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MUSIQUE & SOCIÉTÉ.


LES CLIPS DU ‘TOP 50’OU LA RÉVOLUTION DE L’IMAGE ARTISTIQUE

Dans les années 80, les chansons qui arrivaient en tête du ‘Top 50’ étaient loin d’être toutes des exemples, mais le clip était là, omniprésent, qui agissait tel un miroir à l’éclosion de leur succès. Le clip avait enflammé le petit écran et devenait pour l’industrie musicale un puissant vecteur économique…


L’ARRIVÉE DU CLIP PROMOTIONNEL

Oui c’est vrai, le ‘Top 50 ’ ce n’était pas toujours le top, mais fort heureusement il y avait les clips. Conjointement à l’explosion des radios libres, les clips inventaient une nouvelle façon de lancer les disques, de leur apporter un imaginaire, un brin de folie. Les maisons de disques avaient rapidement pris conscience de leur portée et les jeunes artistes jouaient le jeu sachant que leurs fragiles carrières reposaient avant tout sur les ventes. Le classement du ‘Top 50’ était suivi toutes les semaines autant par le public que par les professionnels concernés.


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Sans la présence de l’indispensable vidéo, des artistes ou des chansons n’auraient certainement pas eu droit à leur période de gloire. Des succès naissaient, tandis que d’autres disparaissaient, tout simplement. Fini le temps des scopitones des années 60 et des trop rares retransmissions de concert. À présent, pour stimuler le désir du consommateur, il fallait inventer autre chose du plus grandiose, du plus novateur.

En 1982, Michael Jackson met le feu aux poudres avec « Thriller ». Personne ne mesure alors toutes les conséquences et les retombées que produiront le long clip de John Landis dans les mois, les années qui suivront. Pour s’imposer, il fallait à présent faire preuve d’une imagination fertile...

En 1985, le groupe A-ha sort « Take On Me » et fait appel à Steve Barron qui n’est autre que le réalisateur du clip « Billie Jean » de Michael Jackson. Alors que le titre en radio ne marche pas fort, l’arrivée du clip devient un parie gagnant en mélangeant aux images du groupe des esquisses de dessin animé. Une preuve parmi d’autres qui démontre déjà toute l’importance accordée à ce support médiatique. En trois minutes trente, le chanteur Morten Harket et ses complices passent de l’image au trait dessiné et vice versa.


A-HA : TAKE ON ME


Sur sa lancé, et reposant sur le même principe d’intégration, Steve Barron s’inspirera d’une scène mythique de « Thriller » pour mettre en image le second clip du groupe, « The Sun Always Shines On TV ». Pari réussi, une seconde fois. Steve Barron impose sa marque de fabrique au cours des années 80. Après A-ha, ce sera au tour de Dire Straits pour « Money For Nothing » (1985), de ZZ Top et leur « Rough Bay » (1986). Les guitares s’illuminent, se dessinent et les habits s’habillent de couleurs phosphorescentes.

Le clip devient un produit de consommation. Des prix lui sont décernés et viennent accréditer son passage au royaume des arts. C’est ainsi que le clip de la chanson « Sledgehammer » de Peter Gabriel remporte en 1986 neuf ‘MTV Vidéos Music Awards’. Un record encore inégalé ! La vidéo repose sur du montage image par image. Rien de révolutionnaire sur le principe, mais le procédé apporte à la chanson et à son interprète une redoutable efficacité.


QUAND LES GRANDS RÉALISATEURS S’EN MÊLENT…

Dès le début de l’ère des vidéoclips, les grands réalisateurs de cinéma vont venir s’essayer à ce nouveau genre. Martin Scorsese ne sera pas le premier, mais quand il réalise « Bad » de Michael Jackson en 1987, il prolonge ce qu’avait inauguré John Landis avec « Thriller » en conceptualisant le clip comme un film à grand spectacle. Michael Jackson dans un métro laisse éclater sa fureur en étant accompagné d’une bande de « danseurs loubards ». Travelling, montage nerveux, chorégraphie impeccable, tous les ingrédients sont réunis pour que ce « Bad » ne soit au fond pas si mauvais que ça !

Tout comme Michael Jackson, la blonde Madonna estime que l’image est aussi un prolongement artistique capable de mettre en valeur des atouts autres que celui de chanter. Quand David Fincher réalise « Express Yourself » en 1989, il n’a pas encore tourné le 3e volet de « Alien », mais son clip au budget imposant (5 millions de dollars) démontre que le retour sur investissement peut être une source de profit pour les majors. Les vidéos de l’époque démontrent également que la mise en scène, à coup de procédé technique et de montage, place l’artiste, telle une marionnette, dans un jeu dont elle est un simple ressort face à une mécanique déjà bien huilée.

En France, le contexte est sensiblement différent. Le nom de Jean-Baptiste Mondino résonne aux oreilles de nombreuses maisons de disques. Le photographe devient l’artisan d’un grand nombre de clips emblématiques des années 80. Il sera l’un des premiers à renouveler l’image de la chanson française. S’il réalise pour Madonna « Open Your Heart » en 1986, les artistes français tels Sheila (« Little Darling » - 1981), Alain Chamfort (« Paradis » - 1981), Taxi Girl (« Quelqu’un comme toi » - 1989) ou encore Rita Mitsouko (« C’est comme ça » - 1987), feront appel à ses services.

