JAZZ ET INFLUENCES


RYO KAWASAKI, BIOGRAPHIE/PORTRAIT DU GUITARISTE JAPONAIS

Disparu à l’âge de 73 ans le 15 avril 2020 au terme d’une carrière passée aux côtés d’artistes célèbres tels l’arrangeur Gil Evans et le batteur Chico Hamilton, le guitariste japonais Ryō Kawasaki était connu pour être un adepte du “jazz fusion”, mais aussi l'un des premiers musiciens à développer et à populariser la guitare synthé en collaboration avec les marques Roland et Korg.


PREMIÈRES EXPÉRIENCES MUSCALES

Encore jeune enfant, Ryō Kawasaki découvre le piano et le violon. L’enfant unique est visiblement doué. À 10 ans, on lui offre un ukulélé et, à 14 ans, sa première guitare acoustique. Mais en même temps, d’autres passions le tiennent éveillées : l’astronomie, qui illumine ses rêves d’enfant, et l’électronique qui attise sa curiosité.


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À l’adolescence, il découvre le jazz et commence à fréquenter les lieux où se produisent des groupes locaux ou de passage. Il forme un ensemble de jazz et construit, grâce à ses dons d'électronicien, un orgue qui lui sert de synthétiseur primitif. Bien qu'il continue de jouer régulièrement de la musique, il fréquente l'Université et se spécialise en physique quantique, avant de travailler comme ingénieur du son pour ‘Japanese Victor Records’ et ‘BGM/TBS Music’; lieu où il a apprend le mixage et l'édition.

Ryō enregistre son premier album solo pour 'Polydor Records' à l’âge de 22 ans (Easy Listening Jazz Guitar - 1970) et devient au Japon un musicien de studio recherché, apparaissant également de nombreuses fois à la télévision. Il joue avec BB King puis rencontre George Benson. Dans son pays, le guitariste se produit déjà avec la crème des musiciens japonais : les saxophonistes Keiichiro Ebisawa, Seiichi Nakamura et Jiro Inagaki, le pianiste Masahiko Sato et le batteur Takeshi Inomata.


LA CARRIÈRE AMÉRICAINE

En 1973, Kawasaki arrive à New York et se voit aussitôt invité au 'Newport Jazz Festival'. Il joue avec la flûtiste Bobbi Humphrey, puis rejoint le ‘Gil Evans Orchestra’ qui travaille alors sur le projet d'un disque consacré à des compositions de Jimi Hendrix (The Gil Evans Orchestra play the music of Jimi Hendrix – 1974). Par la suite, suivant les traces des guitaristes Jim Hall et Larry Coryell, il entre dans la formation du ‘Chico Hamilton Band’ et travaille pour le batteur sur diverses musiques de films à Hollywood.

Kawasaki publie son premier album américain, Juice, en 1976 pour RCA et devient l'un des premiers artistes de jazz japonais à signer avec un label majeur aux States. Grâce à un jeu reconnu pour sa fluidité - mais ne manquant pas toutefois de vigueur -, Ryō apprend la discipline des ragas et enregistre l’album Ring Toss (1977), qui a pour particularité première de mélanger à la musique occidentale, des sonorités orientales. Puis, avec la pianiste Joanne Brackeen, le guitariste se produit en duo dans des festivals de jazz européens. De cette rencontre naîtra deux superbes albums : Aft (1978) et Trinkets and Things (1979).


RYO KAWASAKI : SOMBRERO (Ring Toss - 1977)

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Aux États-Unis, si le guitariste a l’occasion de jouer avec les leaders du jazz-rock, tels Michael Brecker, Harvey Mason ou des musiciens issus du rock comme Larry Willis, Kawasaki n’oublie pas ses racines en collaborant avec le maître japonais du koto Kicho Takano (Crystallization en 1986).

Puis, durant quatre années, de 1986 à 1990, le musicien va opérer un tournant radical dans sa carrière en produisant une série de singles ‘dance music’ aux multiples influences : techno, house, drum’n’bass, acid house et ambient (One Kiss, Electric World, No Expectations, Don't Tell Me, Life is The Rhythm, etc.). Toute cette production sonore sera réalisée dans son studio, ‘The Satellite Station’, et publiée sur son propre label, ‘Satellites Records’.

Armé de cette musique, Kawasaki se produit alors avec son groupe et une troupe de danseurs dans de nombreux clubs de danse à New York. Puis, pendant cinq ans (de 1988 à 1993), toujours à New York, le guitariste devient le producteur et le directeur de deux émissions de radio musicales nationales japonaises : ‘The Music Now’ et ‘Idex Music Jam’.


JOANNE BRACKEEN & RYO KAWASAKI : TRINKETS AND THINGS (1978)

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KAWASAKI, LE CONCEPTEUR DE PROGRAMMES

Dans les années 80, fatigué des tournées qui le conduit aux quatre coins du monde, Ryō Kawasaki quitte la scène pour se concentrer sur d’autres projets qui lui tiennent à cœur.

