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ANGELIQUE KIDJO
INTERVIEW AUTOUR DU DISQUE ÈVE

Vous aimez les musiques aux racines africaines ? Oui ? Alors vous aimerez certainement le dernier disque de la chanteuse béninoise Angeline Kidjo, Eve. L’ambassadrice de l’UNICEF est allée se ressourcer dans les chants traditionnels et folkloriques du Kenya et du Bénin pour ensuite les adapter ou les réinventer avec le concours des chanteuses villageoises. Ainsi renaissent à travers la belle voix d’Angélique Kidjo, des mélodies riches et inventives, entraînantes et chargées d’émotions.


INTERVIEW EXPRESS ANGELIQUE KIDJO


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S. Folin : Bonjour Angélique. Votre tout dernier album s’appelle Eve. Vous l’avez signé, dédicacé, à la femme africaine. Quel message avez-vous voulu faire passer ?

Angélique Kidjo : C’est la beauté de la femme africaine que l’on ne voit pas dans les médias. Ce n’est pas seulement la misère, car chaque fois que je me rends en Afrique, dans les villages, j’apprends énormément. Je reviens complètement blindé d’énergie positive. Il faut voir les Africains au-delà des clichés dont on nous bassine la tête depuis des siècles parce que ça réconforte une certaine supériorité. J’avais envie de désenclaver cette image négative de victime de la femme africaine et montrer, moi, « mes femmes africaines » qui existent là-bas.

S. F. : Et vous nous les faites écouter, puisqu’on les entend ces femmes africaines, kenyanes, béninoises. C’est au Kenya que cette aventure a commencé ?

Angélique Kidjo : Le Kenya a été le déclencheur. C’est en 2011 que j’ai commencé ma thématique sur les femmes : la violence faite aux femmes, l’excision des femmes, l’éducation des femmes… C’était une collection de chansons qui était inspirée par mes différents voyages avec l’UNICEF. Nous y allions pour rencontrer les mères, leurs problèmes d’éducation, de vaccination… Après un moment émotionnellement assez difficile dans un village où je me suis retrouvé devant un enfant de 18 mois qui n’était pas bien nourri et qui n’arrivait même pas à s’asseoir tout seul, je me suis rendu compte que c’était une histoire beaucoup plus compliqué que la nourriture ou du rôle joué par l’homme par rapport à la famille… Je me suis dit : « Comment on va pouvoir réveiller ces hommes qui s’asseyent avec nous pour qu’on leur explique ce qui se passe ? »

Quand je suis arrivé dans le deuxième village, les femmes avaient le même problème mais, en même temps, elles participaient aux structures qui avaient été mises en place par l’UNICEF avec leur concours, comme trouver les nutriments qu’il faut dans la nourriture de la vie quotidienne… Et quand je suis arrivé, elles m’ont vu tellement rétamée qu'elles ont commencé à chanter. J’ai commencé à ressentir alors des frissons dans mon dos. C’était comme un aimant qui m’attirait. J’ai été vers elles et j’ai commencé à chanter sans pour autant comprendre leur langue. Elles me regardaient comme si je venais de la planète Mars, se disant que les Ambassadeurs ne font généralement pas ça. J’ai revécu, et c’est parti de là. Je me suis dit : « Il faut que j’aille vers elles pour qu’on entende leurs voix. » Et leur réaction a été : « Tu es sûre ? » (rires)

S. F. : C’est là que vous avez enregistré ces femmes kenyanes. Puis vous avez traversé le Bénin et où vous avez été dans plusieurs villages pour capturer les chœurs de ces femmes qui font des chansons traditionnelles, des chansons folkloriques. Des chansons que vous connaissiez ou que vous avez découvertes ?

Angélique Kidjo : Souvent, ça part de la chanson traditionnelle pour aller vers autre chose. Elles avaient beaucoup de problèmes à chanter parce que je prenais seulement un bout du traditionnel et que je mettais le reste de côté. Elles me disaient « Tu es sûre que l’on peut chanter ça ? » Et je répondais « Mais si. Je vais vous apprendre. »

Toutes les chansons racontent, en fait, des moments différents dans la vie d’une femme... Mais les problèmes de femme, ce n’est pas seulement en Afrique, il y en aussi dans les pays riches. Les bras m’en sont tombés quand j’ai su le nombre de femmes qui subissent des violences domestiques en France. Je me suis dit, c’est pas possible !… Les sujets des chansons vont de la beauté toute simple de la femme africaine, de son élégance, à son attitude de marcher droite, fière, quelles que soient les circonstances difficiles à la maison ou dans la vie quotidienne. Elles ont toujours le sourire et une grande force intérieure ; c’est quelque chose que le monde a besoin.

