks to Rainbows. Quelque temps après sa sortie, les Ramones annoncent très clairement que si cet album ne se vend pas suffisamment, ils se sépareront. Adios Amigos est un album de qualité, mais à l’image de leur carrière, il ne se vend pas. Fidèles à leur parole, les Ramones se séparent.

En 2001, Joey Ramone décède d’un lymphome. La maladie lui est diagnostiquée en 1996. C’est le premier à mourir. L'année suivante, deux mois après un hommage rendu au groupe par le ‘Musée du Rock and Roll’, Dee Dee Ramone est retrouvé mort chez lui d’une overdose d’héroïne. Puis c'est au tour de Johnny Ramone qui, atteint d’un cancer de la prostate, meurt moins d’un mois avant son 56e anniversaire, en 2004.

En 2011, les Ramones reçoivent le 'Grammy du couronnement de carrière'. Seuls Richie, Marky et Tommy sont présents pour le recevoir. Pour la première fois, les trois batteurs successifs des Ramones sont réunis. Trois ans plus tard, Tommy est le dernier à décéder.

Aujourd’hui, il existe un musée des Ramones à Berlin, mais aussi une place 'Joey Ramone' à Manhattan et une rue 'Ramones' dans le Queens. Les Ramones font partie intégrante de l’histoire de New York et sont considérés par de nombreux musiciens et critiques comme ayant été un groupe influent de la scène rock de ces 30 dernières années. Outre le fait qu’ils ont inventé le punk rock et même plus, l’influence des Ramones dans le paysage rock continue d'exister encore aujourd'hui.

Dans les années 70, la particularité des Ramones aura été de se trouver dans une situation inhabituelle en ayant influencé des groupes alors qu'eux-mêmes n'existaient pas encore vraiment publiquement. En fait, tous les groupes qui jouaient à un rythme soutenu, qui faisaient du rock très rapide, qui ont eu un certain succès, ont été influencés par les Ramones. Et ce n’est peut-être pas terminé !

Par D. Lugert (Cadence Info - 04/2021)


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