Le diplômé de physique quantique retrouve ses repères. Inventeur né, il commence à façonner en 1979 un prototype de guitare synthé à une époque où les claviers synthétiseurs commencent tout juste à entrer dans l’ère industrielle. Ce savoir-faire lui permet d'acquérir une certaine notoriété, et un premier aboutissement sonore voit le jour en 1981 avec l'album Ryō, un album entièrement créé avec sa guitare révolutionnaire.

Cette reconnaissance poussera le fabricant Fostex - qui vient de développer le fameux A8, un enregistreur huit pistes quart de pouce - de devenir le premier artiste officiel à l'utiliser. Toutefois, pour Kawasaki, sa plus grande surprise proviendra de l'ordinateur ‘Commodore 64’ et de sa puce audio.

Le musicien est alors fasciné par les possibilités offertes, ce qui va le conduire à écrire des programmes informatiques et à consacrer 16 heures par jour pendant deux ans à la création de quatre logiciels de musique : 'Kawasaki Synthesizer', 'Kawasaki Rhythm Rocker', 'Kawasaki Magical Musicquill' et 'Kawasaki MIDI Workstation' (distribués par ‘Sight and Sound Music’). Les trois premiers programmes sont destinés à l'école et à la maison, tandis que le dernier vise les studios professionnels.

Jamais à court d’idées, le guitariste continue son exploration des sons électroniques et enregistre un album entièrement basé sur cette ressource (Images, en 1987) ainsi que la bande originale, Pleasure Garden, en 1990, pour un film IMAX sur la préservation des forêts tropicales humides.


Ryō Kamasaki (Kumu Auditorium - Tallinn, Estonie - 2017)

UN RETOUR VERS LE JAZZ

En 1991, Kawasaki revient au jazz en enregistrant une suite d'albums pour un label japonais et en montrant qu'il n'avait rien perdu de son habilité. Après un premier galop d'essai de guitare acoustique en solo, Here, There and Everywhere en 1992, et un autre sur des musiques de Debussy, Ravel et Gershwin, My Reverie en 1993, Ryō renoue avec les sons électroniques sur l’album Love Within The Universe en 1994, album qui reçoit aux États-Unis une diffusion considérable à travers tout le pays.

Outre le fait qu’il produise et joue sur trois albums de la chanteuse et guitariste brésilienne Camila Benson, sa série d’albums jazz se poursuit avec quelques invités surprises : George Benson sur Remixes en 1995, puis avec la parolière et chanteuse britannique Clare Foster, le pianiste David Kikoski et le joueur de bugle Shunzo Ohno pour l'album Cosmic Rhythm en 1999. Toutes les chansons sont bien sûr composées, arrangées et enregistrées par Kawasaki en personne.

En 2001, l’enregistrement à Tallinn en Estonie de l’album Reval, permet à Kawasaki de faire connaissance avec des musiciens du cru : Toivo Unt à la basse, Aivar Vassiljev à la batterie et Kristi Keel au cor anglais. Ces rencontres vont conduire le guitariste à se produire dans des festivals de jazz en Russie et dans les régions baltes (‘Rigas Ritmi Jazz Festival’ à Riga, en Lettonie), mais aussi à Pori en Finlande, en Lituanie et en Ukraine. Durant cette période, le guitariste aura aussi pour autre projet d’être le compositeur et le directeur musical pour le ballet de jazz 'Still Point' à l'Opéra National d'Estonie.

En 2008, Kawasaki forme un ensemble de jazz avec le claviériste estonien Tõnu Naissoo. Puis, après l’album Agana en 2007, il enregistre un second CD en duo avec le contrebassiste Yoshio 'Chin' Suzuki, Late Night Willie (2009).


RYO KAWASAKI : WALTZ FOR DODO (Reval - 2001)

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Dans les années qui vont suivre, Kawasaki va élargir ses activités d'interprète, d’abord en partant pour le Liban et en jouant avec le bassiste Syrien Omar Harb et le batteur Libanais Fouad Afra, pour ensuite enregistrer en 2011 Live in Beirut avec l'organiste Arthur Satyan et le batteur Fouad Afra.

En 2014, Kawasaki découvre une jeune génération de musiciens estoniens et ressent le besoin de renouer avec le son jazz-rock (ce désir s’était quelque peu estompée au début des années 1980 après avoir enregistré avec son groupe Golden Dragon). Au printemps 2016, Kawasaki, qui a alors près de 70 ans, forme dans cette intention un nouveau quatuor appelé 'Level 8', composé exclusivement de musiciens estoniens : Raun Juurikas aux claviers, Kaarel Liiv à la basse électrique et Eno Kollom à la batterie. En mars 2017, 'Level 8' sortait son unique album, un live avec des titres passés et présents aux couleurs funk et jazz-rock et signés par le guitariste. Ce sera là l'ultime témoignage sonore de Ryō Kamasaki ; le musicien japonais devait décéder en avril 2020 à Tallinn, en Estonie. Il avait 73 ans.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2020)

Visiter le site officiel de Ryō Kamasaki


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