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CHANSON


GAINSBOURG : PORTRAIT D'UN ARTISTE PROVOCATEUR ET RAFFINÉ

Il n’avait pas, dit-on, le physique de l’emploi, pourtant Serge Gainsbourg était un grand séducteur, un de ces hommes dont les attraits ne se lisaient pas à ciel ouvert. L’auteur de « La javanaise » et de « Je t’aime moi non plus » a été tout au long de sa vie entouré des plus belles actrices et chanteuses. À la question : « Était-il un grand séducteur ? » Pour s’en convaincre, il suffit d’aligner ces quelques noms : Jane Birkin, Brigitte Bardot, Juliette Gréco, Françoise Hardy, Régine, Isabelle Adjani, Anna Karina, Dani ou encore Mireille Darc, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, France Gall, Bambou, Vanessa Paradis… Gainsbourg exerçait un magnétisme sur la gente féminine. Drôle, farceur, mais aussi imaginatif et cultivé, l’artiste savait ruser pour mieux apprivoiser. L’esthète dandy des débuts, puis le faiseur de tubes qui précéda le personnage 'Gainsbarre', dressent devant nous un tableau à la fois mystérieux et passionnant.


QUI SE CACHE DERRIÈRE GAINSBOURG ?

Quand on pense à lui, se dresse devant nous l'auteur-compositeur à succès ; le faiseur de tubes, comme on dit. Tout au long de son existence la musique a été là, omniprésente, indissociable du personnage. C’est elle qui l’a vue grandir et mourir. L’être sentimental exprimait dans la puissance de chaque mot, de chaque mélodie, le désir d’assouvir une pulsion insoupçonnée, une provocation assumée. Dresser l’inventaire de son œuvre, c’est surtout parcourir plus de 30 années d’histoire et d’actualité. De la chanson estampillée « rive gauche », jusqu’aux couleurs pop des années 60, sans oublier les influences classiques, jazz, afro-cubaines et les incursions dans le reggae et le funk, Serge Gainsbourg aura flirté avec les musiques sans compter. Il aura eu l’art de savoir habiller la moindre de ses productions d’un rare éclat, d’un modernisme totalement en emprise avec l’époque, débordant du cadre avec juste ce qu’il faut pour apprivoiser l’auditeur tout en le surprenant. Gainsbourg avait ce talent rare, une facilité aussi, de celle qui force l’admiration de ses pairs.


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À ses débuts, si Serge Gainsbourg cherchait à provoquer, ce n'est certainement pas avec la volonté féroce de blesser quelqu'un en prenant une position volontairement décalée. Ce n’était pas un rocker, mais un dandy, un homme raffiné, soucieux du paraître. Gainsbourg était avant tout un intellectuel, un penseur d’idées qui se délectait à l’occasion des doubles sens que lui offrait la langue française (« Les sucettes » par France Gall en 1966, « Ouvre la bouche, ferme les yeux » par Régine en 1967). Il disait que la provocation créait une dynamique, qu’il se passait toujours quelques chose et que c’était ce quelque chose qui lui permettait d’avancer et de créer. Sans l’avouer vraiment, la chanson d’avant-garde était son dada, sa façon d’exprimer quelque chose de plus profond, de plus entier, même s’il ne perdait jamais de vue qu’une création aux allures commerciales, bien conduite, pouvait être synonyme de célébrité et de richesse.

Serge Gainsbourg (1981) © Claude Truong-Ngoc


GAINSBOURG, LE PROVOCATEUR ADULÉ

Qu’elles soient actrices, chanteuses ou de jeunes lolitas, toutes ou presque goûteront à ces courtes phrases conjuguées à tous les tons, mêlant aux sous-entendues quelques riches rimes et onomatopées cinglantes. De cet esprit à la fois volage et observateur qui caractérise si bien le créateur, naîtront quelques mélodies aux formes mineures.