Dans le domaine du clip, le réalisateur ne manque pas d’idées. Les bons points, il les délivre souvent, passionnément. Un art qui s’exprime au minima ou via l’insolite, mais sans sombrer dans la facilité. Chez lui, le clip serait plutôt comme un exercice de style appliqué, mais toujours en phase avec les artistes qu’il présente. « C’est comme ça » des Rita Mitsouko est à ce titre très représentatif de son art et de sa symbiose avec leur musique et leur personnalité. Mondino remportera d’ailleurs une ‘Victoire de la musique’ pour ce clip en 1987 et un autre pour « Tandem » de Vanessa Paradis en 1991.

En quelques années le ‘Top 50’ est devenu le pourvoyeur de nombreux tubes mais aussi le vecteur d'un nouvel art. Même, Luc Besson trouvera ce support passionnant. Le clip de « Pull Marine » d’Isabelle Adjani en 1984, c’est lui. Une piscine, un poisson, un arpon, une image montrant des baleines... tiens, tiens, tiens, les prémices du «  grand bleu » seraient-ils là ? Pour les maisons de disques, mais aussi pour les artistes, faire appel à de grands réalisateurs est une façon d’offrir un argument supplémentaire. Le clip est un mode d’expression à part entière et il le démontre très bien.

RITA MITSOUKO : C'EST COMME ÇA


Celle qui l’a bien compris, c’est Mylène Farmer avec ses films à grand spectacle historique (« Pourvu qu’elles soient douces » - 1988) ou spectaculaires (« Désenchantée » - 1991, « XXL » - 1995). Dans le clip « Pourvu qu’elles soient douces », la musique enveloppe de sa suprématie des dialogues muets. Le jeu de Mylène Farmer est celui d’une chanteuse devenue comédienne pour la circonstance. Erotisme ou pas, elle maîtrise si bien son image qu’elle pourrait bien servir d’étude approfondie pour des étudiants du 7e art. Laurent Boutonnat, qui signe alors la musique et les clips de Mylène Farmer, a désolidarisé la chanson de l’image en produisant de véritables films méticuleusement travaillés. Dans son cas, le clip n’est plus seulement un simple support pour illustrer une chanson, mais bien plus.

Sans le vouloir implicitement, les vidéoclips diffusés dans l'émission ‘Top 50’ ont contribué à valoriser leur importance. Le clip est ainsi devenu le principal relais d'une notoriété artistique. Cependant, leur multiplication a eu également des effets pervers et des revers sur leur réalisation. Les flops ne manquent pas. Citons : Jean-Pierre Mader : « Macumba » (1984), Image : « Corps à corps » (1986), Luna Parker : « Tes états d’âme… Eric » (1987), Gold : « Laisser nous chanter » (1987), Jean-Pierre François : « Je te survivrai » (1989) ou encore Thierry Hazard : « Le jerk » (1990) qui n’a rien de jerk, mais qui atteindra pourtant la place de ‘Numéro 1’ en octobre 1990 !

Le kitch fait recette, mais pas seuelement. Il en faut pour tous les goûts, à l’image de « La queuleuelu » (1988) de Bézu et de « Bo le lavabo » (1989) de Vincent Lagaf qui cartonnent dans le répertoire des « chansons à boire » ou encore à travers le groupe Les musclés qui parviendront à classer neuf titres dans le ‘Top 50’ ! Le beauf vit alors des jours heureux. Quant aux autres, ils écouteront cela au second degré à l’occasion d’un mariage ou d’un anniversaire avec une pointe d’humour ou de moquerie.


AUTOUR DES CLIPS DU ‘TOP 50’

Tout comme la « pub », le vidéoclip devient un art et place tous ceux qui dirigent la caméra comme de futurs artistes révolutionnaires. Bien évidemment, si souligner les réussites est louable, l’honnêteté du propos ne doit pas mettre sous silence les nombreuses difficultés rencontrées par les productions à faible budget. La réussite repose alors sur la façon de présenter l’artiste sans avoir à dénaturer l’impact de sa chanson. Il existe pour cela des astuces. Le fond noir est par exemple pratique pour éviter tout décor (Elsa : « T’en va pas » - 1984). Bien plus subtil, l'utilisation du plan fixe, comme chez Claude Nougaro et sa chanson « Il faut tourner la page » (1987). Dans le clip, des mains s’écartent progressivement pour laisser voir le visage du chanteur à la toute fin de la chanson. Ces moyens minimalistes n’enlèvent rien à la chanson car l’image touchant à l’interprète est préservée.