S. F. : Sur votre album il y a beaucoup d’invités : le quartette Kronos, le philharmonique du Luxembourg, Docteur John et puis Asa. Pourquoi Asa ? Pour vous, elle symbolise la jeunesse de la femme africaine moderne ?

Angélique Kidjo : Asa, je l’ai rencontrée au Malawi, il y a quelques années. Elle m’a demandée si elle pouvait faire ma première partie. Je lui ai dit « Bien sûr ! » Je suis toujours partante pour donner l’opportunité à d’autres artistes de jouer avec moi ; et l’on est devenu des amies depuis ce moment-là…

C’est vrai, pour moi, il y a une nouvelle génération d’artistes qui viennent d’Afrique et qui, avec Internet, se rendent compte des difficultés rencontrées pour se faire connaître ; mais en même temps, cela leur permet aussi de voir le travail que font les autres, et de se rendre compte si elles sont au niveau ou pas… Dès le départ, j’ai senti chez Asa, cette envie de faire « sa » musique, et de la faire comme elle veut. Je lui ai dit : « Si tu pars dans cette direction, restes-y, car ce n’est que comme ça que tu peux garder ton identité, et, en même temps, de faire des chansons qui parlent de toi et de là d’où tu viens. » Et c’est pour ça que je travaille avec Asa. Chaque fois que l’on travaille ensemble, c’est un vrai bonheur... Personnellement, je n’ai pas d’ego. Mon ego est au service de la chanson. Si les chansons sont belles, votre ego doit disparaître pour que cette chanson-là touche les gens. Si votre ego surpasse la chanson, elle ne touchera personne. Asa est dans cette démarche et quand on se retrouve pour chanter ensemble, on est dans la même mouvance et cela fait énormément plaisir. C’est génial.

S. F. : Il y a une autre invitée sur l’album, Yvonne Kidjo, votre mère, metteur en scène et chorégraphe. C’est elle qui vous a inculquée ces valeurs ?

Angélique Kidjo : Ma maman m’a mis sur scène quand j’avais six ans car je n’arrêtais pas de lui bassiner la tête en lui disant : « Pourquoi ce n’est pas moi qui chante là, à la place de la petite fille dans le théâtre ? » J’étais casse-pieds… C’est vrai, elle m’a inculquée à moi, comme à mes frères et sœurs et avec mon père, que quand on a la chance d’avoir quelque chose, il faut pouvoir la partager. Cela peut être de l’amour que vous donnent vos parents, la compréhension, mais aussi l’ouverture d’esprit qui est un don que les parents transmettent ; parce qu’ils nous ont permis d’accéder à toutes les musiques qui existaient pendant que je grandissais. J’ai eu de la chance d’avoir des frères beaucoup plus âgés que moi, d'écouter la musique de leur génération et qui n’était pas la mienne... J’étais comme une éponge qui absorbait tout. Cela me semblait normal. C’était la norme. Et pourtant, je me rend bien compte que non, que ce n’était pas la norme. Tous les enfants de mon âge n'écoutaient pas Jimi Hendrix, James Brown, Aretha Franklin ou la période des Yé-Yé en France avec Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, François Hardy… Tous était à la maison et, par-dessus ça on avait Edith Piaf, Nougaro, Louis Armstrong ou Ella Fitzgerald. Avec le recul, je me suis dit « Comment ai-je pu absorber tout cela ! »


ANGELIQUE KIDJO - BOMBA


S. F. : Vous venez d’évoquer Edith Piaf. Vous avez chanté à New York en 2013 la chanson Johnny tu n’es pas un ange, juste dans un arrangement très simple, guitare/voix. Une version extraordinaire. Parlez-moi de cette chanson…

Angélique Kidjo : C’est ma fille qui l’a choisie, car j’adore travailler en famille. Ma fille a une oreille musicale assez extraordinaire… Vous savez, on apprend aux enfants à écouter notre musique. Ils aiment ou ils n’aiment pas. On ne leur impose pas. J’ai commencé à voyager avec elle quand elle avait 10 jours. Elle a développé cette curiosité musicale qui mélange tous les genres. Elle peut passer du classique à Janis Joplin… Et quand elle a découvert Edith Piaf, on en a bouffé pendant des mois. (rires) C’est elle qui m’a fait redécouvrir Johnny tu n’es pas un ange quand on a rendu hommage à Piaf lors du festival de Montreux avec Jean-Baptiste Trotignon au piano et Ceccarelli à la batterie et où j’ai chanté La Foule et Johnny tu n’es pas un ange.

Propos reccueillis par S. Folin (Cadence Info - 11/2014)


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