Serge Gainsbourg a toujours choisi ses interprètes féminines qu’à la seule condition qu’elles aient de l’audace, de l’aplomb pour, parfois, chanter des textes très imagés ou racoleurs. Le plus bel exemple de cet appel au voyeurisme viendra avec Brigitte Bardot et la chanson « Harley Davidson » en 1968. La grande star du cinéma français avec ses longs cheveux blonds, son court ensemble en cuir et ses longues cuissardes, tout le monde s’en souvient encore. À une époque où la libération sexuelle féminine commençait à peine, la chanson deviendra une ode à l’émancipation (même pour les motards !).

L’épicurien Gainsbourg savourait ses chansons couronnées par le succès, surtout quand l’ambassadrice s’appelait Bardot. Il avait une grande fierté à voir sa créativité s’exiler, notamment en Angleterre. Grâce à « Je t’aime moi non plus » (1), la patrie des Beatles faisait les yeux doux à l’artiste. La chanson sera aussi une déclaration explicite de la relation qui existait alors entre Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg.

En savoir + : GAINSBOURG, L'HISTOIRE DE JE T'AIME MOI NON PLUS

Un tel écart de conduite s’explique bien évidemment par sa réussite et par son talent à transformer chaque mélodie en tube. À titre d’exemple, la chanson du film Les Bronzés, « Sea, sex and sun » (1978). Celle-ci sera programmée comme une recette culinaire trois mois à l’avance en prévision du prochain tube de l’été. Citons aussi « White and black blues » interprété par Joëlle Ursull, qui échappera de peu à la victoire du ’Concours de l’Eurovision’, tout en récoltant les lauriers de la popularité.

Toutefois, il est certain que la majorité des disques qu’il concevait pour sa personne avait une toute autre portée, tant au point de vue de l'enjeu musical que des objectifs poursuivis. Ce sera le cas avec les différents albums concepts qui paraîtront dans les années 70 : « Histoire de Melody Nelson » (1971), un pur bijou d’art musical pop, « Vu de l’extérieur » (1973) avec sa chanson phare « Je suis venu te dire que je m’en vais » ou encore « L’Homme à tête de chou » (1976) ; des disques dont la qualité et la renommée à l’international viendront tardivement, malheureusement.

À côté de ses albums-là, le « Lolita Go Home » (1975) ou le « Di Doo Dah » (1972), chantés par Jane Birkin, avaient une toute autre saveur, glissant comme une savonnette, mais si délectables pour nos chères oreilles ! : « Je suis l'portrait d'mon père tout craché / il chantait di doo di doo di dah / o di doo di doo dah / quand il m'accompagnait au lycée / les autres filles ont de beaux nichons / et moi, moi je reste aussi, aussi plate qu'un garçon / que c'est con. » Le directeur musical de ces dames visait une forme de pureté, d’esthétisme, de naïveté que l’on retrouve notamment chez les jeunes filles. Cette forme d’écriture libérée sera largement développée dans les premières chansons qu’il écrira pour Jane Birkin, et dans l'album qu'il concevra pour Vanessa Paradis quelques années plus tard (« Variations sur le même t’aime » – 1990).

Le Gainsbourg, figure paternelle, s’impliquera aussi à travers le regard qu’il portera à sa fille Charlotte dans « Lemon Incest » (1984) qu’il chantera en duo avec elle ; une chanson qui sera suivi d’une controverse bien inutile surtout quand on prend connaissance de cet extrait : « L'amour que nous n'f'rons jamais ensemble / Est le plus beau le plus violent / Le plus pur le plus enivrant / Exquise esquisse / Délicieuse enfant / Ma chair et mon sang / Oh mon bébé mon âme. » Un amour paternel excessif qui rejaillira dans cette autre chanson « Charlotte Forever » (1986).

1 - Dans la même veine, Gainsbourg sortira en 1971 « La décadanse » (1971), autre slow érotique qui s’accompagnera d’une danse suggestive en retournant sa partenaire féminine contre soi et en la tenant par la poitrine. Une énième provocation de Gainsbourg qui fera bien entendu la une des journaux !


GAINSBOURG, SES AMOURS ET INTERPRÈTES FÉMININES

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