Le ‘Top 50’ jouait sur les idées pour faire exister une chanson. Dès qu’il y avait quelque chose à inventer et qui sortait, immédiatement à sa suite de pales copies voyaient le jour. L’industrie musicale s’en chargeait et exploitait le filon jusqu’à plus soif. Les effets spéciaux étaient en tête. Il y avait ceux avec les fonds animés aux couleurs crues (Technotronic : « Pump Up The Jam » - 1988), et ceux qui utilisaient la technique du fond bleu. Utilisée depuis des années à la télévision lors des bulletins météorologiques, cette astuce permet de réaliser des fonds d'écran originaux par transparence. C'est très rapide à mettre en place et cela demande peu de moyens. À titre d’exemple citons : Début de soirée : « Nuit de folie » (1988) et A Cau’s des garçons : « A caus’ des garçons » (1988). Chaque chanson ou presque trouvait sa solution. Kitch ou pas, basique ou recherché, ces décors virtuels devaient participer à la mise en valeur du chanteur ou du groupe.


COMPILS ET MÉGAMIX

À la fin de l’histoire du ‘Top 50’, le disque devient un produit d’appel pour la grande distribution. Le clip vu à la télé contribue aux achats compulsionnels. Le consommateur entre dans le supermarché pour de la nourriture mais ne peut s’empêcher de repartir avec le dernier tube. Le CD est là, et suivant un code bien établi, de nombreuses « compils » sont bien mis en évidence : chanson, classique, rock, etc.

C’est aussi l’époque des mégamix. Le temps d’une chanson, l’auditeur écoute un montage sonore des différents tubes d’un artiste ou d’un groupe. Le mégamix poursuit un but, inciter le consommateur à l’acheter pour ensuite aller plus loin en se procurant le ‘Best of’. Dans le cas du mégamix, la télé joue un rôle crucial en diffusant un montage des clips vidéos les plus représentatifs de l’artiste, le tout en 30 secondes maxi. Bien qu’indigeste, Boney M, Village People ou Jive Bunny seront parmi les premiers à trouver cette formule à leur goût.


LE VIDÉOCLIP TAILLÉ POUR LE CINÉMA

Certaines chansons des années 80 auront parfois une mission à accomplir, celle de booster la vente des BO de musique de films, car depuis « La fièvre du samedi soir », les bandes originales ne voient plus leur avenir en jouissant du même anonymat. Une fois de plus, le clip devient un bon argument de vente en intégrant à la chanson fétiche des images de l’artiste mêlées à celles du film.

Le producteur Jerry Bruckheimer est à l’initiative de cette idée lumineuse qui, matraquée en télé, donne ensuite aux téléspectateurs l’envie de voir le film. Résultat : des tubes de BO qui poussent comme des champignons ! Citons pour mémoire : Ray Parker Jr : « Ghostbusters » (« SOS Fantômes » - 1984), Huey Lewis and the News : « The Power of Love » (1985), Tina Turner : « We Don’t Need Another Hero » (« Max Max 3 » – 1985), Lionel Richie : « Say You Say Me » (« White Nights » – 1985), Bryan Adams « I Do It For You » (« Robin Hood: Prince of Thieves » – 1991), le sommet revenant au film « Top Gun » (1986) et à la chanson du groupe Berlin, « Take My Breath Away » qui se hissera à la première place du ‘Top 50’ durant plusieurs semaines. Par contre, rares sont ceux aujourd’hui qui se souviennent de la chanson « On se retrouvera » de Françis Lalanne que l’on entend dans le film d’Alain Delon, « Le passage » (1987), et qui a été pourtant 'Numéro 1' du ‘Top 50’ durant 6 semaines. L'échec du film en serait-il la cause ?


LA FIN D’UNE ÉPOQUE

Le 3 septembre 1993, après 9 ans de bons et loyaux services, l’émission ‘Top 50’ de Canal Plus disparaît avec le départ de son animateur Marc Toesca. On retiendra des clips de cette époque qu’ils pouvaient être grivois, explosifs, ratés ou très tendances, mais aussi qu’ils ont su répondre à l’attente du scénario mis en place par l’industrie musicale. L'important n'était-il pas d'écouler un maximum de disques ? Rien d’original à cela me direz-vous, pourtant cet âge d’or a aujourd’hui disparu.

La crise du disque des années 2000, le streaming, le téléchargement illégal sur Internet ont modifié en profondeur le comportement du consommateur de musique. Le rôle de vulgarisation joué par les chaînes spécialisées a pratiquement disparu. Le Web est venu remplacer cela à sa façon. Toutefois, étant donné le potentiel des choix, présents et passés, et la diversité des utilisateurs, il est certain qu'Internet ne sera jamais en mesure de relever le défi du passé, de trouver cette folie, ce vent de liberté et d’audace qui soufflaient dans les années 80.

Par définition et par défaut, le Web est un support qui individualise, alors que la télévision rassemble des individualités (le football est un très bon exemple). Les supports actuels n'ont eu pour effet que d'absorber et de priver de sens toute cette période. Le seul « palliatif » reste la scène. Cette époque, que les moins de vingt ans n’ont pas connus, a trouvé grâce en 2013 avec le retour d’anciennes stars des années 80 (le groupe Images, François Feldman, Jeanne Mas, etc.). Est-ce un hasard ? Pas vraiment, à en juger par le public qui répondit présent lors de la tournée « Stars 80 ». Faut-il y voir là un secret espoir que tout n’a pas encore été oublié ?

Par Elian Jougla (Cadence Info - 04/2018)

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